Rétrospective 2017-18 : une saison pleine de paradoxes

Temps additionnel / 23/05/2018 - 18h38 / Par Norbert Siri
  


Une saignée. Il n’y a pas d’autre mot pour désigner le bilan des transactions conduites par les dirigeants de l’AS Monaco, championne de France 2017, pendant le mercato estival. Toujours perchés sur leur petit nuage après la remarquable conquête du titre national par leur équipe favorite, les supporters monégasques ont progressivement déchanté en assistant, impuissants, aux transferts d’un bon nombre de joueurs qui les avaient fait rêver lors de cette fabuleuse saison : Bernardo Silva, Benjamin Mendy, Tiémoué Bakayoko, Nabil Dirar, Valère Germain, Kylian Mbappé - prêté au concurrent direct ! … C’est pourtant à ce prix, au prix de bénéfices importants réalisés sur les ventes de jeunes footballeurs talentueux, que s’affirme le modèle économique de l’ASM, c’est à ce seul prix que le club peut croître et prospérer dans le contexte qu’on lui connaît, au détriment éventuel de l’enjeu sportif.

Pour compenser les départs, il est évidemment procédé à des emplettes, et non des moindres : Youri Tielemans, le prodige belge d’Anderlecht, le puissant sénégalais Keita Baldé, qui rejoint l’espoir catalan Jordi Mboula, formé comme lui au Barça, Stevan Jovetic, l’élégant technicien monténégrin, le véloce Adama Diakhaby, qui a tapé dans l’œil de Leonardo Jardim lors du dernier match de la saison à Rennes, Rachid Ghezzal, l’incorrigible dribbleur, l’expérimenté gardien suisse Diego Benaglio. Bref, que du lourd, comme on dit dans les gazettes, même si c’est Rony Lopes, de retour dans le club auquel il appartient après deux ans de prêt à Lille, qui choisira de se distinguer lors de la 4ème saison de Leonardo Jardim (Photo : J-P Kieffer) à la tête de l’équipe, une saison au cours de laquelle il lui faudra rebâtir une formation compétitive, malgré l’hémorragie estivale. Comme d’habitude !

Le mois d’août sourit aux Monégasques : quatre victoires en quatre matchs, dont un carton à domicile aux dépens des Marseillais (6-1). Que le jeu soit parfois hésitant, les supporters s’en moquent. Leur club est reparti de plus belle et se prépare à tenir la dragée haute au PSG, malgré la courte défaite concédée au rival de la capitale, lors du Trophée des Champions disputé à Tanger fin juillet (1-2). Il est vrai que Radamel Falcao marche sur l’eau en carburant à près de deux buts par match. En vérité, on s’apercevra bientôt qu’il est l’arbre qui cache la forêt. Après la trêve internationale de début septembre, l’ASM perd lourdement à Nice sur le même score (0-4) que la saison précédente. Pas forcément de bon augure au moment d’aborder la Ligue des Champions qui lui réserve les Allemands du RB Leipzig, les Portugais du FC Porto et les Turcs de Besiktas. Un groupe plutôt homogène duquel le champion de France doit être capable de s’extraire.

Il n’en sera rien. Pendant les trois mois que dure la phase de poule, les Rouge et Blanc, qui avaient épaté l’Europe quelques mois auparavant, vont d’échec en échec. S’ils ramènent deux nuls méritoires d’Allemagne et de Turquie (deux fois 1-1), ils perdent toutes leurs rencontres au stade Louis-II, avant de s’incliner logiquement au Portugal au terme d’une partie sans enjeu. Avec deux petits points, ils terminent bons derniers de leur poule, ce qui les empêche d’accéder à la Ligue Europa mais leur permet de se consacrer entièrement au championnat, où ils ne semblent pas pâtir de leur déconvenue européenne. Ils gagnent souvent, notamment à l’extérieur, grâce à des victoires probantes, comme à Bordeaux (2-0) et surtout à Lille et à Saint-Etienne (4-0 à chaque fois). A Fontvieille, les Asémistes alignent également des victoires, dont un nouveau carton contre Guingamp (6-0), mais, fin novembre, ils laissent filer le match qui les oppose aux Parisiens (1-2), au sein desquels Kylian Mbappé manque son retour sur la pelouse qui l’a vu naître. A la trêve de Noël, loin derrière le PSG, l’AS Monaco occupe le deuxième rang du classement, qu’elle partage avec l’Olympique Lyonnais, qui l’avait battue chez lui en octobre (2-3), et précède de trois points l’Olympique de Marseille. Dans le sillage de Radamel Falcao, 2ème meilleur buteur de L1 derrière le Parisien Edinson Cavani à la fin des matchs aller, elle est certaine de remporter la bataille qu’elle devra livrer aux deux Olympiques, occupés par la Ligue Europa, pour parvenir à conserver la précieuse place de dauphin.

Tradition oblige, la phase retour débute par les 32èmes de finale de la Coupe de France. L’AS Monaco n’y fera pas de vieux os puisque, après avoir écarté les amateurs de Moulins-Yzeure en ouverture (5-2), elle tombera au tour suivant à domicile devant de solides Lyonnais (2-3). La Coupe de la Ligue l’intéresse davantage, parce que les Européens peuvent en atteindre la finale en n’en surmontant que trois obstacles. Les Rouge et Blanc avaient déjà franchi le premier en décembre (Caen, 2-0), mais le suivant s’annonce autrement plus costaud : l’OGC Nice dans son stade de l’Allianz Riviera, où ils restaient sur deux cuisants revers consécutifs. Prudents à l’extrême et férocement efficaces (2-1), ils se qualifient pour les demi-finales où ils éliminent sans faiblir Montpellier au Louis-II (2-0) et s’ouvrent les portes de la finale où ils retrouveront, deux mois plus tard, comme la saison précédente, leurs meilleurs ennemis parisiens. 

En championnat, en revanche, au cours de ce mois de janvier particulièrement chargé pour l’ASM, Montpellier et Nice lui opposent une plus vive résistance. Si elle réalise un nul courageux dans l’Hérault (0-0), elle peut s’estimer heureuse d’égaliser à Fontvieille, dans le temps additionnel, grâce à son rusé capitaine colombien, face aux Niçois de Mario Balotelli, qui auraient mérité de l’emporter, une semaine après leur désillusion en Coupe de la Ligue (2-2). Mais ce que supporters et observateurs attendent, c’est la semaine de tous les dangers, à la charnière des mois de janvier et de février, au cours de laquelle l’AS Monaco doit rencontrer les deux Olympiques. Or, elle réussit un superbe match nul à Marseille (2-2), où elle aurait même pu gagner sans une erreur d’arbitrage, avant de terrasser Lyon au terme d’une partie mémorable. Menés 2 à 0 à la demi-heure de jeu puis réduits à dix, les Asémistes réagissent au point d’égaliser avant la mi-temps puis, en dépit de la domination territoriale des visiteurs, d’inscrire le but vainqueur en toute fin de match grâce à Rony Lopes, qui sera le héros de cette phase retour, en prenant opportunément le relais d’El Tigre.

Ce qui aura marqué les esprits lors de cette rencontre spectaculaire, c’est la force de caractère affichée par les Monégasques. C’est d’ailleurs ce mental à toute épreuve qui prévaudra tout au long du premier trimestre 2018, ajouté à la redoutable adresse du petit ailier portugais, digne successeur de Bernardo Silva. A plusieurs reprises, Monaco s’est retrouvé mené, notamment à la maison (Troyes, Lyon, Bordeaux, Lille, Nantes) et, à chaque fois, Monaco est revenu dans la partie pour finir par l’emporter sur le plus petit écart avec, à la clé, bien entendu, une réalisation de Rony Lopes, auteur de 13 buts en L1 au cours de cette période. L’état d’esprit a heureusement fait la différence, parce que le jeu proposé par notre équipe n’a jamais atteint des sommets. Presque jamais elle n’a semblé inspirée, trop souvent elle a pratiqué un football laborieux, qui a pourtant eu le mérite de demeurer efficace. En tout cas, l’AS Monaco engrangeait les succès sans séduire, certes, mais avec une belle constance, si bien que, à huit journées de la fin, elle comptait sept points d’avance sur Marseille et neuf sur Lyon. De quoi voir venir !

Arrive alors la date fatidique du 31 mars, veille de Pâques. A Bordeaux, face à l’inévitable PSG, privé de sa star brésilienne, Neymar, l’AS Monaco veut prendre sa revanche de la finale de la Coupe de la Ligue ratée un an plus tôt à Lyon (1-4). Mais vouloir n’est pas pouvoir. Les Parisiens sont trop forts, l’assistance vidéo expérimentée à cette occasion est imparfaite, l’arbitre est désorienté, Monaco cède encore devant Paris, aussi sèchement que la fois d’avant (0-3), Monaco perd encore comme lors du Trophée des Champions, comme lors du match aller de championnat… et comme lors du match retour, au Parc des Princes, deux semaines plus tard, où notre club subira la plus grosse raclée de son histoire : 7 à 1. Jamais une équipe de Monaco n’avait été aussi largement, aussi honteusement surclassée. Et, cependant, elle était bel et bien le champion sortant, si brillant naguère. La défaite en terre girondine lui a fait très mal, si mal qu’elle perd, tout au long du mois d’avril, son avance au classement sur les deux Olympiques. Pire, à trois journées de la fin, Lyon lui pique la deuxième place et l’haleine de Marseille lui agace la nuque.

L’AS Monaco se ressaisira à temps. Fi de la morgue lyonnaise ! Foin du souffle de l’OM ! C’est celui du printemps qui va inspirer l’armada monégasque au joli mois de mai. Avec le concours de quelques jeunes qui suppléent avantageusement des cadres défaillants, et notamment Moussa Sylla auteur des deux buts de la victoire à Caen (2-1), l’ASM va remporter ses trois derniers matchs et bénéficier d’un concours de circonstances assez extraordinaire lors de l’avant-dernière journée. Tandis qu’elle reçoit l’AS Saint-Etienne et peine à la battre, l’OL se déplace à Strasbourg qui joue sa survie en Ligue 1. Au Louis-II, dans le temps additionnel, Monaco obtient un penalty que transforme imparablement Fabinho (le 22ème sur 23 sous les couleurs rouge et blanc). Dans le même temps, les Alsaciens, qui venaient d’égaliser, inscrivent un coup franc remarquable, qui leur offre la victoire et renvoie les Rhodaniens à leurs chères études. L’AS Monaco repasse ainsi à la deuxième place, qu’elle confirmera à Troyes, lors du baisser de rideau de la saison (3-0).

La moitié de l’équipe type a été décimée. Son football est trop stéréotypé, il n’a plus sa grâce d’antan. Elle ne gagne que sur des coups isolés et ne doit ses succès qu’à ses individualités… On en a entendu des vertes et des pas mûres sur l’ASM version 2017-2018. Il est vrai que le spectacle n’a pas toujours été convaincant. Pourtant - et c’est là que réside le paradoxe - elle a conquis de haute lutte son titre de dauphin, le 7ème de l’histoire du club. Elle termine son championnat avec le 2ème meilleur total de points (80), ex aequo avec celui de la saison 2013-2014, et avec la 2ème meilleure attaque du club en Ligue 1 (85 buts). Sa plus belle performance est sans doute d’achever sa 5ème saison consécutive sur le podium, ce qui n’était plus arrivé en Principauté depuis l’époque bénie d’Arsène Wenger (1987-1994). En plus, non contente d’avoir facilité l’éclosion de Rony Lopes, elle a lancé quelques jeunes dans le grand bain - Seydou Sy, Kévin Ndoram, Julien Serrano, Moussa Sylla, Jordi Mboula, Pietro Pellegri  - qui honorent sa formation, justifient le projet mis en place par les dirigeants russes et incarnent fièrement l’avenir de l’AS Monaco FC.

Planete-ASM peut tirer sa révérence l’esprit tranquille !

Daghe Munegu.