Jean Petit ou l'éloge de la loyauté

Anciens - Interview / 20/04/2018 - 15h37 / Par Norbert Siri
  


On ne présente plus Jean Petit. Avec Jean-Luc Ettori et Claude Puel, il fait partie de la trinité des fidèles de l’AS Monaco. Il est resté au service du club près d’un demi-siècle, en y exerçant différentes fonctions, essentiellement, celles de footballeur et d’entraîneur adjoint. Avant la commémoration des 40 ans du titre de 1978, dont il est l’instigateur et la cheville ouvrière, Jeannot revient sur sa carrière avec la courtoisie qui le caractérise et un brin de mélancolie.

Jeannot, essayons de retracer brièvement votre riche carrière pour les internautes de Planete-ASM. Comment avez-vous atterri à Monaco ?

Avant d’arriver à Monaco en 1969, à l’âge de vingt ans, je jouais en DH à Toulouse, sous les ordres de Just Fontaine. Quand il a fait faillite, le TFC a fusionné avec le Red Star. Moi, je n’avais pas très envie d’aller à Paris. Comme Justo est parti entraîner Luchon, je l’ai rejoint dans les Pyrénées. Le hasard a voulu qu’Armand Bessone, qui était recruteur de l’ASM, y fasse une cure et vienne m’y voir jouer. Il n’a pas tardé à contacter Lolo Vaccarezza, qui a arrangé l’affaire. Francis Magny a quitté Monaco pour le Red Star et moi, j’ai débarqué ici, en compagnie d’Hervé Cros. L’amusant, c’est que je croyais arriver dans un club de Division 1. Or, entre-temps, l’AS Monaco avait été battue par Angoulême en barrage D1-D2, après un match d’appui à Paris. Je me suis donc retrouvé en Division 2, sous les ordres de Robert Domergue qui n’était pas un tendre et qui n’appréciait guère de ne pas m’avoir sous la main à l’entraînement, parce que, en semaine, je devais terminer mon service militaire à Auch.

Malgré tout, vous avez commencé à faire votre trou à l’ASM ?

Pendant quelques saisons, on a fait l’ascenseur entre la D1 et la D2. On avait pourtant de sacrés joueurs tels que Jean-Pierre Dogliani ou Omar Pastoriza et de bons entraîneurs comme les Argentins Ruben Bravo ou Alberto Muro. Moi, j’ai hérité du capitanat en 74, en succédant à Claude Quittet, et je l’ai conservé jusqu’à la fin de ma carrière. J’étais milieu de terrain relayeur, numéro 8. Bon an, mal an, je marquais entre 5 et 10 buts par saison, surtout du droit. Sans hésitation, le plus beau, c’est celui que j’ai inscrit en Coupe des Coupes en 74, au vieux Louis-II, contre Francfort. Une grande diagonale d’Onnis que je reçois à l’angle de la surface allemande. Je contrôle en enrhumant mon défenseur. Lunette.

Parlez-nous de la saison 77-78.

Et puis est arrivée cette fameuse saison 77-78 où nous avons gagné le titre l’année même de notre accession en Division 1. L’équipe était complète dans toutes les lignes. Avec un entraîneur, Lucien Leduc, qui a inventé le 4-4-2 sans le vouloir ! La défense avec H.Correa, Vannucci, Courbis, Gardon, Vitalis était impassable. Au milieu, Noguès était inépuisable et se retrouvait toujours là où le ballon retombait. Devant, il y avait Delio et Dalger, dont le pied droit n’avait rien à envier à celui de Platini. Et dans les buts, Jean-Luc Ettori qui avait piqué la place à Y.Chauveau, pourtant international. A Bastia, pour l’ouverture du championnat, Jean-Luc a d’abord eu une vingtaine de minutes de flottement. On a eu peur de recevoir une correction. Et puis, soudain, je ne sais pas ce qui s’est passé, il s’est mis à arrêter des billes. On a gagné là-bas 2 à 0 et c’était le début de l’aventure. Tout au long de la saison, on a eu la chance de ne pas avoir de blessés, si bien qu’on a tourné avec un effectif de 16 joueurs maximum, synonyme de collectif très soudé.

Comment s’est terminée votre carrière de joueur ?

Grâce à cette fabuleuse saison, Christian Dalger et moi avons été retenus en équipe de France par Michel Hidalgo. Ainsi, nous avons participé au Mondial argentin et, notamment, au célèbre France-Hongrie où nous avions joué avec le maillot vert et blanc de l’équipe locale de Mar del Plata, parce que les deux sélections s’étaient présentées sur le terrain avec des tenues de même couleur. Et comme les Hongrois étaient censés recevoir pour ce match, c’est nous qui avions dû changer de maillot, mais ça nous avait valu d’être soutenus par le public.

J’ai encore remporté la Coupe de France en 1980, en la recevant des mains du Président Giscard d’Estaing, puis le titre de 82. Mais j’y ai très peu participé parce que j’étais victime d’une blessure à la cuisse récurrente et que Gérard Banide alignait ses anciens élèves du Centre de Formation, Amoros, Bellone, Bijotat, D.Christophe… Une sacrée équipe. Pour preuve : en 78-79, alors que nous étions champions de France en titre et qu’ils n’étaient encore que de tout jeunes stagiaires, nous avions toutes les peines du monde à les battre, le mercredi, en match d’entraînement. C’est dire leur valeur !

Comment s’est passée votre reconversion ?

Cette blessure à la cuisse a récidivé à trois reprises. A la dernière, survenue lors d’un derby à Nice en 82, j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière de footballeur. M. Vaccarezza m’a alors proposé de devenir recruteur des jeunes, poste qui n’existait, à l’époque, qu’à Saint-Etienne. Un an plus tard, quand il a remplacé Gérard Banide à la tête de l’équipe pro, Lucien Muller s’est étonné qu’il n’y ait pas d’entraîneur adjoint à Monaco, comme en Espagne d’où il provenait. Le poste a été créé et m’a été confié. Je l’ai gardé jusqu’en 2012, avec une petite parenthèse en qualité de directeur du recrutement entre 2005 et 2007. Après, j’ai rendu différents services, j’ai supervisé les équipes adverses, j’ai entraîné les bannis et les joueurs en reprise, avant de prendre ma retraite définitive en 2016, au terme de 47 ans de carrière sous les mêmes couleurs. 

Parmi les entraîneurs que vous avez côtoyés, lesquels vous ont le plus marqué ?

Un peu tous. Domergue, quand je suis arrivé à Monaco. Leduc, l’entraîneur du titre de 78. Kovacs, même s’il n’est resté qu’un an. C’était un homme intelligent, cultivé, polyglotte, capable d’évoquer tous les sujets. J’aurais dû enregistrer tout ce qu’il disait et tout ce qu’il m’enseignait. Arsène Wenger, évidemment, auprès de qui je suis resté 7 ans. Lui faisait partager. Didier Deschamps, bien entendu, avec qui j’ai travaillé 4 ans. Lui savait ce qu’il voulait. Après la finale de Gelsenkirchen, nous avons failli signer à Manchester City. Et puis le transfert ne s’est pas réalisé. Une chose est sûre : ils avaient raison de m’accorder une confiance absolue. Petit clin d’oeil : j’ai dû assurer l’intérim d’Arsène et de Didier quand ils ont été remerciés. Eh bien ! Je suis le seul entraîneur invaincu de l’AS Monaco !

Quels sont les souvenirs les plus mémorables de votre riche carrière ?

En tant que joueur, un bon et un mauvais. Le mauvais, c’est la défaite à domicile contre Lille, lors de la dernière journée de la saison 75-76. On perd 4 à 3 et on descend en D2. Incompréhensible, parce qu’on avait une belle équipe. Le bon, c’est, deux ans plus tard, la victoire contre Bastia 2 à 1, au Louis-II, qui nous donne le titre de 78.

En qualité d’entraîneur, je retiens deux matchs. D’abord, le nul 2-2 à Feyenoord, dans une ambiance indescriptible, qui nous qualifie pour la finale de la C2 en 92. Ensuite, évidemment, la victoire en quart de finale de Ligue des champions, en 2004, face aux Galactiques du Real Madrid.

Que vous inspire l’AS Monaco actuelle ?

Les résultats sont bons. La saison passée a été extraordinaire. Cette année est plus difficile parce que les meilleurs ont été vendus. Mais si on termine à la deuxième place, je tirerai mon chapeau à Jardim !

Il est temps d’évoquer la commémoration du 28 avril.

A l’occasion de Monaco-Amiens, le samedi 28, on célébrera le 40ème anniversaire du fameux titre de 78. Pratiquement, tout le groupe d’alors sera présent, à l’exception d’Heriberto Correa, décédé l’an dernier, et d’Alain Moizan, qui entraîne en Nouvelle-Calédonie. Rendez-vous à 10 h dans un hôtel proche du stade. A midi, nous aurons l’honneur d’être reçus au Palais Princier. Jean-Louis Campora, Emile Rossi et Vadim Vasilyev nous accompagneront. A 18 h 30, une réception, organisée par l’ASM, se tiendra dans le salon d’honneur du stade, avec exposition de clichés d’époque et remise de cadeaux. Avant 20 h, une photo collective sera prise sur le stade. Deux ou trois d’entre nous donneront le coup d’envoi fictif. Puis, nous regarderons tous ensemble Monaco-Amiens.

On a hâte d’y être. Un mot pour les supporters monégasques.

Qu’ils continuent à soutenir l’AS Monaco, parce qu’ils sont l’âme du club.

Un regret ?

Aucun. Tout au long de ma carrière, j’ai donné le meilleur de moi-même. Mais l’AS Monaco me manque énormément… Si, un regret tout de même : que Planete cesse son activité. C’était mon site de référence sur l’ASM !


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