La flamme du prince pour l'ASM « n'a jamais Vasilyev »

Club / 31/03/2018 - 07h27 / Par Grégory L.H.
  


Souverain de la Principauté depuis 2005 et très attaché à l'AS Monaco depuis son enfance, SAS le prince Albert II a confié quelques uns de ses souvenirs à L'Équipe Magazine à l'occasion de son soixantième anniversaire, célébré le 14 mars dernier. La journaliste Anne-Sophie Bourdet a également collecté les témoignages d'anciens joueurs et dirigeants du club afin d'en savoir plus sur « leur » prince. L'occasion de se remémorer ses années de sportif touche-à-tout, de supporter souvent exilé à l'autre bout du monde mais également pour lui de livrer une analyse sportive à froid sur l'évolution du club depuis vingt ans.

Une jeunesse passée au poste de latéral droit

Dès son plus jeune âge, le prince Albert a baigné dans le football. Dans les années 1960, il a eu le privilège de développer ses qualités balle au pied avec les pros : « Avant que je rejoigne l'école de football de l'ASM, mon père avait invité plusieurs joueurs de l'équipe première pour venir m'entraîner, mes amis et moi, une fois par semaine. Il y a quelques branches de bosquets qui ont souffert ... »

Mais malgré ces leçons particulières délivrées entre autres par Michel Hidalgo, Yvon Douis ou Lucien Cossou, le jeune prince n'évoluera qu'au niveau amateur sur le rectangle vert. Après un passage dans l'équipe universitaire d'Amherst, Massachusetts, aux États-Unis (1977-1981), il intègre l'équipe 3 de l'ASM, et se retrouve sous les ordres de Michel Aubéry, actuel président de l'association. Ce dernier se souvient d'un joueur plutôt rugueux : « Il fallait se le faire sur le terrain, il était assez agressif. Parfois, il mettait de ces tampons, mais quand le joueur se retournait et voyait que c'était Monseigneur... »

Un supporter passionné aux quatre coins du monde

C'est dans la patrie de sa mère, lors de son séjour outre-Atlantique, qu'Albert dit avoir connu sa plus forte émotion de supporter en 1978. Les technologies n'étant pas aussi développées qu'aujourd'hui, il ne peut à cette époque suivre les résultats de l'ASM qu'à travers la presse française, qu'il reçoit une fois par semaine par courrier. C'est donc à distance, aux côtés de Jérôme de Bontin, qu'il apprend le conquête du troisième titre national. « Je connaissais bien les joueurs, on pouvait s'identifier à cette équipe, plus que quand l'effectif tourne souvent » déclare-t-il, nostalgique d'une période qui semble bien lointaine.

Le prince a longtemps entretenu une grande proximité avec les joueurs qui se sont succédés dans le vestiaire asémiste. Il a ainsi pu vibrer de l'intérieur au rythme des succès des années 1990 et du début des années 2000. Ludovic Giuly : « Le Rocher c'est chez lui, donc il savait où on était et à quel moment, il pouvait débarquer à l'improviste dans nos fêtes. À l'époque, on n'avait pas les téléphones portables et les réseaux sociaux. Uniquement des souvenirs, pas de photos compromettantes. Aujourd'hui, s'il venait avec l'équipe, il ne vivrait plus. »

Depuis qu'il a succédé à son père Rainier, Albert se retrouve souvent en voyage bien loin de son équipe, ce qui ne l'empêche pas de continuer à la suivre ni de parler football avec ses hôtes. Ainsi lors de son expédition en Antarctique en 2009, l'un des premiers sujets de discussion avec un responsable coréen a été l'état de forme de Park Chu-Young ! Et lorsqu'il s'est rendu au Burkina Faso en janvier dernier, on lui a directement proposé de superviser les jeunes talents locaux pour le compte de l'Academy !

Un dirigeant toujours attentif à la situation de l'ASM

Par l'intermédiaire du club, le prince Albert s'est exercé durant des années à ses futures fonctions de dirigeant de la Principauté. L'emblématique capitaine de l'épopée 2004 se souvient de son discours remobilisateur à Gelsenkirchen : « Après la défaite, on est revenus à notre hôtel pour retrouver nos familles. L'ambiance était lourde. Albert est arrivé avec ses mots et sa douceur habituelle. Il nous a rappelé qu'on était l'AS Monaco, qu'on avait vécu une année extraordinaire même si nous n'avions pas gagné cette finale. Ce que cela représentait pour nous, pour le club et pour la ville. »

L'Équipe Magazine rappelle également l'influence grandissante qu'a pu avoir le prince dans les décisions prises à l'AS Monaco. Il se serait ainsi opposé à Jean-Louis Campora en juin 1999 lorsque celui-ci voulait remplacer Claude Puel par Giovanni Trapattoni. Autre conflit entre les deux hommes un an plus tard : Campora aurait souhaité la signature des Marseillais Peter Luccin et Sébastien Pérez. Le palais s'y serait opposé en raison des incidents du tunnel du Vélodrome survenus quelques semaines auparavant. Une façon d'asseoir son autorité pour le futur souverain. 

Lorsque la situation financière du club devient précaire en 2003, Albert se montre également un décideur influent. En raison des suspicions mafieuses qui planent au dessus d'Alexey Fedorychev, il refuse le projet de rachat par le millionaire russe, lui aussi soutenu par Campora. Un nouvel échec pour le président historique, en place depuis 1975. Ce dernier finit par céder sa place à des hommes de confiance du prince : Pierre Svara, Michel Pastor, Jérôme de Bontin et Étienne Franzi entre autres. Tous se succèderont à la tête du club, avec des résultats qui seront au mieux mitigés pour les trois derniers. Avec le recul, Albert admet aujourd'hui « une absence de lucidité dans les choix et les objectifs, parfois aussi un manque de compétence » concernant cette époque

Le rachat par Rybolovlev, la solution « appropriée »

Il a finalement fallu attendre que le club soit aux portes du National pour qu'une candidature de reprise étrangère soit acceptée en décembre 2011, à contre-cœur. Jean Petit témoigne : « Ce qui le chagrinait, c'est qu'on était en deuxième division et qu'il ne voyait pas avec quels moyens on allait revenir. Les supporters doivent le remercier pour l'arrivée de ces financiers. Après c'est sûr, tout n'est pas rose... »

Au moment de la reprise par Dmitri Rybolovlev, il semblait entendu que Jean-Marc Goiran, Monégasque et proche du Palais, soit nommé dans la nouvelle direction. Mais il n'en sera finalement rien, le nouveau président préférant placer ses hommes aux postes-clés : Evgeny Smolentsev (janvier-mars 2012), Filips Dhondt (depuis janvier 2012), Dmitry Chechkin (mars-septembre 2012), Tor-Kristian Karlsen (mars 2012-février 2013), Konstantin Zyryanov (mars-octobre 2013) et Vadim Vasilyev (depuis janvier 2013).

Si la situation n'est pas celle dont rêvait le prince, celui-ci s'en est désormais accomodé : « Cette reprise était la solution la plus appropriée, la plus plausible, la plus équilibrée. Je pensais, je pense que c'était la meilleure qui pouvait s'offrir à nous. C'était un peu difficile d'accepter sa logique et son projet, mais je comprends le souhait légitime de M.Rybolovlev de s'y retrouver financièrement. »

Et lorsqu'il est question des récents soucis judiciaires de l'oligarque russe, le souverain monégasque reste mesuré mais ne cherche pas à éluder la question : « Les incertitudes autour de cette affaire sont pesantes pour le club et pour tout le monde en Principauté. Ce n'est pas agréable d'avoir cette chape, cette ombre au tableau, qui nous empêche d'avoir des relations normales avec M.Rybolovlev. Si cela se passe bien, comme nous l'espérons tous, on oubliera vite cette triste affaire. Si les faits sont avérés, on prendra les décisions qui s'imposeront. »

La nostalgie du « football de papa »

Dans l'organigramme actuel, c'est de Vadim Vasilyev dont le Prince est le plus proche. Les deux hommes échangent souvent, comme l'explique le vice-président directeur général de l'ASM : « En période de transfert, je l'appelle car je ne veux pas qu'il apprenne les grandes décisions dans la presse. Son avis peut être différent du mien. Il est déjà intervenu pour qu'un joueur ne parte pas. On l'écoute, même si le joueur peut avoir des raisons valables. Là, le joueur n'est pas parti. » 

Les opinions princières trouvent donc une oreille attentive auprès de la direction, bien que celle-ci n'ait pas conservé l'identité nationale de la Principauté, au grand dam du principal intéressé : « Pour le staff ou l'administration, on va chercher des personnes qui viennent de très loin alors qu'on pourrait trouver des gens compétents sur place. On essaie de voir cela avec les dirigeants. »

La même lassitude se lit dans ses propos quand l'échange se porte sur l'évolution du football: « Le foot business, ce n'est pas mon truc. C'est quasiment un exploit quand un joueur passe plus de deux saisons dans un club ! Ces sommes astronomiques pour des footballeurs, même si l'économie a beaucoup évoluée, c'est exagéré... On est loin du football de papa (rires). En tout cas, loin de ce qui nous a plu dans ce sport, de ce qui nous a incité à le pratiquer. »

Le prince Albert garde donc un regard attentif sur le parcours du club, même si plus distant qu'il a pu être. Il sera ce samedi dans les tribunes de Bordeaux pour porter haut ses couleurs, dans un rôle qui fait parfois sourire les habitués des tribunes présidentielles : « Quand il regarde le match, on voit plus un supporter qu'un chef d'État. Un vrai supporter, disons... très passionné. » déclare Vasilyev ; « parfois subjectif dans ses analyses de l'arbitrage, mais très authentique dans ses réactions. » complète de Bontin.

Dans les bons comme dans les mauvais moments de l'AS Monaco, Albert II reste le supporter numéro 1 du club, et il l'assure avec humour, « la flamme n'a jamais Vasilyev » !

 

L'Équipe Magazine

 
Infinity Chat :
Dernier message il y a 1 an