L'art du renversement de situation

Temps additionnel / 03/03/2018 - 16h23 / Par Norbert Siri
  


Pour remédier à une amère frustration, comme celle que notre équipe a éprouvée l’autre jour à Toulouse, où elle a le pénible sentiment de s’être fait voler le match par l’arbitre, la meilleure solution est de remporter le suivant après avoir fourni une bonne semaine d’entraînement. Certes, les intempéries ont perturbé la préparation de Monaco-Bordeaux. La neige est tombée sur La Turbie, le froid a paralysé les habitudes, mais le cœur y était, et, surtout, l’envie de rattraper les points abandonnés sur les bords de la Garonne et de reprendre la marche en avant, à moins de trois mois de l’échéance finale. Radamel Falcao manquait encore à l’appel, mais, comme l’efficacité des Monégasques n’avait pas été affectée en son absence, les supporters étaient raisonnablement optimistes quand les Girondins, privés de deux de leurs meilleurs éléments, se sont présentés, vendredi soir, sur la pelouse humide du stade Louis-II.

Nos favoris n’ont pas été récompensés comme ils le méritaient de leur première mi-temps. Ils l’ont copieusement dominée et illuminée de quelques mouvements d’envergure, significatifs d’un collectif soigneusement rodé, mais, malheureusement, infructueux, le plus beau se terminant par un tir sur la transversale de Rachid Ghezzal. Quand une équipe - en particulier la nôtre - commence à vendanger des occasions aussi nettes, on se prend à craindre qu’elle ait à le regretter. C’est ce qui s’est produit peu après la demi-heure de jeu, lorsque les Bordelais, complètement absents des débats jusque-là, ont ouvert le score, contre le cours du jeu, sur leur unique tir cadré de la partie. Cette réussite inespérée les a quelque peu enhardis, ce qui a ouvert de larges espaces aux Rouge et Blanc. Juste avant la pause, en conclusion de tentatives de plus en plus précises, Thomas Lemar héritait du ballon récupéré par Fabinho, au centre du terrain, dans les pieds du buteur girondin, et lançait immédiatement en profondeur Stevan Jovetic (Photo : J-P Kieffer) qui trompait Benoît Costil avec son sang-froid habituel. Il était temps, parce qu’il aurait été foncièrement injuste que les visiteurs s’en retournent aux vestiaires avec une longueur d’avance.

L’AS Monaco avait certes épongé son retard, mais, comme elle souhaitait s’imposer, il lui fallait donner un coup de collier supplémentaire face à une formation qui n’épatait pas par sa rigueur, mais qui venait de relever sacrément la tête, depuis qu’elle était passée entre les mains d’un nouvel entraîneur. De fait, les Rouge et Blanc ont dû batailler ferme, d’abord pour inscrire le second but, puis pour se préserver d’un retour des Bordelais. Dans la continuité de leur première période, sans se précipiter, sans s’affoler, sans manifester le moindre doute, comme si leur supériorité était une évidence qui finirait logiquement par aboutir, ils se sont appliqués à rudoyer leurs adversaires. Une fois, deux fois, la troisième a été la bonne. Au terme d’une action initiée sur le côté gauche, la balle s’est retrouvée à droite dans les pieds de Djibril Sidibé, toujours aussi offensif. L’arrière international, d’un petit pont audacieux sur son vis-à-vis, réussissait à passer le cuir à Rony Lopes, qui marche sur l’eau ces temps-ci et, peut-être aussi, sur les traces de Bernardo Silva. L’autre petit portugais fusillait le gardien girondin dans un angle très fermé, preuve de sa virtuosité technique. Jusqu’à la fin du match, même les artistes n’ont pas hésité à prêter main-forte à leurs défenseurs pour assurer une courte mais précieuse victoire.

Le handicap d’un but rattrapé par deux fois devant Toulouse, dès l’ouverture du championnat. La petite remontada réalisée face à Troyes en décembre. Celle de Lyon au début du mois dernier. Bordeaux ce week-end. Les Asémistes savent se sortir les tripes quand la situation l’exige. Ils possèdent à merveille l’art du renversement de situation et démontrent régulièrement qu’ils savent faire corps grâce à un mental, à un état d’esprit, à une force de caractère largement au-dessus de la moyenne. Cette saison, ils sont moins étincelants que l’an passé, c’est un fait. Mais, à ce jour, ils ne comptent que cinq points de moins qu’il y a douze mois, à l’issue de la même journée de Ligue 1. Qu’on ne se méprenne pas ! L’AS Monaco accomplit un championnat de toute beauté, derrière l’intouchable Paris-SG. Elle est l’un des plus brillants dauphins de l’histoire, mais, comme elle nous a trop bien habitués ces dernières années, nous avons tendance à faire la fine bouche, quand nous devrions l’ouvrir pour encourager.

Daghe Munegu.


 
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