Vasilyev : « Nous sommes beaucoup plus qu'une simple équipe »

Club / 25/02/2018 - 08h49 / Par Maxence G.
  


Responsable des orientations stratégiques de l'AS Monaco, Vadim Vasilyev n'a pas toujours fait l'unanimité. Très critiqué après l'éviction de Claudio Ranieri ou encore le mercato agité de l'été 2015, les décisions fortes prises par l'homme de main de Dmitri Rybolovlev se sont avérées très avantageuses sur les plans sportif et financier du club asémiste. Les Rouge et Blanc, demi-finalistes de la dernière Ligue des Champions et vainqueurs du championnat hexagonal, ont éclaboussé l'Europe de performances inattendues. Ces dernières ont logiquement attiré d'attentifs regards sur la structure du club de la Principauté et c'est ainsi que son Vice-Président a été récompensé pour son travail en coulisses. Ses compétences désormais unanimement reconnues, le dirigeant russe s'est entretenu avec un journaliste du magazine britannique FC Business, spécialiste de l'industrie du football, pour revenir sur certains points du projet monégasque. Morceaux choisis.

 

le chemin parcouru

Le journaliste anglais Aaron Gourley s'est chargé de recueillir les propos de Vadim Vasilyev après avoir passé deux jours aux côtés de l'homme de 52 ans. Une immersion en profondeur au sein de l'organigramme du club Rouge et Blanc qui lui aura permis d'observer le fonctionnement du Champion de France en titre. C'est d'ailleurs au sujet de l'exercice précédent que le Directeur Général asémiste s'est d'abord exprimé : « Dès le tout début de saison, ça semblait spécial. Ensuite on a battu Paris fin août et à ce moment là j'étais convaincu que quelque chose de très spécial se passait. Je suis allé dans le vestiaire et j'ai dit : "Les gars, cette saison on va aller très très loin" ». Il poursuit en précisant que l'esprit qui régnait au sein du groupe était particulièrement avantageux : « Il y avait quelque chose en plus. Quand tout le monde est ami et qu'ils se poussent les uns les autres, contents de la victoire de l'équipe même s'ils n'ont pas joué, chacun rend l'autre plus fort. On s'en apercevait ». Les choix du coach monégasque, Leonardo Jardim, auront également été primordiaux selon le bras droit de Dmitri Rybolovlev : « Je donne du crédit au coach parce qu'il a changé le système. On avait jamais évolué en 4-4-2 et lors de la pré-saison on a commencé à marquer des buts et on sentait que les choses allaient dans le bon sens ». Une association de composants déterminants pour la réussite de cette saison 2016/2017 qui auront parfaitement réussi à s'assembler pour le plus grand plaisir des adeptes du ballon rond.

Si la saison passée justifie grandement la stratégie mise en place par le board des pensionnaires du Stade Louis-II et attire les projecteurs internationaux, la situation n'a pas toujours été si favorable et Vasilyev entend bien ne pas l'oublier : « Quand je suis arrivé au club il y a 5 ans, on a tenté de recruter quelques joueurs à Monaco. On était dernier de Ligue 2 et ils disaient : "C'est quoi ce club ?". Mais quand nous avons commencé à renouer avec le succès, et nous somme historiquement un club qui réussi, l'intérêt est revenu et les transferts qui ont fait les gros titres signifient que nous sommes désormais dans une situation où les joueurs nous voient comme la meilleure opportunité de développement, [...] beaucoup d'entre eux nous donnent la priorité ». Outre cet attrait retrouvé vis à vis des joueurs de haut niveau, les supporters français ont également drastiquement revu leur perception du club de la Côte d'Azur : « Nous avons l'image la plus positive du football français (selon un sondage réalisé par la LFP). Nous avons notre propre base de supporters mais nous sommes également vus comme un second club pour d'autres fans. Donc, par exemple, vous pouvez supporter Arsenal mais être aussi un fan de l'AS Monaco. Nous sommes différents, nous avons cette image positive ce qui est un plus pour les marques qui travaillent avec nous ». Poursuivant sur cet aspect d'attractivité auprès des marques, il explique que la force de l'ASM réside dans sa différence : « Nike nous apprécie beaucoup parce que, oui, Paris a toutes les grosses stars mais Monaco est une destination pour les jeunes talents. C'est, pour les entreprises du sport, le club qui développe les jeunes talents et qui a une image très positive dans le monde ».

C'est ensuite les caractéristiques du club monégasque que le récent "Dirigeant de l'Année" au niveau du football européen s'est appliqué à éclaircir : « Monaco est unique. C'est une Principauté, une destination très prisée par les gens du monde entier. Je pense que nous sommes beaucoup plus qu'une simple équipe, il s'agit d'un endroit très spécial dans le monde, un tout petit pays à l'importance disproportionnée. Mais nous avons le soutien de SAS Prince Albert II qui adore le club ». Une situation difficilement comparable à une autre formation mais que Juli Ferre Nadal, le directeur commercial rencontré à l'occasion de la soirée mensuelle que le club organise pour échanger avec d'autres acteurs du secteur, considère comme « un challenge à savourer tant ils ont de nombreuses similarités avec Barcelone (son ancien club, ndlr) ». Le poste occupé par l'Espagnol revêt une importance d'autant plus capitale que Vasilyev ne souhaite pas être entièrement dépendant des transferts de joueurs pour rentabiliser l'activité su club : « C'est très important parce que nous avons battu des records sur le marché des transferts et on peut faire de gros profits mais c'est aussi risqué. Il y a tellement d'éléments qui entrent en relation avec les transferts que c'est absolument impossible de toujours avoir bon. Donc nous devons faire évoluer notre base afin qu'elle soit plus solide et moins dépendante des transferts et c'est pourquoi on est concentrés sur le développement de notre activité commerciale ».

vision business

Ce type d'orientation vient renforcer le Business Model que l'AS Monaco a parfaitement réussi à adapter à son ADN et aux tendances actuelles du football moderne. Une stratégie qui porte donc ses fruits aujourd'hui mais qui a nécessité une remise en question personnelle : « Nous avons dû réellement revoir drastiquement notre Business Model. C'était très difficile, très douloureux ; les gens ne croyaient pas en moi, mais à la fin, cela nous a apporté la réussite et l'expérience qui nous ont rendu plus fort. [...] Nous avons analysé nos forces et nos faiblesses. Notre faiblesse est que nous avons un maximum de 100 000 personnes autour de nous. [...] Mais nos forces, qui sont développées au sein de notre marque, sont notre héritage et notre histoire. » Il n'oublie pas non plus que le soutien du président face à ces périodes difficiles aura été grandement important : « Ce projet ne serait pas possible sans la passion et la vision du Président. Son soutien quotidien nous guide pour être plus performants ». Vadim Vasyliev est également revenu plus en détail sur l'importance des transferts dans la viabilité du projet. La récente signature de Pietro Pellegri que le club est parvenu à recruter en provenance du Genoa va dans le sens de ses propos : « C'est un business model, mais c'est un business model qui fait partie de la stratégie sportive puisque à partir du moment où on laisse partir les joueurs au bon moment, d'autres arriveront car ils nous verront comme une étape du chemin à suivre ».

Enfin, le dirigeant du club à La Diagonale a justifié les différents projets de construction ou de rénovation validés par les instances locales, à commencer par le centre de La Turbie qui facilitera le développement et la progression des joueurs Rouge et Blanc : « C'est extrêmement important pour la réussite continue du club. Nous ne serons jamais capables de concurrencer la taille des infrastructures de clubs comme Manchester City ou Tottenham qui ont des équipements fantastiques mais je pense que l'on peut rivaliser au travers de notre expertise. J'ai confiance en notre avantage concurrentiel visant à pouvoir régulièrement faire monter des joueurs de l'académie en équipe première ». Le projet d'optimisation du stade Louis-II, qui a pour objectif de combler le manque d'affluence à domicile, consiste à réduire la capacité totale de l'enceinte pour y multiplier le nombre de loges Hospitalités : « On a visité des stades en Angleterre et en Europe où le service Hospitalité est très important. À Monaco, nous n'avons pas un nombre suffisant de fans mais ils sont en capacité d'achat. Il y a des gens avec de l'argent qu'ils veulent dépenser. Aujourd'hui, vous venez seulement au stade si vous êtes supporter ; vous ne venez pas pour une expérience. [...] On a obtenu l'aval pour moderniser tout le stade et c'est une nouvelle étape pour développer nos revenus commerciaux. [...] On commence la construction de 18 nouveaux Sky Boxes qui seront inaugurés la saison prochaine. Ces derniers seront de très haute qualité ». Un nouveau choix réfléchi qui devrait rencontrer un franc succès.


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