Florian Valot, des hauteurs de la Turbie à New York City

Equipes jeunes - Anciens - Interview / 27/02/2018 - 19h15 / Par Planete-ASM
  


Joli cadeau de Noel pour un ancien pensionnaire de la Turbie ! Le 22 décembre 2017, Florian Valot signait son premier contrat professionnel à l’âge de 24 ans pour évoluer dans la franchise MLS des New York Red Bulls. Le milieu de terrain s’inscrit ainsi dans les glorieuses traces d’un joyau de la formation monégasque, Thierry Henry, qui porta pendant 4 ans la tunique new-yorkaise. Toutefois, à l’inverse de son illustre prédécesseur, Florian Valot n’a pas connu un parcours classique avant d'obtenir ce précieux sésame.

Recalé par l’ASM lors de sa dernière année de contrat stagiaire en 2013, le jeune ailier a emprunté des chemins de traverse avant de devenir professionnel. Pour en savoir plus sur l'itinéraire atypique et passionnant d'un ancien pensionnaire du centre de formation asémiste, Planete-ASM a interviewé Florian Valot. Entretien, des hauteurs rocheuses de la Turbie aux immenses buildings de NYC.

 

Avant d’arriver à Monaco, tu as évolué au sein du centre de formation du PSG. Comment es-tu arrivé dans le club de la capitale ?
J’ai grandi en région parisienne et je jouais avec l’équipe de ma ville Croissy sur Seine. On était en 5ème ou 6ème division et il y avait des détections départementales avec les Yvelines. J’ai fait partie de l’équipe lors d’un tournoi régional pendant lequel j’ai bien joué et j’ai été repéré par quelques d’équipes pro. J’ai décidé d’aller au PSG car c’était pratique, j’habitais à 10 minutes du centre de formation. De 14 à 17 ans, j’ai donc évolué dans les équipes de jeunes du PSG. C’était une très bonne formation mais je ne me sentais pas trop à ma place, je ne me sentais pas bien intégré.

En 2010, à 17 ans, tu as donc pris la direction de l’AS Monaco où tu es resté 3 saisons. Pourquoi l’ASM ?
La raison première, c’est qu'on avait joué la finale nationale avec les U17 du PSG que l’on a perdu aux tirs au but contre Sochaux et le directeur du centre de formation de Monaco était présent. J’ai fait un très bon match et inscrit un doublé. A la suite de la rencontre, l’ASM m’a contacté et m’a proposé un contrat de 3 ans alors qu’à Paris, on ne me proposait qu’une convention stagiaire d’une année. J’ai préféré choisir la stabilité que l'on me proposait et l'aventure et donc prendre la direction de Monaco.

Sur le Rocher, tu arrives dans un groupe qui se connait déjà. Comment l'intégration s’est passée ?
J’étais logé en dehors du centre de formation, c’était un peu l’inconnu. C’était dur au début mais tout est vite rentré dans l’ordre. Cela s’est très bien passé avec les autres joueurs, j’ai bien été intégré au groupe. D’ailleurs, je suis toujours en contact avec pas mal de coéquipiers de l’époque. J’en garde un très bon souvenir et je ne regrette rien.

A l'issue de ta première saison, en 2011, les U19 avec lesquels tu évolues remportent la Coupe Gambardella au Stade de France. Quel souvenir en gardes-tu ?
C’est l’un de mes plus beaux souvenirs en France parce que c’est une compétition que tous les jeunes rêvent de gagner. C’est un peu la consécration de jouer au Stade de France, juste avant une finale de Coupe de France, devant un bon nombre de spectateurs, c’est vraiment quelque-chose de spécial. En plus, on avait une très belle équipe avec des joueurs qui jouent aujourd’hui dans les meilleures équipes d’Europe. Je ne suis pas surpris de voir des joueurs comme Nampalys Mendy, Valentin Eysseric, Yannick Carrasco, Layvin Kurzawa être au niveau où ils sont aujourd’hui tout comme Dennis Appiah, notre capitaine.

Quels joueurs de l’équipe t’impressionnaient le plus ?
A l’époque, pour moi, le meilleur, c’était Nampalys Mendy. Il avait toutes les qualités qu’un joueur comme Ngolo Kanté peut montrer aujourd’hui. Il faisait un énorme boulot au milieu, il était partout sur le terrain, et faisait de très bonnes relances. Pour moi, c’était le meilleur joueur de notre effectif. Ensuite, en second, je mettrais Valentin Eysseric et juste derrière Yannick Carrasco, deux joueurs avec de grosses qualités techniques. Mais l'ensemble de mes coéquipiers à l'époque avaient quelque-chose de spécial et je pourrais les nommer un par un, en décrivant leurs qualités.

La saison suivante, alors que l’ASM a été reléguée, beaucoup de tes coéquipiers sont lancés dans l’équipe en L2 pendant que tu restes avec la réserve. L’as-tu vécu comme une injustice?
Pas du tout. A l’époque, je n’étais pas au niveau, je n’étais pas performant et je ne méritais pas de monter en équipe première. C'est clair. Quand j’ai eu l’occasion de monter en équipe une pour participer aux entraînements, je pense que j’ai fait ce que j’avais à faire, j’ai été plutôt bon mais je ne méritais pas de jouer par rapport à d'autres joueurs. Je pense que je n’étais pas prêt à l’époque pour évoluer régulièrement avec les pros.

En 2013, tu quittes la Principauté sans avoir signé de contrat pro avec ton club formateur. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné, selon toi, à Monaco?
Mes performances sur le terrain, que ce soit en CFA ou en U19, n’étaient pas suffisantes pour pouvoir intégrer le groupe pro de manière durable. J’en étais conscient, je n’étais pas performant, je n’arrivais pas à marquer assez, je ne créais pas grand-chose sur le terrain et physiquement, j’étais un peu à la traine face à certains joueurs. Je me suis vite rendu compte que je n'étais pas vraiment au niveau pour signer. Même si j'avais obtenu un contrat, ça aurait été forcément une belle nouvelle mais derrière je savais que j'allais devoir bosser beaucoup plus pour réduire l’écart de niveau entre un Eysseric et moi, par exemple. Lors de ma dernière année de stagiaire pro, l’ASM m’avait parlé d'un an de contrat pro pour me laisser une dernière chance de prouver que j'avais le potentiel. Au final, ils ont attendu la dernière minute pour me dire qu’ils n’allaient pas me signer et je ne l’ai pas très bien vécu.

A ce moment-là, est-ce que tu t’es dit que le football professionnel, c'était terminé pour toi ?
Non, j’ai toujours pensé que je serais footballeur professionnel. Après, cela a clairement été une période très difficile où j’ai été mal entouré et où j’ai eu du mal à rebondir. J’ai fait des essais à droite, à gauche qui n’ont pas été concluants et au final, j’ai fait une saison blanche. Je n'ai même pas joué de l'année et je me suis retrouvé à travailler dans un magasin de prêt-à porter pendant quelques mois. Cette année-là fut très difficile mentalement mais je pense qu'elle m'a été bénéfique pour me forger l'état d'esprit que j'ai aujourd'hui.

Continues-tu à suivre l’ASM aujourd’hui ?
Bien sûr. Je regarde particulièrement les joueurs avec qui je jouais comme Almamy Touré ou d’autres du centre de formation comme Kévin Ndoram. J’arrive toujours à suivre, je regarde les résultats d'ici. Je sais qu’il y’a eu beaucoup de changements dans le centre de formation ces derniers temps donc je suis un peu perdu au niveau des coachs mais j'ai toujours un œil sur l'ASM. Ça restera un super souvenir, on avait une très bonne ambiance, comme une petite famille où l’on s’entendait tous très bien. Les formateurs étaient très bons. C'était de belles années et j'ai vraiment pu progresser en tant que joueur.

Après cette carrière avortée en France, tu t’envoles en 2014 pour les Etats-Unis et la Rider University dans le New Jersey. Qu’est-ce qui t’as poussé à aller aux USA ?
J’ai toujours mis les études en avant par rapport au foot parce que mes parents m’ont très vite fait comprendre que le foot, ça ne dure pas. Il faut un diplôme pour savoir rebondir. J'ai eu l'opportunité de faire des essais pour intégrer une université US et pour pouvoir jouer et étudier avec à la clé un bon diplôme. Je me suis dit que je n’avais rien à perdre et je voulais découvrir quelque chose de nouveau. C'est pour ça que j'ai rejoints Rider près de New-York. C’était une petite université mais une superbe aventure.

Comment s’est passé l’intégration dans l'équipe de l'université? Quel était le niveau ?
L’intégration a été très facile. Mes coéquipiers de l’époque m’ont accueilli de façon incroyable. Le coach, les autres joueurs ont toujours été là pour moi, très disponibles. Selon les universités, il y’a un très gros écart entre un joueur européen et un joueur américain. C'est quelque chose qui se voit tout de suite. Je jouais sur les ailes ou dans le milieu de terrain et j'étais l'un des meilleurs joueurs de l'équipe. Lors de ma seconde année, nous avons gagné la conférence, ce qui était une première depuis 15 ans pour la Rider University. Cela nous a permis de jouer le tournoi final avec toutes les plus grosses universités du pays. Malheureusement, on a perdu au premier tour contre l'une des meilleures équipes.

Après ces deux ans au niveau universitaire, tu signes dans la deuxième équipe des New-York Red Bulls. Comment en es-tu arrivé là?
A la fin de l'année 2015, je pensais arrêter le foot. J'étais un peu fatigué et je ne pensais pas avoir l'opportunité d’aller dans une équipe MLS. On avait fait une bonne saison mais mon université était trop petite pour avoir de la visibilité au niveau supérieur. Mais j'ai tout de même eu la chance de faire des essais avec les Red Bull. Malheureusement, ça ne s’est pas très bien passé parce que j’étais blessé à ce moment-là. Je ne m'attendais pas du tout à être rappelé et au final, cela fait deux ans que je suis avec eux. (En décembre 2017, Florian a été transféré dans l'équipe première des NYRB en MLS. L'interview a été réalisée avant cette superbe nouvelle, ndlr).

Comment se passent tes premiers pas dans cette nouvelle équipe ?
Au New-York Red Bulls, les joueurs ne se prennent pas la tête. Même si ce sont des stars, ici aux États-Unis, ils sont humbles, très respectueux et très ouvert aux jeunes. C’est un peu comme une petite famille où l'on t'accueille parfaitement. Le fait que l'on soit plusieurs français dans l'équipe m’a sans doute un peu facilité la tâche, et l'intégration s'est parfaitement déroulée. C’est un championnat en plein développement, qui est en train de s’ouvrir sur le monde et sur l’Europe et qui grandit très rapidement. On ne s’en rend pas compte mais une fois que l’on est dedans, c'est flagrant. C’est un super challenge ! En plus de ça, la vie à New-York est incroyable. Ici, je suis vraiment très heureux.

A 25 ans, alors que tu fais désormais carrière aux USA, quel bilan tires-tu de ton début de carrière assez atypique ?
L'Europe m'a permis de me développer, techniquement notamment, mais j’ai vraiment gagné en confiance et en efficacité aux Etats-Unis. Je me suis un peu donné une nouvelle vie en venant ici Je me sens libéré, et je pense être un meilleur joueur que lorsque je suis arrivé il y’a 4 ans.

Quel conseil donnerais-tu à un jeune footballeur qui échouerait à signer son premier contrat pro ? Comment rebondir après un échec ?
Il ne faut pas parler d'échec. Les statistiques en centre de formation, c’est 2 à 3 joueurs qui deviennent professionnel sur une génération donc c’est très compliqué. Aujourd’hui, de plus en plus de jeunes font le choix de partir aux USA pour donner un deuxième souffle à une carrière un peu bloquée en Europe. Pas mal de joueurs m’envoient des messages pour savoir comment ça se passe. Et parmi-eux quelques anciens coéquipiers qui souhaitent ou on déjà tenté l'aventure. Tous les retours que j’ai aujourd'hui des joueurs européens qui évoluent à Rider sont très bons. Ceux qui sont arrivés sont très contents, ça se passe très bien pour eux. La filière universitaire aux USA, c'est une autre opportunité pour pouvoir jouer au foot. Après, il ne faut pas oublier les études, car si tu veux venir aux États-Unis, il faut bien bosser à l’école pour intégrer les meilleures universités. C’est vraiment une belle aventure et j'encourage les jeunes à la tenter.

Qu’est-ce que l’on peut te souhaiter pour la suite ?
De me voir en MLS l’année prochaine. Ça serait l'aboutissement du travail de ces 3 dernières années.

 

Alors que la saison redémarre tout juste outre-Atlantique, les NYRB disputent la Ligue des Champions de la CONCACAF. Opposé en huitièmes de finale au club hondurien du Deportivo Olimpia, les New-Yorkais ont obtenu le nul (1-1) à l'extérieur dans une rencontre que Florian Valot a observé du banc de touche. Le match retour se disputera vendredi 3 mars. Dans la foulée, la MLS recommence le 11 mars pour les NYRB, et les occasions seront nombreuses pour l'ancien pensionnaire de la Turbie de faire ses premiers pas sous la tunique blanche de sa nouvelle équipe et ainsi de voir son souhait exaucé.

L'ensemble de l'équipe de Planete-ASM souhaite à Florian Valot toute la réussite possible dans cet excitant challenge et espère que son passage dans l'ancien club de Youri Djorkaeff et Rafael Marquez - deux anciens monégasques également - sera couronné de succès. Par ailleurs, nous tenons à remercier chaleureusement Florian de nous avoir accordé cette interview. Good Luck !