Le vent du boulet

Temps additionnel / 17/01/2018 - 15h41 / Par Norbert Siri
  


Deux derbys à une semaine d’intervalle, c’est la garantie d’une surdose d’émotions et de frissons pour les supporters. Il faut reconnaître que, depuis que l’OGC Nice, à la faveur d’une politique rationnelle et de transferts judicieux, a conquis sa place dans le gratin du football français, les doubles confrontations annuelles entre les deux voisins azuréens prennent une dimension supplémentaire et rejoignent, en intensité, celles qui, jadis, opposaient l’AS Monaco à l’Olympique de Marseille. Et que dire quand il y en a trois, comme cette saison, où les deux équipes se sont aussi affrontées en Coupe de la Ligue, match qui a permis à l’AS Monaco d’éliminer son vieux rival, chez lui, pas plus tard que la semaine dernière ? Mardi soir, c’est pour le compte du championnat que les Aiglons se sont posés au pied du Rocher où, l’an passé, à pareille époque, ils s’étaient inclinés et avaient ouvert la voie du titre à leurs adversaires. Plus question de titre pour Monaco, cette année, mais une place de dauphin à défendre, pour laquelle Leonardo Jardim, qui ne pouvait disposer de Fabinho, suspendu, avait rappelé les cadres laissés au repos ces derniers temps.

Curieusement, l’acteur principal du match a été le vent, le vent fripon, le vent félon, dont la violence, à certains moments, a influencé la qualité du football pratiqué sur la pelouse. L’arbitre aussi, François Letexier, peut-être taraudé par la réaction paranoïaque de son confrère, l’improbable Tony Chapron, lors du récent Nantes-PSG, aurait pu prétendre au premier rôle de ce suspense haletant, pour avoir accordé deux buts qui auraient dû être refusés. Le premier a été l’œuvre d’Adama Diakhaby, décidément intenable en ce moment, qui, avant d’ouvrir le score en catapultant la balle dans les filets niçois, avait touché de la main l’excellent centre de Thomas Lemar, relayé par le dos de Keita Balde. Le second est à porter au crédit de Mario Balotelli qui a égalisé, au retour des vestiaires, après avoir malicieusement écarté Kamil Glik de son ombre. Dans les deux cas, l’assistance vidéo, employée en Coupe de la Ligue la semaine passée, aurait permis d’établir la vérité et d’invalider les deux réalisations - même si, comme le soufflait, entre deux rafales, un voisin de tribune, aucune main monégasque n’est volontaire, quand elle est commise dans un derby !

En première mi-temps, hormis ce but, notre équipe n’a rien montré. Par impuissance face à l’organisation adverse ? Par prudence excessive ? A cause des caprices du vent ? Disons qu’elle n’a pas osé se découvrir de peur de prendre froid, comme les visiteurs, d’ailleurs, tout aussi frileux, si bien que le public a assisté à un non-match, ponctué de temps en temps par un geste technique réussi ou un coup de pied arrêté, que le vent, ce satané vent, rendait aléatoire. En deuxième mi-temps, les Rouge et Blanc ont été quasiment absents des débats, abandonnant la maîtrise du jeu à de fringants niçois qui se jouaient fréquemment de notre défense, où Andrea Raggi et Jorge souffraient le martyre, et qui ont fini par inscrire un second but par ce diable de Super Mario, bourreau attitré de notre équipe depuis son arrivée en Ligue 1. En fin de match, les Rouge et Blanc se sont jetés dans la bataille pour égaliser, mais leur manière brouillonne ne suscitait guère l’optimisme dans les tribunes. Ironie de l’histoire : c’est quand, des Populaires, où étaient rassemblés les supporters adverses, se sont élevés des olé destinés à chambrer nos joueurs, que ces derniers sont revenus au score, dans les tout derniers instants du temps additionnel, par l’intermédiaire de l’irremplaçable Radamel Falcao (Photo : J-P Kieffer), à la suite d’un coup franc rapidement exécuté par Jorge.

Les supporters monégasques ont accueilli avec soulagement cette égalisation miraculeuse, après avoir senti de près, plus que les effets du mistral, le vent du boulet, qui ne glace pas seulement les épidermes. Ils restent sceptiques quant au jeu proposé par leurs favoris, même s’il ne faut pas tirer de conclusions hâtives d’une prestation de quatre-vingt-dix minutes. Les Niçois leur étaient-ils réellement supérieurs, comme la deuxième mi-temps tend à le prouver ? Le vent a-t-il seulement gêné les hommes de Leonardo Jardim et épargné ceux de Lucien Favre ? Ou bien ceux-ci s’en sont-ils mieux accommodés ? Les interrogations subsistent après ce derby serré, âpre, acharné, qui a contrasté avec celui de la semaine précédente, largement mieux contrôlé par notre équipe. Seul point positif à retenir : l’état d’esprit, le caractère, la mentalité de nos joueurs qui n’ont jamais lâché et sont parvenus à leurs fins, même s’ils espéraient mieux pour conserver la deuxième place du classement, désormais occupée par les Marseillais, vainqueurs de Strasbourg en début de soirée. Justement, il va falloir les affronter au Vélodrome à la fin du mois, avant de recevoir les Lyonnais huit jours plus tard. Une période charnière à coup sûr, qui va donner bien du boulot à l’ami Leo.

Daghe Munegu.