Weah, Président du Libéria

Anciens / 29/12/2017 - 14h42 / Par Geoffroy B.
  


Nul n’est prophète en son pays. Véritable idole au Libéria, George Weah est devenu le 25ème président de cette nation après deux jours de dépouillement fastidieux. Le challenge est énorme pour l’ancienne star du ballon rond mais il compte mener à bien cette nouvelle carrière politique qui s’offre à lui.

Un véritable conte de fées

Elevé par sa grand-mère dans un bidonville de Monrovia, la capitale, rien ne prédestinait ce jeune footballeur à la carrière qu’il a embrassée. Lors de la CAN 1988, sa vie bascule. Claude Le Roy – alors sélectionneur du Cameroun - déniche ce diamant brut. Le Français le décrit en ces termes dans L’Équipe : « J'étais sélectionneur du Cameroun et un jour, j’ai vu un jeune footballeur qui, en dix secondes, m’a fait une impression incroyable par sa puissance, sa qualité technique, sa vitesse de course. […] Puis j’ai parlé de lui à mon pote Arsène Wenger et à un ami proche du président Campora, lequel a envoyé sur place Henri Biancheri, le directeur sportif du club. Ce jour-là, George avait une attelle au bras à cause d’une petite entorse claviculaire. Mais il avait quand même marqué deux buts exceptionnels. »

La suite, on ne la connait que trop bien. Brillant avec l’AS Monaco qui le fait découvrir aux yeux du monde, il l’est tout autant avec le Paris-Saint-Germain où il forme un duo magique avec David Ginola, puis avec le Milan AC où il remporte le titre de Ballon d’Or 1995. Il est le premier joueur non-européen à remporter ce trophée et reste à ce jour le seul africain à l’avoir obtenu. Remportant titre sur titre avec ces trois clubs européens, sa fin de carrière est un peu plus chaotique avec des passages, peu remarqués, à Chelsea, Manchester City, l’OM et Al Jazira ; une fin de règne presque indigne de sa grande carrière.

Preuve de son dévouement pour sa sélection, le Libéria, il termine sa carrière en club en 2003 mais termine sa carrière internationale en 2007 ! L’entraîneur-joueur qu’il était a même failli accomplir un miracle en se qualifiant pour la Coupe du Monde 2002. Le Nigéria, pour un petit point d’écart au classement, le privera de cet exploit historique. Interrogé par Europe 1, Michel Denisot, ancien président du PSG, raconte : « Il était très attaché à son pays, vraiment, il en parlait tout le temps. Il était la star de l’équipe nationale, il allait jouer là-bas par attachement parce que, évidemment, l’équipe n’avait pas dimension à gagner de grands trophées. […] Il y allait tout le temps, ne ratait jamais un match de la sélection, et partait toujours avec un avion plein de matériel pour les jeunes de là-bas. » Mister George allait même jusqu’à organiser les matchs de l’équipe sur le sol africain et payer les charges de l’ambassade du Libéria à Paris !

De la gloire au pouvoir

Les scènes de liesse sont légions dans les rues du Libéria, l’espoir est grand après la victoire de l’ancien footballeur mais l’obstacle est connu et peut même être qualifié d’insurmontable. Après des années de guerre civile, d’innombrables morts à déplorer (250 000 en 14 ans) et l’épidémie d’Ebola, George Weah devient le président d’un des pays les plus pauvres et les plus corrompus du Monde. Système de soins, éducation, prix des matières premières, infrastructures, tout est à construire ou presque dans cette petite nation d’un peu plus de quatre millions d’habitants, le Libéria, un pays décidément précurseur après avoir élu la première femme chef d'État en Afrique, Ellen Jonhson Sirleaf.

Son obstination aura fini par payer. Après cette large victoire – 61,5% des voix au second tour – l’ancien ambassadeur de l’UNICEF a mis toutes les chances de son côté. Battu aux élections présidentielles en 2005 puis pour la vice-présidence en 2011, il obtient un Master de Gestion et Management en 2013 et devient sénateur du Comté de Montserrado en 2014. Epaulé par sa colistière Jewel Howard-Taylor, ex-femme de l’ancien président Charles Taylor condamné à 50 ans de prison pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, il remporte haut la main cette élection.

Plus ancien état indépendant du continent, le Libéria doit faire face aux tensions encore palpables entre les différentes ethnies et notamment le clivage entre l’élite très largement minoritaire, les freemen (afro-américains, anciens esclaves libérés) et les natifs, la population indigène. Malgré les importantes ressources de son territoire, les deux-tiers de la population vivent avec moins de deux dollars par jour. Le nouveau président du Libéria conclut sur Twitter et affirme « mesurer l’importance et la responsabilité de cette tâche énorme ».