Le retour des morts de faim

Temps additionnel / 05/11/2017 - 15h22 / Par Norbert Siri
  


L’AS Monaco n’a pas seulement laissé deux points précieux à Besiktas. Outre quelques illusions, elle y a aussi perdu Thomas Lemar et Joao Moutinho, le second pour moins longtemps que le premier, mais ces deux défections s’ajoutant à celles, déjà connues, de Djibril Sidibé et de Radamel Falcao, le tout complété par la suspension de Jemerson, c’était la moitié de l’équipe type de Leonardo Jardim qui était sur le flanc, au moment de recevoir l’En Avant Guingamp en championnat. Pour remédier à cette embarrassante situation, qu’allait-il donc nous bricoler, notre entraîneur portugais, passé maître dans l’art de surprendre son monde et de réussir des coups de génie là où s’y attend le moins ? 

Sachant que le PSG avait corrigé Angers dans l’après-midi, les Monégasques n’avaient guère le choix s’ils souhaitaient s’accrocher aux basques des leaders. Ils n’ont pas tardé à démontrer qu’ils savaient désormais comment s’y prendre pour surmonter l’adversité. Ils ont submergé les Guingampais dès le coup d’envoi et imposé leur très nette supériorité, sans laisser aux Bretons la moindre chance de résister. A la mi-temps, ils avaient fait mieux que le tarif habituel en menant par 4 à 0. Et grâce à des buts qui ne devaient rien à personne. Les deux premiers ont ressemblé à deux bijoux ciselés dans son couloir droit par Almamy Touré (Photo : J-P Kieffer), revenu à son meilleur niveau, après qu’Andrea Raggi lui eut piqué le poste, et parachevés, d’abord, par une tête magistrale de Guido Carrillo, dont la patience sur le banc était ainsi joliment récompensée par cette ouverture du score opportune, puis par Adama Traoré, heureux de faire admirer sa virtuosité technique et son sens du placement.

Les deux buts suivants ont apporté la preuve que nos favoris ont bel et bien recouvré l’appétit qui dopait leur motivation la saison passée. D’authentiques morts de faim. Comme à son habitude, Fabinho grattait dans le camp adverse un ballon qu’il transmettait immédiatement à Rony Lopes, à la limite du hors-jeu. Le nouvel international portugais déboulait sur son aile avant de servir au point de penalty Keita Baldé, qui n’avait plus qu’à pousser le ballon au fond des buts vides. Enfin, on jouait le temps additionnel de la première mi-temps quand, au terme d’une action solitaire pleine de détermination et d’envie, Guido Carrillo, décidément très entreprenant à la pointe de l’attaque, obtenait un penalty que, en l’absence de Radamel Falcao, Keita Baldé aurait tiré très volontiers, mais que Fabinho s’est fait un plaisir de transformer, après qu’Andrea Raggi, en capitaine responsable, eut soustrait le ballon à l’attaquant sénégalais.

Avec un avantage aussi substantiel à la pause, les Rouge et Blanc allaient-ils se contenter de contrôler la partie en seconde période, d’autant que la plupart d’entre eux avaient encore le déplacement en Turquie dans les pattes ? C’est mal les connaître que de leur prêter une telle prudence. Certes, ils ont laissé un peu plus de latitude aux Bretons, qui n’ont pas su exploiter cette soudaine liberté surveillée et ne se sont que très rarement approchés des buts de Diego Benaglio, Danijel Subasic étant resté au vestiaire, par précaution, à la mi-temps. Mais, comme l’En Avant Guingamp était d’une désolante faiblesse, ils n’ont pas eu à forcer leur talent pour ajouter deux autres buts, synonymes de doublés pour Adama Traoré, auteur d’un tir brossé, consécutif à un nouveau caviar d’Almamy Touré, et pour Guido Carrillo, qui reprenait d’une tête précise un centre millimétré de Rachid Ghezzal, dont la rentrée, dans le dernier quart d’heure, s’est avérée tonitruante.

Les trois passes décisives d’Almamy Touré, les doublés d’Adama Traoré et de Guido Carrillo, tous trois remplaçants dans l’esprit de Leonardo Jardim, mais frais comme des gardons, prouvent que l’AS Monaco peut compter sur son banc pour faire aussi bien, sinon mieux que les titulaires habituels, dont on espère cependant le retour après la trêve internationale. Autre bonne nouvelle : ne pouvant rejoindre leurs sélections respectives, les blessés auront tout le loisir de récupérer de leurs récents efforts pendant la prochaine quinzaine. Car, fin novembre, sont programmés deux chocs au stade Louis-II. D’une part, Monaco-Leipzig en Ligue des Champions ; d’autre part, Monaco-PSG en Ligue 1, qui, sans être décisif, permettra de situer avec plus de pertinence la réelle valeur de notre équipe, dont l’état d’esprit est redevenu exemplaire. Une victoire dans le sommet du championnat serait une belle manière d’honorer la mémoire de Lyonel Lefort, un jeune et fidèle supporter rouge et blanc, trop tôt disparu et qui laisse un grand vide dans la famille asémiste.

Daghe Munegu.


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Monaco 6 - 0 Guingamp
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