On tombe de si haut !

Temps additionnel / 18/10/2017 - 15h20 / Par Norbert Siri
  


Entre l’AS Monaco et les clubs d’Istanbul, c’est une histoire d’amour ancienne : Galatasaray jadis, Fenerbahce naguère, Besiktas aujourd’hui. Leurs confrontations ont connu des fortunes diverses, mais, à l’exception de la première opposition en 1989, le club de la Principauté s’est plutôt bien accommodé du football turc, pourtant rugueux et enthousiaste, réservant aux visiteurs des accueils volcaniques dans ses stades en perpétuelle éruption. Grâce à quatre victoires et un nul en huit matchs, l’ASM présentait un bilan positif avant de recevoir le Besiktas JK, leader de la poule, puisque vainqueur de ses deux premières rencontres contre Porto et Leipzig, mais en difficulté dans son championnat dont il détient le titre. Comme notre équipe restait sur trois matchs sans victoire, la partie s’annonçait indécise, mardi soir, lors de la 3ème journée de la Ligue des Champions, entre celui de Turquie et celui de France, pour lequel elle était, en outre, capitale.

Condamnée à gagner, si elle voulait conserver des chances de qualification, la formation monégasque était composée quasiment des meilleurs titulaires du moment, en particulier, Djibril Sidibé, Fabinho et Radamel Falcao, qui avaient tant fait défaut à Lyon, où Leonardo Jardim avait misé sur la prudence, semblant privilégier l’échéance européenne. Et l’on a cru que le Portugais avait eu raison lorsque, au bout d’une demi-heure, Radamel Falcao, bien servi par Keita Baldé, s’est légèrement excentré vers la gauche pour ouvrir le score en finesse et précision. Lui seul pouvait marquer un tel but et l’on s’est pris à regretter amèrement son absence à Lyon, où il aurait très certainement converti au moins l’une de nos quatre occasions nettes de la seconde mi-temps. Le problème, c’est que les lacunes défensives affichées par notre équipe à Nice, à Lyon, contre Porto, renouvelées à deux ou trois reprises pendant la première demi-heure de jeu face aux percutants attaquants turcs, se sont finalement traduites par la rapide égalisation de Besiktas : ce n’est pas un, ce n’est pas deux, c’est bien trois adversaires qui s’étaient retrouvés en situation de conclure, sur un centre de la droite trop facilement délivré.

Alors qu’on s’attendait à une révolte légitime des locaux en seconde mi-temps, c’est au contraire à une lente déliquescence de leur football que nous avons assisté, dans un stade à moitié désert, où le Pesage tentait d’apporter un peu de vie et d’animation. Comme frappés d’impuissance, les Rouge et Blanc ont collectionné les maladresses de toutes sortes, les passes à l’adversaire, les contrôles approximatifs, les initiatives malheureuses, tant et si bien que, lorsque les visiteurs ont doublé la mise, nous n’avons même pas été surpris, pas même déçus, ou si peu, parce que ce but était la conséquence logique et inexorable de la domination des uns et de la résignation des autres. Nos Monégasques paraissaient totalement passifs, amorphes, subjugués par la supériorité dans tous les domaines de leur adversaire, comme, trois semaines plus tôt, par celle du FC Porto. Leur infériorité athlétique était si flagrante, qu’on aurait dit parfois des juniors essayant de se frotter à des adultes aguerris et rusés. Et, si l’entrée de Rony Lopes, curieusement absent de la composition initiale, a apporté un peu de sang neuf, il était déjà trop tard pour bousculer des Stambouliotes désormais sûrs d’une victoire qu’ils avaient amplement méritée.

Terrible constat : Besiktas n’a pas volé son succès, qui lui permet de se détacher en tête de la poule et de s’assurer d’ores et déjà la qualification pour le tour suivant. Nous, au contraire, nous n’avançons plus. Nous errons comme des âmes en peine, ou, plutôt, sombres et désenchantés, sans envie, sans ardeur, sans flamme, nous vaguons sans âme. On tombe de si haut ! La terre est si basse (Photo : J-P Kieffer), quand on a tutoyé les anges ! Or, une âme ne s’achète pas. Elle peut se vendre, à la rigueur. Au diable, par exemple. C’est ce qui s’est passé cet été, quand se sont envolés tant de surdoués convoités. Pour se refaire une âme, une belle âme, il va falloir batailler ferme, recouvrer une complicité, une solidarité, un esprit de corps absent des dernières prestations de notre équipe. Notre effectif compte toujours des éléments de grande valeur. Donnons le temps au temps pour leur permettre de se ressaisir en adoptant les talents récemment arrivés, sous la houlette de Leonardo Jardim, qui ne peut pas avoir perdu ses éminentes compétences en une poignée de semaines. Patience, donc. Attendons sans émotion le match de samedi contre Caen. Et plus que jamais :

Daghe Munegu.


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Monaco 1 - 2 Besiktas JK
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