Jovetic, à la recherche du temps perdu

Joueurs / 09/10/2017 - 08h58 / Par Thomas S.
  


Des noms ronflants, des attaquants de grand standing, le Rocher en a vu passer. Parfois le temps d'une saison, avec une certaine réussite (Morientes, Saviola...), parfois pour tenter de relancer une carrière dont les plus beaux moments étaient derrière eux (Bierhoff, Vieri...). Stevan Jovetic est un nom connu du football européen, mais n'appartient à aucune de ces deux catégories. D'une part car le solide attaquant (1m83, 79 kg) s'est engagé avec l'ASM pour un bail de quatre années, et d'autre part, car le néo-Monégasque, malgré son impressionnant CV, n'a que 27 ans. Assez âgé pour faire office de cadre au sein du juvénile effectif asémiste, mais assez jeune pour avoir encore quelques belles années devant lui. Un joueur offensif au profil intelligent et altruiste, « tellement mobile qu'un défenseur n'a presque pas de repères pour défendre sur lui » expliquait son ex-coéquipier Clément Lenglet à Séville. Présentation d'un joueur un peu à part.

Des débuts de rêve

Sa naissance, le 2 novembre 1989 à Titograd (rebaptisée en 1992 Podgorica) prédestinait Jovetic à au moins deux choses : le football et les changements. Le football, car la ville a vu naître des légendes comme Dejan Savicevic ou Predrag Mijatovic, entre autres, et le changement, car la patrie du nouveau-né s'apprête à vivre des années tumultueuses, à l'image de sa future carrière, lui qui a déjà connu 4 des 5 grands championnats européens depuis son arrivée à la Turbie. Tout commence d'abord plus près de chez lui, à Belgrade, où le staff du Partizan le repère dès ses 14 ans et l'intègre à ses équipes de jeunes. Devant l'évidence de son talent, il est rapidement promu dans l'effectif professionnel au début de l'année 2007, et brûle les étapes à vitesse grand V. Au cours de la saison 2007-2008, il devient très vite titulaire indiscutable dans l'équipe serbe, s'illustre d'un doublé en Coupe de l'UEFA (l'ancêtre de l'Europa League) à 17 ans, remporte le doublé coupe-championnat, et termine même la saison capitaine, le plus jeune de l'histoire du club, à seulement 18 ans !

Dans le même temps, le jeune Stevan a découvert la sélection de son tout récent pays (à 18 ans toujours, le 24 mars 2007) et, sa précocité n'ayant visiblement aucune limite, il s'offre son premier doublé sous les couleurs du Monténégro en août 2008, contre la Hongrie, quelques semaines après sa signature à la Fiorentina, pour 8 millions d'euros. Car le manager général du Partizan, Gordon Petric, ne se faisait guère d'illusions dès ses premiers pas au club : « Nous sommes conscients que nous ne pourrons pas le retenir très longtemps ». A l'instar de son idole Andriy Shevchenko, le prodige débarque donc dans la Botte en remplaçant de luxe du duo Mutu-Gilardino. La traditionnelle année d'adaptation du jeune expatrié se solde tout de même par 42 apparitions, 6 buts, et la découverte de la Ligue des Champions. Ces promesses sont matérialisées par le titre de meilleur footballeur monténégrin en 2009, mettant (temporairement) fin à l'hégémonie du Turinois Mirko Vucinic. Jovetic sera par ailleurs à nouveau lauréat de ce prix, dans une concurrence toute relative, en 2015.

L'air de la Toscane réussit plutôt bien à Jo-Jo, comme le surnomment les Italiens. Il y continue sa progression en affichant un bilan honorable de 41 rencontres, 13 buts et 9 passes décisives en 2009-2010, jusqu'à ce qu'une mauvaise blague du destin n’intervienne, sous la forme d'une rupture des ligaments croisés. 2010-2011 se résumera à une traversée du désert footballistique pour la nouvelle coqueluche florentine. L'attaquant revient l'été suivant le couteau entre les dents, mais si l'opus 2011-2012 est une réussite statistique pour lui (14 buts en 27 rencontres de Série A), les difficultés sportives du club n'aident pas Stevan à se mettre en avant. Malgré des approches de la Juventus et ... du PSG de l'ère Leonardo, il choisit de repartir pour un tour avec une équipe dont il finira capitaine au cours de la saison. C'est à l'été 2013, à 23 ans et après cinq années de bons et loyaux services dans la cité des Medicis que Jovetic fait le grand saut pour rejoindre les nouveaux fortunés de Manchester City, en échange de 26 millions d'euros.

Manchester City, un cran trop haut

Jo-Jo passe donc du nord de l'Italie au nord de l'Angleterre, changeant de climat et d'ambitions. Car si le coach Manuel Pellegrini, arrivé le même été, a validé sa venue, la concurrence dans l'effectif des Skyblues est toute autre que dans celui de la Viola. Barré par des Dzeko, Aguero ou même Negredo, victime aussi de quelques soucis musculaires à certains moments de la saison, le Monténégrin participera au doublé Premier League-League Cup essentiellement depuis le banc de l'Etihad Stadium (18 matches dont seulement 2 titularisations, 6 buts). Qu'à cela ne tienne, celui qui a découvert ses partenaires asémistes lors du magistral 6-1 infligé à l'Olympique de Marseille le 27 août dernier ne se résigne pas et choisit de passer une nouvelle saison à se battre pour sa place dans le très étoffé groupe Citizen.

Le départ de Negredo lui offre un temps de jeu un peu plus élevé que durant l'exercice précédent, mais il reste numéro 3 dans la hiérarchie derrière les indéboulonnables Aguero et Dzeko. A l'issue d'un exercice sans titre, Jovetic décide de quitter la Premier League, laissant un bilan statistique assez décevant derrière lui : deux saisons à 27 et 46 minutes par match en moyenne. « Les rumeurs qui disent que je suis un joueur cassé m'énervent profondément. Ce n'est pas beau d'entendre des jugements qui sont basés sur des mensonges. La vérité, c'est que je m'entraînais très bien à Manchester, mais que Pellegrini préférait tout simplement d'autres options. Je n'ai jamais eu de continuité, mais le problème n'était pas physique », confie-t-il quelques temps après.

Reculer pour mieux sauter

Retour chez les Transalpins en 2015 pour Jo-Jo, qui débarque dans un Inter Milan en pleine reconstruction, en même temps qu'un certain Geoffrey Kondogbia tout juste arrivé de Monaco. Au milieu des Palacio, Icardi et autres Perisic, il retrouve progressivement la confiance en même temps qu'un temps de jeu croissant. Si son nombre de rencontres avec les Nerazzuri (28) est proche de celui disputées avec City (26), il est davantage titulaire et comptabilise 600 minutes de plus sur le pré en fin de saison, dans une Série A qu'il connaît bien et qui correspond peut-être davantage à son profil que les rugueux duels de Premier League. Sans être resplendissant, le nouveau numéro 10 du Rocher se refait une santé, physique et mentale, et aborde l'exercice 2016-2017 avec espoir et volonté de s'imposer. Mais voilà, ces Intéristes post-Massimo Moratti ont bien du mal à trouver une stabilité sportive, et un Frank de Boer arrivé pendant l'été laisse, après un début de saison poussif, sa place à Stefano Pioli, qui ne compte pas vraiment sur Jovetic.

Nouvelle déception, mais nouveau départ, et pas des moindres : c'est Monchi en personne qui lui propose une pige de six mois au FC Séville, spécialiste des bons coups mercato ces dernières années. Le défi est à la mesure du joueur : « J'aime le football de Sampaoli, il est offensif et peu de coachs pensent comme ça aujourd'hui... Aujourd'hui, presque tout le monde ne pense qu'à défendre. » Banco pour Jo-Jo, qui démarre en fanfare, inscrivant coup sur coup deux buts en deux rencontres face au Real Madrid de Zidane (en Coupe du Roi d'abord, puis un superbe but en Liga ensuite, offrant la victoire à sa nouvelle écurie, et marquant la fin d'une série de 40 matches sans défaite pour les Merengue). 29 matches, 7 buts, et 5 passes décisives plus tard, les Andalous ont la volonté de conserver leur élément. Les négociations seront âpres, mais le départ de Monchi à la Roma, ainsi que le coût du meilleur buteur de l'histoire de son pays (24 buts en 49 sélections) empêcheront le deal de se réaliser, permettant à l'ASM de rafler la mise contre 11 millions d'euros.

Alors qu'on l'annonçait tout près de l'Olympique de Marseille durant le mois d'août, c'est donc finalement sur le Rocher que le Monténégrin s'engage, dans une fin de mercato irrespirable pour les supporters Rouge et Blanc. Son arrivée coïncide avec le départ de Kylian Mbappé au PSG, mais c'est davantage dans l'optique de remplacer Valère Germain que le coach Jardim a validé son arrivée. Après avoir disputé ses premiers matches sous le maillot à la Diagonale, et ouvert son compteur buts lors de la large victoire 0-4 à Lille, « Jove », comme l'ont baptisé ses nouveaux coéquipiers, a désormais à cœur de prendre ses marques dans l'effectif, de parfaire ses automatismes avec son capitaine et leader d'attaque Falcao, et de faire mentir sa réputation de joueur irrégulier. Un souhait que partagent tous les amoureux de l'ASM.


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