Keita Baldé sur le Rocher, pour s’apaiser et s’imposer ?

Joueurs / 18/09/2017 - 10h12 / Par Geoffroy B.
  


On aurait tendance à l’oublier mais Keita Baldé sort un peu de l’ordinaire par rapport aux nombreux transferts entrants de ces dernières saisons. Après Falcao et James, il est devenu le troisième plus gros transfert de l’histoire de l’AS Monaco (30 M€). Même s’il lui reste une grosse marge de progression, c’est un joueur d’expérience qui pose ses valises sur le Rocher. Après quatre saisons parmi l’élite transalpine, il découvre la Ligue 1 et n’aspire qu’à une seule chose : être l’un des éléments-clés du onze de départ de Leonardo Jardim.

Un tempérament volcanique

Oui, le néo-monégasque a de nombreuses anecdotes liées à son comportement. Né en Catalogne, il pousse naturellement les portes de la Masia en 2004. Au FC Barcelone, il entre déjà dans la légende du club avec plus de 300 buts inscrits dans les différentes catégories d’âge où il évolue. L’international sénégalais bat même quelques records dans ce prestigieux centre de formation.

Pourtant, tout va s’arrêter plutôt brutalement. A 15 ans, il commet l’irréparable aux yeux de ses formateurs : en stage, il met des … glaçons dans le lit de l’un de ses coéquipiers. Suite à cela, la direction décide de prêter le farceur à Cornellà, club satellite des Blaugrana. Auteur d’une saison stratosphérique dans son nouveau club, avec 47 buts au compteur, l’adolescent n’a pas oublié sa punition. A la surprise générale, le rancunier décide donc de quitter l’illustre academy pour s’installer en Italie, à la Lazio de Rome, pour la modique somme de 300.000 €.

Avant d’intégrer l’équipe professionnelle des Laziali, l’ancien barcelonais rentre presque dans le rang. Il y a bien ce problème de passeport qui l’empêche de jouer au début mais cet incident administratif n’est pas du fait de "Keitinha". Auréolé du titre de champion Primavera (moins de 19 ans), il frappe à la porte de l’équipe première. S’ensuit un florilège de problèmes conflictuels avec son employeur. Vivant avec son temps, il n’hésite pas à s’exprimer publiquement via les réseaux sociaux. Son agent et son président ayant une entente peu cordiale, cela envenime considérablement les choses notamment durant les périodes de transfert.

Heureusement, il n’y a pas que du tempérament, il y a aussi beaucoup de talent. Valentin Pauluzzi, spécialiste du foot italien pour Eurosport, le décrit ainsi : « Il est assez complet. A l'aise des deux pieds, il aime prendre les espaces et utiliser sa vitesse pour faire des différences. Mais s'il y a un aspect qu'il peut améliorer dans son jeu c'est sur son travail défensif. Il est assez limité là-dessus. » Loin de vivre des idylles avec ses différents entraîneurs, ceux-ci restent élogieux à son égard, Simone Inzaghi ose même : « C’est potentiellement l’un des cinq meilleurs joueurs au monde. »

Une ascension inéluctable chez les Biancocelesti

Férus de joueurs impétueux et fantasques, les tifosi de la Serie A vont être comblés. Les titres de Champion d’Italie et de Coupe d’Italie en poche, chez les jeunes, le joueur offensif arrive sereinement dans le monde professionnel où il signe son premier contrat en 2014. Dès la saison 2013-2014, Vladimir Petkovic le lance dans le grand bain : première apparition dans le championnat, premier but, premières minutes en Coupe d’Europe. Dans une équipe morose cette année-là, ses quelques éclairs détonnent. L’arrivée de Stefano Pioli ne change pas la donne, le natif d’Arbucies ne devient pas le titulaire indispensable qu’il souhaiterait être. Performant voire décisif à chacune de ses entrées sur le terrain, l’ailier perd patience, en 2015, il lance un pique à l’intention de son coach : « Si je m’entraîne aussi bien qu’il le dit, j’espère jouer plus dans l’avenir. »

Hier entraîneur des U19, aujourd’hui de l’équipe senior, Simone Inzaghi va tout naturellement donner leur chance aux jeunes qu’il a eu sous son aile par le passé. Pourtant devenu titulaire indiscutable sur l'aile gauche, les problèmes extra-sportifs perdurent (bagarre, accident de voiture, etc.). L’international sénégalais n’est pas à la reprise en janvier prétextant avoir raté son avion ; son coach décidera de ne pas le sanctionner sportivement. Sa fin de saison est un rêve éveillé en tant qu’avant-centre cette fois-ci : profitant de la blessure de l’attaquant vedette Ciro Immobile, il plante but sur but en inscrivant huit pions en cinq rencontres. Au final, cette dernière saison est la plus prolifique de sa carrière avec 16 réalisations en 31 rencontres.

Sa montée en puissance avec le club romain permet de lui ouvrir les portes de la sélection sénégalaise. Le staff des Lions de la Teranga est, encore une fois, sous le charme. Dans L'Équipe, Omar Daf évoque le côté showman de l’attaquant : « Keita est un joueur fantastique. […] Il est très, très fort dans les un contre un. Il a une capacité à dribbler, à percuter sur le côté ou à rentrer à l’intérieur, sans que l’on sache ce qu’il va choisir car il est imprévisible. Il peut amener un côté spectaculaire. »

Son histoire avec la Lazio de Rome se finit bien tristement. Expulsé injustement lors de l’avant-dernière journée de Championnat, en instance de départ durant le mercato, son club décide de ne plus le faire jouer pour éviter toute blessure. Écarté, la réaction du joueur ne se fait pas attendre : « La non-convocation pour la Supercoupe d’Italie m’a laissé un goût amer. La décision évidemment pour des critères non-sportifs, me procure un terrible sentiment de mal-être, dont il est encore difficile d’évaluer les conséquences. »

Même si de nombreux clubs transalpins étaient intéressés dont la Juventus de Turin, priorité du joueur, aucune écurie n’aurait formulé d’offre aussi intéressante que l’ASM à savoir un paiement cash – plutôt rare pour le marché actuel – au prix souhaité. Leonardo Jardim semble être la personne idoine pour permettre à Keita Baldé de franchir une nouvelle étape dans sa carrière prometteuse.


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