Adama Diakhaby, de l'ombre à la lumière

Joueurs / 05/09/2017 - 10h18 / Par Rémi V.
  


Arrivé du Stade Rennais pour 10 millions d’euros, Adama Diakhaby symbolise parfaitement la stratégie de recrutement asémiste orchestrée par les dirigeants depuis l’été 2014 et l’arrivée de Leonardo Jardim sur le Rocher. Le jeune attaquant représente avant tout un joueur brut, un potentiel à exploiter, un investissement sportif – mais également financier – pour le futur. Cependant, compte-tenu du tumultueux contexte de l’attaque monégasque en cette fin de mercato, l’ancien Rennais a été titulaire lors de ses trois premières rencontres sous le maillot Rouge & Blanc et a ouvert son compteur lors du feu d'artifice contre l'OM (6-1). Particulièrement désiré par Jardim, la place et le rôle de Diakhaby dans l’effectif du club de la Principauté restent toutefois incertains cette saison. Présentation du parcours atypique et du profil du nouvel attaquant de l’ASM.

Un parcours chaotique

« Tout va très vite dans le football ». Cet adage répété à l’envi par joueurs et consultants s’applique parfaitement à Adama Diakhaby.  Le 2 août 2017, le natif d’Ajaccio est transféré de Rennes à l’ASM pour un montant estimé à 10 M€ et appose sa signature au bas d’un contrat de 5 ans dans le club Champion de France, pépinière de jeunes talents reconnue à l’échelle européenne. Un an auparavant, au cœur de l’été 2016, il n’est qu’un jeune réserviste intégré sur la pointe des pieds à la préparation estivale du Stade Rennais, sans avoir jamais pris part à un match au niveau professionnel. Un an encore plus tôt, à l’été 2015, Adama Diakhaby est, à 19 ans, un joueur sans licence depuis de longs mois, à la formation inachevée et sur le point de sortir des radars du football de haut niveau à un âge auquel les apprentis footballeurs sont déjà, pour la plupart, des professionnels sous contrat, ayant plusieurs rencontres avec l’équipe première à leur actif.

Ce destin, Diakhaby se l’est forgé, à force de caractère. « Il a un mental énorme, il n’a jamais lâché » assène Philippe Tranchant, entraineur des jeunes à Caen, où il a évolué de 13 à 18 ans. Le formateur normand – qui a également eu sous ses ordres Thomas Lemar – se souvient d’un joueur « disposant de toutes les caractéristiques du haut-niveau. Adama avait des qualités de vitesse, de déplacements, dans le dribble, il avait surtout du travail dans la finition ». Toutefois, il n’est pas retenu à l’issue de sa formation dans le Calvados, comme l’explique Tranchant : « Je n’ai jamais eu de soucis avec lui mais ce n’était pas le cas avec tout le monde au club. Ce n’est pas un méchant garçon, mais tout le monde ne l’a pas compris. »

De Caen à Rennes, chronique d'une résurrection

Sans plan B à sa sortie du centre de formation caennais en juin 2014, Diakhaby emprunte le chemin de ces nombreux jeunes joueurs recalés des centres de formation qui voient s’envoler leurs rêves de haut niveau. Mais lui continue d’y croire, enchaine les essais en Angleterre, en Allemagne et en Suisse, où les clubs seront toujours réticents à payer l’indemnité de formation du Stade Malherbe. Pendant 18 mois, il cumule les déceptions mais continue de s’entretenir physiquement, fermement déterminé à retrouver les sphères du football professionnel. Puis, enfin, en octobre 2015, la main tendue. Elle vient du Stade Rennais, qui l’autorise à s’entrainer avec sa réserve alors en CFA2 et lui propose dans la foulée un contrat amateur. En total manque de rythme, Diakhaby est alors envoyé dans la troisième équipe du club breton, qui évolue au 7ème échelon national. Christophe Gadby, son entraineur, se souvient que l’attaquant « était bien au-dessus du niveau. J'ai en mémoire un garçon agréable, respectueux des gens et des consignes ».

Revenu de loin, Adama Diakhaby ne compte pas laisser passer sa chance. Après avoir démontré son niveau et retrouvé du rythme, il finit la saison 2015-2016 avec la réserve rennaise. Dans la foulée, sur les conseils du staff, les dirigeants bretons lui font parapher son premier contrat professionnel, d’une durée de trois ans. L’entraineur de la CFA2, Julien Stéphan, se rappelle : « On a récupéré un joueur qui manquait de rythme, mais on a tout de suite décelé un potentiel important dans le dribble et l'élimination. » Observateur attentif des jeunes pousses de son club, il n’est pas rare que Christian Gourcuff assiste aux entrainements et aux rencontres de l’équipe réserve. Impressionné par le potentiel du nouvel arrivant, il l’intègre à la préparation estivale de l’équipe première et le fera rentrer en jeu lors de deux matches amicaux. Profitant de plusieurs forfaits – notamment celui de Ntep – Diakhaby est même convoqué dans le groupe qui disputera la première journée de Ligue 1 à Nice. Appelé à remplacer Sio à 20 minutes de la fin alors que son équipe est menée, le jeune attaquant se montre très actif et trouve la transversale en toute fin de match. Adama Diakhaby a su saisir l’opportunité, il ne quittera plus le groupe de l’entraineur breton. Quinze jours plus tard, il entre de nouveau en jeu face à Montpellier et ouvre son compteur en L1 permettant à son équipe d’arracher le point du nul. Par la suite, il sera surtout utilisé comme joker – 25 apparitions pour seulement 3 titularisations en L1 –, entrant en cours de rencontre pour apporter de la vitesse et de la fraicheur au jeu rennais. Mais l’attaquant conclut tout de même sa saison en apothéose, avec un doublé contre Monaco lors de la dernière journée de Ligue 1 et par une première sélection en Équipe de France Espoirs dans la foulée.

« On va en faire un gros joueur »

L’utilisant ainsi avec parcimonie, Christian Gourcuff argumente : « C'est un joueur très brut, qui joue quand il a le ballon dans les pieds. Mais il y a tout le reste, l'anticipation, les déplacements. » Stephan, son entraineur en réserve surenchérit : « Il n'a pas eu l'habitude de jouer dans des équipes où le partage du ballon était une priorité. L'an dernier, on avait travaillé sur sa nécessité à être décisif : il arrivait à se procurer de nombreuses situations, mais pas à terminer les actions. Son but à Montpellier résume la donne : on voit ses qualités pour se projeter à la récupération du ballon, sa capacité à jouer dans le dos de l'adversaire. Mais sa finition n'est pas très propre, il doit avoir plus de lucidité pour mieux la placer. » Les deux techniciens du Stade Rennais résument ainsi la donne : Adama Diakhaby reste un diamant à polir. Il bénéficie de qualités techniques au-dessus de la moyenne, va très vite, mais doit continuer son apprentissage, lui qui n’a pas véritablement achevé sa formation. Jardim l’a bien compris et les exemples sont nombreux pour illustrer son rôle dans la progression des jeunes joueurs. Le Portugais, qui l’a réclamé à sa direction, a tout à fait conscience du potentiel de son espoir : « Il a beaucoup de qualités, il va vite. Bien sûr, il n'est pas prêt, il est arrivé il y a un mois mais on croit beaucoup en lui. On va faire de lui un gros joueur. » Pas de doute, Adama Diakhaby est entre de bonnes mains.

Alors qu'il peut évoluer sur l'aile, Jardim voit son nouveau joueur comme un attaquant permettant de donner de la profondeur et de la verticalité au jeu monégasque. Le technicien de Madère l'a ainsi positionné en soutien de Falcao pour les trois dernières rencontres (Dijon, Metz, Marseille) pour un bilan chiffré flatteur d'un but et deux passes décisives. Sur le terrain, la réalité est moins formelle, le joueur est encore très perfectible, dans ses prises de balles, dans les duels, dans la justesse de son jeu notamment. Mais le potentiel est là. Bien visible. Toutefois, pendant la trêve internationale – qui est venu interrompre une série de 4 victoires consécutives pendant lesquelles l'ASM a inscrit 14 buts – deux attaquants supplémentaires sont venus garnir les rangs offensifs monégasques. Les arrivées de Keita Baldé et de Stevan Jovetic menacent clairement le temps de jeu de Diakhaby à court terme. Cependant, compte-tenu de la multiplication des rencontres à venir avec l'entrée en lice en Ligue des Champions le 13 septembre, l'international espoir français devrait tout de même trouver sa place dans le turnover mis en place par Leonardo Jardim. A lui de mettre à profit les minutes glanées pour continuer de grandir. De l'ombre à la lumière, Adama Diakhaby l'a déjà montré, saisir les opportunités, il sait faire.


Commentaires
Adama Diakhaby, de l'ombre à l...
Recharger commentaires