De Sanctis : « Qui c’est celui-là ? Mbappé, OK. 17 ans ? OK »

Anciens / 16/08/2017 - 16h31 / Par Rémi V.
  


Second gardien de l'ASM l'année passée et membre important du vestiaire, Morgan De Sanctis a quitté la Principauté à l'issue de son contrat d'une année le 31 juillet dernier. Interrogé par Matthieu Martinelli dans le cadre de la rédaction de la biographie d'Edinson Cavani par le journaliste Romain Molina, l'expérimenté portier en a profité pour conter l'extraordinaire saison de l'AS Monaco vue de l'intérieur mais surtout pour livrer son sentiment sur le phénomène Mbappé. Extraits d'un entretien fleuve avec l'international italien, qui met fin à sa carrière après 23 ans passés au plus haut niveau. 

Concernant l'identité de jeu de l'équipe Championne de France et l'état d'esprit des joueurs en entrant sur le terrain, Morgan De Sanctis est dithyrambique : 
« Le plan de Monaco l’an dernier a été le même pour chacun des 60 matchs que l’on a disputés : rentrer sur le terrain et chercher à frapper plus fort que l’adversaire. Nous étions une équipe très forte, qui aurait pu battre n’importe quel adversaire de grande qualité, cherchant à ouvrir le jeu. Il n’y a qu’à se souvenir des matchs contre le PSG, contre City, contre Dortmund ou contre Tottenham pour s’en convaincre. Les difficultés que l’on a trouvées, c’était surtout contre des équipes qui cherchaient avant tout à se replier bas et à réduire les espaces devant leur surface. Nous étions une équipe conçue pour jouer les matchs à 100 à l’heure, sans calcul. Nous n’avons jamais abordé un match sur le plan tactique en fonction de l’adversaire. « On va défendre plus bas, avec un homme en plus ici… ». Non, on rentre sur le terrain, on se sent plus fort que l’adversaire et on va chercher à frapper plus fort que lui pour le battre. Pour prendre l’exemple des matchs face au Paris-Saint-Germain, nous avions gagné à l’aller 3-1, peut-être à un moment où ils n’étaient pas encore tout à fait prêts. Quant au retour, je me souviens d’un match tendu, haché, avec une égalisation méritée selon moi parce que le pénalty obtenu par le PSG était discutable. Une victoire du PSG aurait été une récompense trop généreuse pour eux.

C’est après ce match que vous vous êtes dit que vous pouviez aller au bout ?
Oui, si je me souviens bien on avait déjà battu l’OM peu avant, et on jouait juste après contre Nice. Si après cet enchaînement OM-PSG-Nice, tu es toujours devant, alors tu es obligé d’y croire. Parce que l’effectif de Monaco était peut-être le deuxième meilleur sur le papier en début de saison, mais après avoir joué 2 fois contre Paris, il ne te reste qu’à affronter des équipes inférieures. Et forcément, étant en tête à ce moment-là, tu y crois plus que jamais.

Mais il y avait aussi les coupes et la Ligue des Champions, et peut-être que l’effectif pouvait paraître un peu court pour tout jouer de front. Et Jardim faisait peu tourner, avec 13-14 joueurs à ce moment-là...
La rotation était plus large au début, avec 16-17 joueurs, mais elle est devenue plus compliquée avec les longues blessures de Boschilia et de Carrillo, celles aussi de Sidibé ou Mendy. On a aussi vendu Corentin Jean à Toulouse. Mais on a eu la chance que les joueurs les plus importants ne se soient pas blessés. Ce fut une saison extraordinaire, historique. On a joué 61 matchs (63 en fait, ndlr) si je me souviens bien... C’est incroyable ce que cette équipe a réalisé.

Une dernière question, rien à voir avec Cavani, mais en tant que Français, je suis obligé de vous la poser : ce Kylian Mbappé... Que pouvez-vous me dire à propos de ce joueur, de ce phénomène ?
Je dis que si rien d’extraordinaire n’arrive, alors Kylian Mbappé écrira l’histoire du football mondial avec les clubs pour lesquels il jouera, et probablement aussi pour l’Équipe de France. Ce sera un attaquant fantastique pour les 15 prochaines années, sinon plus. Je savais en arrivant que j’aurais affaire à ce jeune garçon parce qu’en réalité, on parle de lui depuis qu’il a 13-14 ans. Ce n’est pas une nouveauté, son arrivée à Monaco, ceux qui suivent le foot en avaient entendu parler. Monaco avait fait de gros efforts et de gros sacrifices pour le faire venir et le convaincre de choisir Monaco. Quand je suis arrivé, il n’était pas là (Euro U19, ndlr). Je me suis blessé pour mon premier match, puis il est revenu et a commencé à s’entraîner. Je suis revenu de blessure et j’ai repris l’entraînement avec l’équipe en septembre. Je me souviendrai toujours, pour toute ma vie, de mon tout premier jour d’entraînement avec lui. Je voyais ce garçon qui, en septembre, n’avait même pas encore fêté ses 18 ans, et qui allait deux fois plus vite que les autres dans tout ce qu’il faisait. Que ce soit pour courir avec ou sans ballon, pour dribbler, pour frapper au but. C’est facile, quand tu vois un extraterrestre, tu le reconnais immédiatement par rapport aux autres qui sont normaux. Tu te dis, qui c’est celui-là ? Mbappé, OK. Quel âge ? 17 ans. OK. Alors là tu comprends que tu as en face de toi quelque chose de magique.

Mais je dois aussi te dire que comme personne... Vraiment, son père et sa mère, qui sont très proches de lui et veillent à ce qu’il grandisse de la meilleure des façons, font un excellent travail. C’est un garçon équilibré, sérieux, serein. Je te le répète, si rien d’extraordinaire ne survient, quelque chose qui serait en dehors de ce que l’on peut imaginer, je ne veux pas parler de choses qui ne sont pas à lui souhaiter, mais s’il garde la santé pour toute sa carrière, alors je vois un garçon qui va faire l’histoire du football mondial.

Mais on pouvait vraiment imaginer qu’il arrive aussi vite à ce niveau, jusqu’à faire basculer des matchs à élimination directe de Ligue des Champions ?
C’est forcément difficile d’imaginer cela d’un garçon de 17-18 ans. Mais je le voyais s’entraîner, c’est un talent nettement supérieur à tous les autres. La seule chose qui reste à savoir, c’est combien de temps il parviendra à maintenir ce niveau et dans quelle mesure il pourra encore s’améliorer. Peut-être qu’en lisant ta biographie de Cavani (l'interview a été réalisé dans le cadre de l'écriture de la biographie d'Edinson Cavani par Romain Molina, ndlr), il y trouvera de bons conseils, quant à l’exigence envers soi-même au quotidien, la volonté de s’améliorer jour après jour, quels que soient les sacrifices. Mais en réalité, il l’a déjà compris. Il suffit de voir sa détermination et les joueurs qu’il prend en exemple et dont il nous parlait, Cristiano Ronaldo ou Thierry Henry. A ce propos, je suis sans doute l’unique joueur qui ait eu la chance de connaître Thierry Henry (à la Juventus) et Kylian au même âge.

On peut comparer les deux joueurs ?
Oui, oui, selon moi, oui. Ils se ressemblent énormément. Après, bien sûr, il est toujours dangereux de faire des comparaisons, et il faut souhaiter à Kylian qu’il devienne Mbappé. Mais ils se ressemblent beaucoup. Regarde, c’est quelque chose que j’ai raconté aussi bien à Thierry quand il est venu saluer l’équipe en octobre qu’à Kylian : c’est incroyable de voir à quel point ils se ressemblent, jusqu’à leur façon de rire, de se comporter à l’intérieur du vestiaire. J’ai eu ce privilège de les connaître au même âge, et je peux t’assurer qu’ils sont vraiment similaires. C’est quelque chose de vraiment beau. Après, peut-être que ce n’est pas complètement naturel, dans la mesure où Kylian a vu tellement de vidéos d’Henry, qui est l’une de ses idoles, qu’il a fini par adopter ses postures et sa façon d’être. Mais c’est quelque chose de normal quand tu es gamin et que tu as une idole. Moi, enfant, mon idole était Walter Zenga. Eh bien, je voulais avoir la même coupe de cheveux que Zenga, les mêmes gants que Zenga, ce genre de choses. Mais je suis sûr qu’il y a une part vraiment naturelle, la façon de rire notamment, et je trouve cette filiation vraiment magnifique.

Vous pensez qu’il est déjà prêt à faire le grand saut et rejoindre un très grand club européen, en l’occurrence le plus grand club européen, ou bien il doit encore progresser, grandir dans un environnement plus tranquille comme Monaco ?
Il peut aussi progresser dans un grand club, hein. Mais il doit encore grandir, gagner en maturité, bien sûr. Tu dois grandir jusqu’à tes 35 ans et la fin de ta carrière de toute manière. Où est-ce qu’il le fera ? Ce sera à lui et à l’ASM de le décider. Sa progression ne s’arrêtera jamais, c’est la même chose que Cavani. Tu apprends toujours, et je suis convaincu qu’il ne perdra jamais sa volonté de s’améliorer. Il trouvera toujours des coéquipiers et des entraîneurs pour le pousser le cas échéant, mais je crois qu’il n’en aura pas besoin, il trouvera toujours en lui les motivations pour s’améliorer. On a passé une heure à parler de Cavani, qui pourrait être un très bon exemple pour lui, mais comme je te dis, il nous parlait tout le temps de Cristiano Ronaldo et de Thierry Henry. Et si tu prends en exemple de tels professionnels, alors tu as forcément conscience de la nécessité de chaque jour chercher à devenir plus fort. S’amuser, bien sûr, mais chercher à s’améliorer, toujours. Et je n’ai pas de doutes qu’il le fera. C’est un garçon intelligent, ses parents l’ont très bien élevé. Tout est en place pour qu’il fasse une très grande carrière, il n’y a aucun indice qui te laisse un quelconque doute. Il faudrait seulement que quelque chose d’extraordinaire et qu’on ne peut lui souhaiter se produise pour que cela ne soit pas le cas. »

L'ensemble de la rédaction de Planete-ASM remercie chaleureusement Matthieu Martinelli pour la mise à disposition des déclarations de Morgan De Sanctis, ainsi que pour la qualité de l'interview réalisée. 


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