Bakayoko : « Forcément difficile de quitter ce groupe »

Anciens - Interview / 09/08/2017 - 09h10 / Par Rémi V.
  


Quelques semaines après son départ de la Principauté pour Chelsea, Tiémoué Bakayoko a accepté de se confier en exclusivité à Planete-ASM pour faire le bilan de ces trois années passées sous le maillot princier. De son arrivée sur le Rocher en provenance du Stade Rennais à l'été 2015 à son transfert en Premier League auréolé du titre de Champion de France, l'aventure du milieu international français à Monaco n'aura pas été un long fleuve tranquille, après deux premières saisons en demi-teinte émaillées par les blessures, elle s'est conclue de la plus belle des manières. Lors de sa dernière saison asémiste, Bakayoko a composé avec Fabinho un entrejeu redoutable et craint à l'échelle européenne, qui a été à la base d'un exercice record pour le club à la Diagonale. Le nouveau Blue a également offert aux supporters monégasques une émotion intense dont ils se souviendront sans doute pour longtemps en inscrivant de la tête le but de la qualification pour les quarts de finale de la Ligue des Champions contre le Manchester City de Pep Guardiola dans un Stade Louis-II en fusion. Entretien, entre bilan et souvenirs, avec l'un des piliers du huitième titre de l'AS Monaco.

Bonjour Tiémoué. Comment vas-tu ? Bien installé à Londres ?
Ça va très bien. Je n’ai pas encore pris de maison mais c’est pour très bientôt. C'est donc une question de jours pour me sentir complètement installé ici. Après, le temps est différent, c’est sûr que ça change par rapport à Monaco, mais je suis tout de même très heureux d’être ici et impatient d'attaquer la saison.

Revenons au début de ton aventure avec l'ASM. Qu’est-ce que tu ressens quand tu apprends que Monaco s’intéresse à toi après ta première saison en L1 du côté du Stade Rennais ?
C’est forcément très flatteur qu’un club comme Monaco s’intéresse à moi. Ils étaient remontés en Ligue 1 une année avant, en achetant de grands joueurs tels que James, Falcao, Kondogbia, Toulalan ou Abidal. Forcément, être sollicité par une telle équipe, ça m’a fait énormément plaisir et je n’ai pas trop hésité avant de signer.

Qu’est-ce que représente l’AS Monaco pour toi quand tu arrives ?
Un grand club français. J’avais vraiment en mémoire cette finale de Ligue des Champions perdue contre le FC Porto en 2004. J’ai toujours beaucoup suivi le football, j’avais forcément quelques souvenirs de cette épopée européenne et je connaissais un peu l’histoire du club.

Comment as-tu réagi face au départ des joueurs - James et Falcao notamment - lorsque tu as signé ?
Ça ne m’a pas inquiété. Je me suis simplement concentré sur moi-même, mon jeu et sur l’équipe. Dans un club, il y a toujours des joueurs qui partent, et d’autres qui arrivent. C’est le quotidien d’un club et ça fait partie de la vie d’un footballeur. Donc ce n’était rien d’anormal pour moi.

Comment le vestiaire gère-t-il ces nombreux départs et l’incertitude jusqu’à la fin du mois d’août ?
Le football est un sport magnifique, mais au-delà de ça, tu te fais des amis avant tout, dans les équipes dans lesquelles tu évolues. J’ai créé beaucoup de relations avec quasiment tous mes coéquipiers, je me suis toujours très bien entendu avec tout le monde. Et finalement, c’est surtout là que se situe le manque. Quand les joueurs avec qui tu as tissé des liens s’en vont, ça fait forcément un vide au début. Pour ma part, quitter ce groupe, c’est forcément un peu difficile. Au-delà de l’aspect sportif, c’est surtout les relations humaines qu’on avait nouées qui vous manquer à un peu tout le monde.

Après deux saisons en demi-teinte, tu as pensé à partir à la dernière intersaison. Malgré tout, tu es resté, et aujourd’hui tu es international et tu joues à Chelsea. C’est la meilleure décision de ta carrière ?
Je retiens surtout que rien n’est jamais facile dans la vie. J’ai toujours travaillé, redoublé d’efforts pour m’imposer dans cette équipe. En plus, j’ai eu beaucoup de blessures ici, ce qui n'a pas facilité les choses. Pendant ma première saison, il y a eu une période où je commençais à m’imposer dans l’équipe et une blessure est venue casser ma dynamique. Ensuite, quand je suis revenu, l’équipe tournait bien, et le coach a dû faire des choix. Il y a plusieurs paramètres qui rentrent en compte, et les personnes extérieures au club ne peuvent pas tout savoir. Il faut vraiment être à l’intérieur d’un vestiaire pour comprendre les raisons qui poussent le coach à te faire jouer ou non. Et sur ces deux premières années, même si j’ai moins joué, j’estime que j’ai beaucoup progressé et ces deux saisons sont aussi à la base de ma troisième année beaucoup plus aboutie. Il faut savoir apprendre de ces périodes un peu plus compliquées pour grandir en tant que joueur et en tant qu’homme.

Justement, vu de l’extérieur l’année dernière, il semblait régner une superbe ambiance dans le vestiaire. Tu garderas contact avec tes coéquipiers champions ?
Ah oui, bien sûr ! On a créé un groupe Whats’app avec toute l’équipe, et on communique ensemble très régulièrement. On garde contact, on se souviendra toujours de cette saison et surtout, Monaco est un club que je n’oublierai jamais. Tout ne s’est pas toujours forcément bien passé, mais le titre de la saison passée est l’aboutissement de beaucoup d’efforts à tous les niveaux du club. Cette aventure s’est finie de la meilleure des manières avec ce titre de Champion.

En trois saisons à Monaco, as-tu apprécié la vie en Principauté ?
J’habitais à côté de Monaco. En fait, j’ai déménagé trois fois durant mes trois ans à l’ASM. J’ai commencé à Eze, ensuite à Beausoleil et je suis revenu sur Eze pour la dernière saison. Et après trois ans dans la région, je suis convaincu qu’il n’y a pas de meilleure qualité de vie que là-bas. En plus, le club a beaucoup d’ambition. C’est vraiment le cadre idéal pour un footballeur, et je suis sûr que beaucoup de joueurs voudraient jouer à Monaco.

Tu avais 20 ans quand tu as signé à l’AS Monaco. Aujourd’hui, quels conseils donnerais-tu à un joueur de 20 ans qui arrive à Monaco ?
En premier lieu, d’être patient et d’avoir conscience qu’il joue dans un très grand club français, et même maintenant un club de dimension européenne. Je lui dirais de faire confiance aux dirigeants, qui savent ce qu’ils font. Il faut accepter de passer par des périodes un peu plus difficiles, c’est important de rester concentré, de garder confiance en soi et surtout de toujours continuer à travailler. Et tôt ou tard, ils te donnent ta chance, si tu la mérites bien-sûr.

N’était-ce pas difficile d’enchainer les rencontres de C1 dans des stades pleins, chauffés à bloc, avec la pression d’un match à élimination directe et trois jours après des rencontres de championnat, dans un stade plus vide, face à des adversaires moins prestigieux ?
Non, ce n’est pas difficile. Il ne faut pas oublier qu’il y a de grandes équipes en France. Ce n’est peut-être pas le meilleur des championnats mais le niveau est tout de même très relevé en Ligue 1. En ce qui me concerne, j’ai toujours essayé de donner le maximum, peu importe l’adversaire qui se trouvait en face. Il ne faut pas se prendre pour un autre, si ton adversaire joue dans ce championnat, c'est qu'il y a gagné sa place. Aucun match n’est facile et il faut respecter n’importe quel adversaire. Après, c’est sûr qu’en Ligue des Champions, tu es encore plus vigilant, encore plus à fond, c’est automatique. C’est du très très haut niveau, donc tu essayes forcément de t’y adapter.

Est-ce que tu penses que tu continueras à suivre l’ASM, à regarder les matches ?
Bien sûr, j’ai regardé la rencontre contre Toulouse déjà. Je continuerai à les suivre, j’ai beaucoup d’amis dans cette équipe. Ce club restera toujours particulier pour moi, j’y ai passé trois belles années. J’ai évolué sportivement et surtout humainement au sein de ce club. J’ai appris beaucoup de choses de la vie ici. J’ai décidé de quitter l’AS Monaco, mais il faut savoir que ce n’est pas uniquement un choix qui me revient, le club aussi avait besoin de vendre. Et un club comme Chelsea, c’est difficile à refuser.

Après avoir gagné le championnat, c’est sûr que les supporters peuvent être déçus que certains joueurs partent après une telle saison. C’est quelque chose qui est légitime. Mais pour tout comprendre, encore une fois, il faut être à l’intérieur, vraiment savoir les choses. Un transfert c’est quelque chose qui est compliqué, avec beaucoup de paramètres à prendre en compte.

Après trois saisons sur le Rocher, tu aurais un petit mot pour les supporters ?
Nos chemins se sont séparés mais je ne les oublie pas, je continue de suivre le club. Il faut qu’ils continuent à donner leur maximum. On a beaucoup été critiqué par rapport à ce stade qui n’est pas toujours plein mais au final on a réussi à gagner tous ensemble ce championnat, à aller loin en Coupe d’Europe, et ça on ne nous l’enlèvera pas, ni aux supporters, ni à l’équipe. Sans eux, on ne serait sans doute pas arrivés jusque-là. Qu’ils continuent à pousser leur équipe pour gagner des trophées. Quand on se déplaçait loin, il y avait toujours des supporters monégasques au stade et ça fait chaud au cœur de voir que le club est soutenu dans toute la France. Je ne les oublierai pas, que ce soit ceux qui m’ont applaudi ou même ceux qui m'ont sifflé, parce que ça fait aussi partie de la vie d'un footballeur. Pendant ces trois ans, j’ai essayé de donner le maximum pour le club et ses supporters, et je pense avoir accompli ma mission. Je pense avoir laissé une bonne image à Monaco, en continuant à travailler sans faire de vagues, et avec le titre de champion à la fin. C’est un club que je porte vraiment dans mon cœur, et que je continuerai de suivre, c’est sûr.

Ton meilleur souvenir à Monaco, c’est forcément le but contre Manchester City ?
Non pas forcément…J’ai tellement de souvenirs…J’ai aussi envie de parler de mon but contre Nice, à la fin du match, lors de ma deuxième saison (avant cette rencontre, l'ASM est deuxième et l'OGC Nice troisième. Réduite à 10 pendant toute la seconde mi-temps suite à l'expulsion de Dirar, c'est Monaco qui arrache la victoire à la 81ème minute sur une tête rageuse de Tiémoué Bakayoko, ndlr). C’est aussi un souvenir important de mon passage à Monaco. Mais le plus fort reste d’être sacré Champion de France, c’est un sentiment très fort.

Quel capitaine est Falcao ?
C’est quelqu’un de spécial. Il a une aura qui tire le groupe vers le haut. Il a une valeur d’exemple, il donne son maximum pour l’équipe et on a tous envie de le suivre. Sans forcément s’en apercevoir, il nous a tous fait évoluer, progresser à beaucoup de niveaux, que ce soit sportivement, humainement et surtout mentalement, dans l’approche des matches, dans l’état d’esprit à avoir pendant les matches. J’ai énormément appris de lui. Quand j’ai signé à Chelsea, il m’a envoyé un message, il était très heureux pour moi et je l’ai remercié pour tout ce qu’il m’a apporté durant cette année. C’est ça les grands, c’est une carrure spéciale. Il arrive à te galvaniser et à te transcender. Son rôle l’année dernière a été très important pour le titre, même si c’est avant tout un travail d’équipe.

Est-ce que tu connais Planete-ASM ?
Oui bien sûr. Je vous suis surtout sur Twitter et je lis de temps en temps quelques articles, c’est intéressant. J’aime bien ce site.

Pour finir, on te souhaite le meilleur pour cette nouvelle page de ta carrière et on te souhaite d’avoir rapidement l’occasion de retrouver tes anciens coéquipiers de l’ASM en Équipe de France.
Merci beaucoup, c’est un objectif. J’espère vraiment aller à cette Coupe du Monde en Russie et ça passe par de grandes performances avec mon club, avec un coach qui me voulait vraiment et à qui je fais confiance pour continuer à me faire évoluer et progresser.

Toute l'équipe de Planete-ASM remercie chaleureusement Tiémoué Bakayoko pour sa disponibilité et le temps qu'il nous a consacré pour cette interview. Nous lui souhaitons tout le meilleur pour sa saison sous les couleurs de Chelsea, en espérant vite le revoir sous le maillot bleu. Merci pour tout. Daghe Tiémoué !


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