Les morsures du serpent

Temps additionnel / 04/05/2017 - 23h32 / Par Norbert Siri
  


Comme on se retrouve ! On n’évoquera pas la lointaine demi-finale d’avril 1998, au cours de laquelle notre club avait découvert à ses dépens les vertus si particulières du football turinois. On se rappellera seulement que, il y a deux ans, l’AS Monaco et la Juventus de Turin se sont rencontrées en Ligue des champions au stade des quarts de finale. Et, comme toujours après une confrontation avec des Italiens, nous en étions sortis avec un profond sentiment de frustration, voire d’amertume. Et d’injustice. A l’aller, les Turinois l’avaient emporté grâce à un penalty de complaisance et, au retour, ils avaient conservé leur cage inviolée, alors qu’une sanction identique, parfaitement justifiée celle-là, n’avait pas été sifflée en faveur des Rouge et Blanc, et que le célèbre poète piémontais, Giorgio Chiellini, aurait dû être invité à rimailler dans les vestiaires bien avant ses petits camarades. Comme d’habitude, nos voisins transalpins étaient passés entre les gouttes et ce sont eux qu’on a bien évidemment retrouvés en finale de l’épreuve quelques semaines plus tard. Mercredi soir, entre chien et loup, il flottait donc comme un air de revanche sur la pelouse du stade Louis-II.

Sans surprise, le revanche n’a pas eu lieu. Tous les Monégasques sans exception, sauf peut-être Nabil Dirar (Photo : J-P Kieffer) et Danijel Subasic, ont été méconnaissables. Eux, si fringants et pimpants d’ordinaire, ne sont jamais parvenus à contourner le rempart de la Juve derrière lequel trône le meilleur gardien du monde.  Ont-ils été inhibés par la notoriété de l’adversaire ? Ont-ils été contraints de déjouer à cause de sa formidable organisation défensive, rigoureuse et agressive ? Ont-ils payé les efforts d’une interminable saison européenne, commencée en juillet sur les rives du Bosphore ? Il y a un peu de tout cela, mais aussi l’évidente supériorité des Italiens dans presque tous les domaines, ainsi que leur redoutable réalisme. Ils ont inscrit deux buts - dont le premier de grande classe - à la demi-heure puis à l’heure de jeu, pratiquement sur leurs deux seules occasions, tandis que notre attaque s’est procuré quelques situations intéressantes en première période, notamment par Kylian Mbappé, puis, au début de la seconde, par Radamel Falcao, par Valère Germain, enfin, à l’issue du temps réglementaire. Mais c’est à peu près tout. Il était difficile de se découvrir et de faire mieux face à ce serpent venimeux qui hypnotise sa proie avant de la mordre froidement. A cette attitude inexorable s’ajoute ce qu’on appelle avec bienveillance l’expérience, un terme générique qui recouvre en vérité ceux de ruse, de vice, de roublardise, qui semblent inhérents au football italien, en général, et à celui de la Juventus, en particulier, et qui les rendent foncièrement antipathiques.

Quitte à passer pour un mauvais perdant, j’avoue qu’il est insupportable de s’incliner devant une équipe qui ne joue pas le jeu sportivement, qui préfère casser celui de l’adversaire plutôt que de s’y confronter à la régulière et qui bénéficie systématiquement des largesses de l’arbitrage, sans doute hypnotisé lui aussi. Chiellini, qui est sûrement le plus détestable de tous les défenseurs transalpins, continue à sévir impunément alors qu’il use de tous les moyens, surtout des plus illicites, pour se débarrasser des importuns, comme Radamel Falcao, victime d’un coup de coude qui aurait dû valoir l’expulsion pure et simple à son auteur. Mais, comme en 2015, son auteur a terminé le match comme si de rien n’était, à se demander ce qui peut disposer aussi bien les arbitres à l’égard d’un tel barbare. C’est pourquoi, malgré l’excellence de certains de ses footballeurs, malgré le prestige de son palmarès, la Juventus ne mérite pas que nous lui témoignions le respect que lui accorde aveuglément sa multitude de supporters. Sa philosophie de jeu négative ne fait pas honneur au football, à la gloire duquel nos joueurs ont consacré leur saison… avant de tomber sur un os. Comme il serait doux qu’ils réussissent à inverser la tendance à Turin, mais, l’époque n’étant pas aux miracles, mieux vaut désormais s’employer à battre Nancy pour sauvegarder l’essentiel.

Daghe Munegu.


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Monaco 0 - 2 Juventus
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