Enfin, le Tigre vint

Temps additionnel / 16/04/2017 - 21h49 / Par Norbert Siri
  


En étalant une journée de championnat sur quarante-huit heures, la Ligue varie non seulement les plaisirs mais aussi les situations. La semaine dernière, l’AS Monaco jouait après Nice, mais avant Paris. Cette fois-ci, suite à la modification de la programmation initiale intervenue lors du report de Borussia-ASM, elle recevait le promu dijonnais après le match de Nice, qui avait joué quelques heures plus tôt, et celui de Paris qui avait souffert à Angers la veille et bénéficié d’une décision arbitrale plus que contestable avant de s’imposer. Passons. Les Monégasques savent qu’il leur faut être sacrément costauds et beaucoup plus forts que les autres pour parvenir à leurs fins et, en cette veille de Pâques, leurs fins se résumaient à une victoire sur les Bourguignons, vu que leurs deux principaux rivaux avaient gagné. Est-ce un avantage ou un inconvénient de connaître le résultat de ses concurrents ? On peut tout aussi bien être stimulé par l’interdiction de perdre qu’inhibé par l’obligation de vaincre. Au souvenir du match nul concédé à l’aller, les Rouge et Blanc se méfiaient de leurs adversaires qui jouent le maintien et restaient sur une défaite disgracieuse à domicile face à la lanterne rouge bastiaise.

Monaco-Dijon peut se décomposer en deux périodes : avant et après l’entrée de Radamel Falcao. Pendant l’heure de jeu où le Colombien était assis sur le banc, ménagé par Leonardo Jardim dans la perspective du retour européen contre Dortmund, les Rouge et Blanc ont bafouillé leur football. Emoussés, brouillons, ils avaient beau se procurer des situations intéressantes, pénétrer dans la surface adverse,  accumuler les corners, ils gâchaient des balles qu’ils auraient exploitées aisément avec un soupçon de fraîcheur supplémentaire. Ils manquaient des gestes élémentaires, des dribbles faciles, des passes ordinairement assurées les yeux fermés et qui échouaient dans les pieds adverses. Bref, Monaco n’était pas dans son assiette. En face, en revanche, les Dijonnais rayonnaient d’aise et profitaient de la moindre brèche pour s’y engouffrer sans scrupule. Après un tir sur la transversale de Danijel Subasic, qui constituait un avertissement sans frais, ils ouvraient le score juste avant la mi-temps et plongeaient le stade dans la stupeur. Entre deux manches de Coupe d’Europe, à la pause d’un match de championnat face à l’avant-dernier, le pire scénario imaginable s’imposait à Monaco. 

Conscient des difficultés de son équipe, Leonardo Jardim la réorganisait pour la seconde période, en remplaçant Almamy Touré par Thomas Lemar et en faisant glisser Nabil Dirar à l’arrière droit. Judicieuse initiative. Le football de l’AS Monaco devenait plus fluide, son milieu plus conquérant, ses attaques plus percutantes. Mais c’est à l’heure de jeu, lorsque Radamel Falcao est enfin entré sur la pelouse à la place de Tiémoué Bakayoko que notre formation s’est totalement métamorphosée. Le Colombien apportait sa classe, son expérience, sa détermination et, surtout, son extraordinaire technique lors de l’exécution de deux coups francs décisifs. Sur le premier, à vingt minutes de la fin, el Tigre (Photo : J-P Kieffer) visait la lucarne droite. La balle ricochait sur la barre puis le dos du gardien et Nabil Dirar égalisait en la reprenant sur la ligne de but. Sur le second, dix minutes plus tard, il visait l’autre lunette où le ballon pénétrait directement pour offrir l’avantage aux Monégasques. Les ultimes minutes ont été particulièrement éprouvantes, le public retenait son souffle chaque fois que ses favoris perdaient la balle, mais plus rien ne serait marqué et le match s’achevait par une explosion de joie dans le camp asémiste et de soulagement dans les tribunes.

Monaco a souffert, beaucoup souffert, Monaco en a bavé, Monaco était proche de la sortie de route, mais Monaco a tout de même gagné grâce à deux coups de patte de son Tigre et conserve ainsi ses trois points d’avance sur le PSG. Ce succès vaut cher parce qu’il a été obtenu avec d’autres qualités que celles habituellement affichées par nos joueurs. Ils l’ont arraché avec leurs tripes, en puisant au fond d’eux-mêmes, avec ce qui leur reste de ressources physiques, largement entamées par une saison épuisante et une campagne européenne interminable, commencée fin juillet. En Ligue 1, il leur reste six matchs à disputer, mais cinq à remporter, étant donné qu’ils bénéficient d’une différence de buts irrattrapable. Autrement dit, ils possèdent un joker à griller. Mais ce n’est pas une raison pour le sacrifier à Lyon, lors de la prochaine journée, d’autant que les Rhodaniens auront disputé une rencontre irrespirable trois jours plus tôt en Turquie. En Ligue des champions, les Monégasques sont à deux doigts de rejoindre le dernier carré. Autrement dit, ils réalisent un parcours historique, avec ou sans coupe de France. Alors, les gars, ne lâchez rien : il ne vous reste plus que quelques semaines avant de devenir des héros.

Daghe Munegu.


 
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