Joli môme

Temps additionnel / 20/03/2017 - 11h00 / Par Norbert Siri
  


C’est donc le Borussia Dortmund que le sort a désigné comme adversaire à l’AS Monaco lors du prochain tour de la Ligue des Champions. Si elle veut rejoindre le dernier carré de la prestigieuse compétition européenne, elle devra éliminer l’autre grand club de la Bundesliga, qui tente désespérément de faire la pige au Bayern, son encombrant rival, et y parvient de temps en temps. Le club de la Ruhr, le célèbre bassin industriel et industrieux de l’Allemagne, se distingue par un football flamboyant et généreux, jumeau de celui de l’AS Monaco, ce qui enchante son très nombreux public, notamment celui de l’immense tribune surnommée « le mur jaune ». Cette ruche rugissante fera tout drôle aux supporters monégasques qui se déplaceront à l’ex-Westfalenstadion, comparée au funèbre alignement des sièges vides du stade Louis-II, cet autre mur jaune que seule la Ligue des champions est capable de renverser.

Entre deux transes européennes, place à la trop sage Ligue 1. Dimanche, l’AS Monaco rendait visite au Stade Malherbe de Caen, quatre jours à peine après son retentissant succès sur Manchester City. Jusqu’à présent, elle avait toujours parfaitement négocié les lendemains de Coupe d’Europe, et ne dit-on pas que la victoire est le meilleur antidote à la lassitude ? Mais, au souvenir de la débauche d’énergie consentie face aux Anglais, nous étions quelque peu circonspects avant cette rencontre qui opposait nos favoris aux premiers tombeurs des farouches Niçois. Les Asémistes étaient encore privés des services de Radamel Falcao, blessé contre Bordeaux, où son agresseur, bien entendu, court toujours. Et, comme Leonardo Jardim avait décidé de laisser sur le banc Bernardo Silva et Tiémoué Bakayoko, deux éléments majeurs du milieu, et que Djibril Sidibé était suspendu, on se disait que ce ne serait pas simple et, peut-être même, plutôt compliqué.

Eh bien ! pas du tout. Les Monégasques ont pris les Caennais à la gorge dès la première seconde et ils ne les ont plus lâchés. Ils ont assuré un contrôle total de la partie, n’autorisant que de bien timides sorties à leurs adversaires. Au-delà de l’équipe entière, qui a accompli une énième performance de grande qualité, le héros du match a été l’excellent, l’exceptionnel, l’extraordinaire Kylian Mbappé (Photo : J-P Kieffer) - à son sujet, on est vite à court d’épithètes - qui a inscrit deux buts et provoqué le penalty synonyme de but supplémentaire. Primo : sur un long dégagement de Jemerson, ample une-deux avec Valère Germain, dont l’altruisme mérite la citation, contrôle, crochet, tir, but. Deusio : cavalcade échevelée dans le couloir gauche, faute inévitable de son garde du corps dans la surface, péno, que Monsieur 100 %, l’imperturbable Fabinho, s’est fait un plaisir et un devoir de transformer. Tertio : centre ajusté du gauche mais de la droite par Joao Moutinho, tête placée au second poteau, but. Le terrible réalisme monégasque avait encore frappé, à travers l’insolente facilité de ce gosse, de ce poulbot, de ce gavroche, qui paraît béni des dieux et touché par la grâce, et qui a été, à juste titre, ovationné par le public local à sa sortie du terrain. On passera sous silence l’orgie d’occasions que se sont procurées les Asémistes dans l’ultime quart d’heure, de même que la cécité sélective de l’arbitre qui a omis de siffler deux penaltys flagrants en faveur de l’AS Monaco au cours de la première mi-temps.

Jamais, les 350 supporters rouge et blanc présents au stade Michel-D’Ornano n’ont tremblé au cours de cette rencontre. Jamais, nos joueurs n’ont paru gagnés par la fatigue du match contre City, encore moins par celle qui s’accumule depuis fin juillet et leurs grands débuts européens à Fenerbahçe. Jamais, ils n’ont donné l’impression de douter de leur supériorité. Ce sont de formidables compétiteurs, de formidables athlètes et, pour la plupart, de formidables techniciens. Inutile d’être grand clerc en football pour constater la différence de niveau entre eux et la majorité de leurs adversaires nationaux, en particulier les Normands du Stade Malherbe, qui n’ont pas vu le jour de tout l’après-midi. Sincèrement, l’ancien que je suis n’a pas le souvenir d’une équipe asémiste aussi souveraine, aussi brillante, aussi joyeuse, ni d’un môme aussi joliment doué que notre prodige. D’ailleurs, Didier Deschamps ne s’est pas fait prier pour le convoquer chez les Bleus, malgré sa jeunesse, en compagnie de quatre autres coéquipiers, tout aussi méritants que lui. Peut-être auraient-ils préféré profiter de la trêve internationale pour lever le pied ! Ils sauront que, lorsqu'il est illimité, le talent n’a pas de répit. Avec cinq victoires, mars a été radieux. Avril sera chargé. Que nous réserveront les soirs du mois de mai ?

Daghe Munegu.


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Caen 0 - 3 Monaco
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