Une défaite de luxe

Temps additionnel / 23/02/2017 - 15h15 / Par Norbert Siri
  


Peut-être parce qu’il avait refusé de sanctionner un Monégasque dans une situation similaire en première période, l’arbitre espagnol avait d’abord hésité, avant de se raviser, sans doute sur l’insistance de son assistant, et de décider d’accorder un penalty à Radamel Falcao qui venait d’être déséquilibré dans la surface de Manchester City. On jouait la 48ème minute, l’AS Monaco, qui avait réalisé des prouesses avant la pause, notamment dans le dernier quart d’heure de la mi-temps, menait sur le score de 2 à 1 et, si le penalty allait au fond, nul doute qu’il y plongerait aussi les Mancuniens, parmi lesquels évoluaient des footballeurs de classe mondiale.

Après s’être saisi du ballon en capitaine responsable, le Colombien a commencé l’ordinaire période de concentration qui précède le tir. Tandis qu’il se préparait à exécuter la sanction suprême, l’un de ses exercices préférés, un vacarme assourdissant tombait des tribunes de l’Etihad Stadium, qui l’empêchait d’entendre correctement le coup de sifflet libérateur de l’arbitre. L’attente était interminable dans le tumulte du public. Un objet volant clairement identifié est venu atterrir non loin du tireur, dont la concentration était ainsi quelque peu altérée, mais toujours pas de coup de sifflet audible de l’arbitre. Au bout d’une éternité de deux minutes, quand il est enfin parvenu aux oreilles du justicier, celui-ci a fait un pas en avant, marqué un bref temps d’arrêt et manqué sa frappe, interceptée par le gardien adverse, qui n’en était pas à son coup d’essai en la matière.

Le break était raté. Si El Tigre avait porté son coup de griffe où il fallait, comme il sait si bien le faire, les Anglais ne seraient sans doute jamais revenus dans la partie. Au lieu de quoi, dix minutes plus tard, ils égalisaient à la suite d’une faute de main inhabituelle de Danijel Subasic, largement favorisée par la ruse des locaux, qui avaient copieusement arrosé sa zone d’évolution pendant la mi-temps. C’est ce qui s’appelle le fair-play britannique. Comme notre Colombien est aussi orgueilleux que talentueux, il ne tardait à se racheter en exploitant une ample ouverture de Thomas Lemar à l’heure de jeu. Lancé en profondeur, il se jouait de son garde du corps avant d’ajuster un amour de ballon piqué au-dessus du gardien adverse et donnait à son équipe un avantage qui aurait pu être définitif. S’il n’avait pas manqué son penalty, jamais, peut-être, le Colombien n’aurait tenté ce coup de génie. On mesure sa fierté d’avoir prouvé à l’Angleterre, qui l’avait répudié, qu’il n’est pas un joueur fini.

La scène s’est déroulée juste sous les yeux des 1100 supporters monégasques qui avaient effectué le déplacement (Photo : Rolf Jager) et qui sont ainsi passés par tous les états d’âme que peut réserver un match intense, débridé, dépourvu de calcul, un match fou, d’un incroyable niveau technique, et capable de galvaniser les foules. La déception, quand Sterling a ouvert le score à la limite du hors-jeu. La joie, quand Radamel Falcao a égalisé de la tête sur un centre de Fabinho. L’angoisse, quand Danijel Subasic a semblé crocheter Agüero dans la surface. La jubilation, lorsque l’extraordinaire Kylian Mbappé, parfaitement lancé par notre Brésilien, s’en est allé inscrire le deuxième but, à cinq minutes de la pause, au terme d’une course maîtrisée. Puis, le dépit, encore, quand notre capitaine a manqué son penalty, et l’extase, de nouveau, lorsqu’il a réussi son lob magistral.

Nous sommes, hélas ! tous redescendus de notre nuage sur la verte pelouse de la perfide Albion, dans les vingt ultimes minutes de cette partie exaltante. Nos Monégasques, qui nous avaient procuré un infini bonheur jusque-là, se sont inexplicablement désunis au point de concéder trois buts en moins d’un quart d’heure. D’abord, sur deux corners, l’un de la droite, l’autre de la gauche, puis, sur une énième percussion des Bleus qui se sont étrangement retrouvés à trois dans notre surface, sans être inquiétés le moins du monde. Panache excessif ? Volonté exacerbée d’aller de l’avant ? Manque de lucidité dû à la fatigue ? Inexpérience ? Défaut de concentration propre à la jeunesse ? C’est la réunion de tous ces éléments qui a conduit notre admirable équipe à la défaite, alors que la victoire lui était promise à l’heure de jeu. Les défauts de ses qualités en quelque sorte.

Rien n’est perdu, loin de là, mais les regrets sont tenaces, alors qu’il s’agit déjà de passer à Guingamp, samedi après-midi. Entre l’Etihad et le Roudourou, entre Man City et l’En Avant, l’écart est immense. Mais, là-bas, où sont déjà tombés Paris et Lyon, il ne faudra pas se louper, si l’on veut décrocher la timbale ! 

Daghe Munegu.


 
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