En seigneurs

Temps additionnel / 16/01/2017 - 14h03 / Par Norbert Siri
  


Aux yeux des supporters, l’Olympique de Marseille et l’OGC Nice se disputent le titre de meilleur ennemi de l’AS Monaco. Comme l’expression dépasse largement les limites de la mesure sportive, il vaut mieux lui substituer celle d’adversaire privilégié, moins accrocheuse, mais plus modérée. A ce jeu, au regard du passé, les Phocéens ont une longueur d’avance sur les Aiglons. L’histoire des rencontres entre Marseille et Monaco est jalonnée d’événements divers et variés, pas toujours très avouables, comme l’affaire du tunnel du Vélodrome, en avril 2000, où Marcelo Gallardo avait été victime d’une sournoise agression, ou bien les soupçons de corruption qui ont flétri l’époque Tapie. Comment diable est-il possible qu’un club à la réputation aussi sulfureuse que surfaite demeure encore plus populaire que l’équipe nationale ? Quelque chose ne tourne vraiment pas rond en ce bas monde.

Dimanche soir, le stade Vélodrome n’était pas comble pour la visite des Monégasques, soutenus par deux bonnes centaines de supporters. Pourtant, après la rouste reçue à Fontvieille fin novembre, les Marseillais ruminaient leur revanche, d’autant qu’ils n’avaient plus perdu depuis cette défaite et n’avaient encaissé qu’un but à domicile tout au long de la phase aller, alors que leurs adversaires du soir, épatants en automne, semblaient avoir perdu de leur superbe, dès que la bise fut venue. Leonardo Jardim, qui avait géré les deux matchs de coupe avec sagacité, pouvait aligner quasiment son équipe type en clôture de la 20ème journée, au cours de laquelle le leader niçois avait laissé des plumes face à la lanterne rouge. Après un quart d’heure de jeu plutôt à leur avantage, les joueurs locaux se sont mis en position de recevoir une nouvelle leçon de football, moins de deux mois après celle de l’aller. Une sorte de copier-coller, à la différence que, cette fois-ci, les Marseillais sont parvenus à sauver l’honneur à la demi-heure de jeu, quand l’extraordinaire collectif asémiste avait déjà inscrit deux buts en cinq minutes. Deux joyaux : le premier, d’un lob sublime de Thomas Lemar, qui s’est fiché dans la lucarne du second poteau ; le deuxième, d’un ballon délicieusement piqué par Radamel Falcao, que venait de lancer en profondeur Djibril Sidibé.

Pendant un quart d’heure, nos favoris ont donc pu croire que ceux d’en face étaient capables de revenir à leur hauteur. Ils pressaient, certes, mais notre défense tenait bon sans être poussée dans ses derniers retranchements. En revanche, on sentait que celle de Marseille était fébrile et prête à flancher à la moindre alerte. Après une occasion en or malheureusement gâchée par le toujours très offensif Djibril Sidibé, les Monégasques ont marqué le but qui allait assommer les Phocéens. A une minute de la pause, notre petit génie, Bernardo Silva (Photo : J-P Kieffer), décalait sur la droite le toujours très offensif Almamy Touré avant de se précipiter devant les buts de Yohann Pelé pour y propulser de la tête le centre du latéral malien. Un ample une-deux frappé du sceau de la classe et qui redonnait deux buts d’avance à l’AS Monaco au meilleur moment, c’est-à-dire à la pause, au terme d’une mi-temps animée et intense. Le cinquième but de la rencontre, s’il survenait, serait déterminant. Soit Marseille revenait, soit Monaco s’échappait. Le sachant, notre équipe a fait ce qu’il fallait pour ne pas le laisser aux Marseillais. Et c’est forcément Bernardo Silva qui s’en est chargé, en reprenant le ballon relâché par le gardien phocéen, après une lourde frappe de Fabinho. En quarante minutes, l’ASM avait inscrit quatre buts et plié le match définitivement, enlevant tout intérêt à la seconde période.

Par gourmandise, on en aurait apprécié un petit cinquième pour la route, tant il paraissait possible à chaque incursion dans le camp provençal. Mais nos joueurs se sont contentés de contrôler la partie jusqu’à son terme, preuve de leur maîtrise et de leur maturité. Les voilà donc en tête de la Ligue 1, à la faveur de leur différence de buts conséquente et grâce à la redoutable efficacité de leur attaque : soixante buts en vingt matchs, pile-poil trois buts en moyenne, qui dit mieux ? Ils ont remporté en seigneurs la première partie du triptyque qui leur propose en trois semaines, outre l’OM, Paris puis Nice, leurs deux compagnons de podium. Si, après ce parcours, ils conservent la première place, on pourra commencer à rêver. Entre-temps, il ne faudra pas négliger Lorient, ni Nancy en Coupe de la Ligue. C’est aussi contre les sans-grade que se gagnent les trophées. Et, cette saison, pas de blague, il nous en faut un. Au moins.

Daghe Munegu.


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Marseille 1 - 4 Monaco
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