Rétro 2016 : l'improbable comeback du Tigre

Joueurs - Flash-back / 26/12/2016 - 10h30 / Par Rémi V.
  


Alors que 2016 touche à sa fin, Planete-ASM vous propose de revenir sur certains évènements qui ont marqué l'AS Monaco durant cette année contrastée pour le club. Il y a bientôt 3 ans, jour pour jour, Falcao se blessait gravement dans un anonyme match de Coupe de France face à Chasselay, et finissait par quitter l'ASM par la toute petite porte : il est aujourd'hui le nouveau leader de l'attaque des Rouge et Blanc. Un dénouement impensable dans l'histoire tourmentée entre l'attaquant colombien et le club princier. Chronique de l'improbable retour en grâce de Radamel Falcao à Monaco.

Une sortie par la petite porte

Le soleil de l’après-midi illumine les tribunes du stade Louis-II ce 30 août 2014, dans la chaleur de la fin de l’été azuréen, quand la nouvelle tombe. Et elle fait l’effet d’une bombe. Lorsque les compositions de Monaco-Lille sont dévoilées, Falcao, pourtant annoncé titulaire à la pointe de l’attaque asémiste, n’est pas sur la feuille de match. Il ne faut pas longtemps pour que les caméras présentes ce jour-là le retrouvent en tribune, entouré de son agent, le diabolique Jorge Mendes, et du Vice-Président de l’ASM Vadim Vasilyev. Pendu au téléphone, l’homme d’affaires portugais ne se cache pas, il est en pleines négociations pour le départ du buteur en Premier League, en cette tout fin de mercato estival, qui a déjà vu l’ASM perdre son autre joyau colombien James Rodriguez. Les supporters monégasques comprennent alors que la détermination de façade qu’a affichée Falcao dans les médias depuis son retour de blessure mais surtout les déclarations de Vasilyev qui affirmaient au début du mois que « 2014/2015 serait la saison de Falcao à Monaco » ne contenaient pas une once de vérité. La tête d’affiche du mercato pharaonique de l’année précédente va quitter le Rocher, plongeant une ASM mal en point sportivement – 15ème avec 4 points en 4 journées – encore plus profondément dans le doute, et laissant les rêves monégasques de grandeur pour morts

Radamel Falcao est alors prêté, avec option d’achat, à Manchester United, le dernier jour du mercato. A ce moment-là, plus personne n’imagine revoir un jour le Colombien sous le maillot de l’ASM. Du malaise transparaissant lors de ses premiers matchs aux circonstances fâcheuses et maladroites de son départ, en passant par sa grave blessure l'ayant privé de la Coupe du Monde ; la conclusion est sans appel : le transfert le plus onéreux de l’histoire de Monaco est un fiasco, pour le joueur, qui tente de tourner cette douloureuse page et d’oublier la Principauté et pour le club, qui cherche à se débarrasser définitivement d’un gouffre financier.

La descente aux enfers

Malgré des débuts honorables avec 2 passes décisives et 1 but lors de ses trois premières titularisations, le prêt de Falcao chez les Red Devils est un échec. Le Colombien a toutes les peines du monde à retrouver une forme physique suffisante dans un championnat très exigeant. Le technicien mancunien Louis van Gaal, déçu par son rendement, ne lui accorde pas sa confiance et le titularise seulement 12 fois en championnat. En fin de saison, fort logiquement, Manchester United ne lève pas l’option de 55M€ assortie au prêt. Pourtant, il n’est pas question pour Falcao de revenir en Principauté. Quand les médias l’interrogent sur son avenir, le buteur n’évoque même pas le club auquel il appartient, donnant réellement le sentiment de ne plus jamais vouloir remettre les pieds sur ce Rocher où s’est abîmée sa carrière si prometteuse. Sans même repasser par la Principauté, Falcao est prêté à Chelsea au mois de juillet 2015, rejoignant ainsi un emblématique client de Jorge Mendes en la personne de José Mourinho - de retour sur le banc des Blues. A Londres, la situation est encore plus alarmante qu’à Manchester ; le Tigre n’est plus que l’ombre de lui-même. Systématiquement sur le banc, Falcao est au fond du seau physiquement et psychologiquement et, dès le mois d’octobre, le constat peut être tiré : le prêt du Sud-Américain à Chelsea est un échec total.

C’est alors que, le mercato hivernal approchant, bruisse une incroyable rumeur sur le Rocher. Et si Falcao revenait prématurément de son prêt, pour se relancer en Principauté et aider une attaque monégasque en berne ? Les réactions des supporters asémistes à cette possibilité sont mitigées ; si certains saluent l’idée d’un retour à la pointe de l’attaque de l’ASM en déficit de talent, d’autres ne sont pas prêts à lui pardonner les circonstances calamiteuses de son départ. Une nouvelle blessure du Tigre tuera toutefois la rumeur dans l’œuf, et Monaco se tournera vers Vagner Love pour relancer un secteur offensif en difficulté. Toutefois, après la signature du fantasque brésilien en Principauté, Vadim Vasilyev déclare qu’il « ne ferme pas la porte à un retour » de Falcao à Monaco. Mais c’est finalement à Chelsea que l’ancien attaquant du FC Porto va finir sa saison en chemin de croix. Sur l’ensemble de l’exercice, il ne joue que 229 minutes, n’étant titularisé qu’une seule fois, pour un petit but. Pire, lorsque le Colombien a foulé la pelouse, les Londoniens n’ont gagné qu’une seule fois, pour sept défaites et deux nuls. Traversant la seconde partie de saison comme un fantôme, Falcao cristallise de nombreux doutes sur son avenir dans le football de haut niveau. Les pistes évoquées à ce moment-là l’envoient en Chine ou vers la MLS américaine, loin du football européen. La blessure subie à Gerland contre Chasselay semble alors avoir mis fin à l’éclatante carrière du Tigre, dont les exploits résonnent désormais au passé.

Le retour en grâce

Sur le Rocher aussi, l’ambiance est morose. Après la terrible déconvenue subie à Lyon (6-1), l’ASM ne peut plus terminer deuxième et devra donc encore passer par les redoutables barrages pour accéder à la C1. Les dirigeants tentent de tirer les constats de cet échec et préparent la saison suivante. Née au mercato d’hiver, l’idée d’un retour de Falcao sur le Rocher germe dans l’esprit des décideurs asémistes. Cependant, entre les performances désastreuses du joueur en Angleterre et les doutes subsistant sur ses aptitudes physiques, le projet de faire du Colombien le fer de lance de l’attaque monégasque a tout d’un pari fou. Le 10 mai 2016, Falcao confirme auprès d’une radio argentine les intentions de l’ASM de le voir revenir. Quatre jours plus tard, Vadim Vasilyev annonce que « Falcao portera très probablement le maillot de Monaco la saison prochaine ». Celui qui n'était alors qu'un souvenir symbolique de cet éclatant mercato de l’été 2013, désormais lointain, rejouera donc sous les couleurs princières. 

Le Colombien se laisse convaincre par le staff princier de relever ce pari. Désireux de rejouer au football et de retrouver le chemin des filets par-dessus tout, il accepte une baisse de salaire de près de 50%. Les décideurs de l’ASM souhaitent l’associer avec l’autre revenant Valère Germain dans un 4-4-2 pour renouveler totalement une animation offensive catastrophique la saison précédente. De retour à la Turbie, Falcao reprend l’entraînement avec ses nouveaux coéquipiers et réussit des performances très encourageantes au cours des matches de préparation avec 5 buts et 2 passes décisives en 6 rencontres. Seul buteur asémiste lors de la défaite dans le bouillant stade de Fenerbahçe, il réalise un match retour de haute volée avec un but et une passe décisive pour Germain. Malheureusement, alors que les espoirs de le revoir à un niveau plus conforme à son statut renaissent, il se blesse au cours de la rencontre et est arrêté pour un mois.

La malédiction semble se poursuivre quand, 10 jours après son retour de blessure, il est violemment heurté par le gardien niçois Cardinale lors de la défaite de l’ASM à l’Allianz Rivera. Après un nouveau mois d’arrêt, Falcao revient sur les pelouses le 21 octobre, suscitant encore bien des interrogations sur sa capacité à enchaîner. C’est alors que l’improbable résurrection du Tigre va prendre forme : il enchaîne 12 matches, dont 9 titularisations, et marque 12 fois, retrouvant le sens du but qui avait fait sa renommée à Porto et à Madrid. Dans un style moins félin mais tout autant opportuniste, le trentenaire bénéficie largement des nombreux efforts consentis par Valère Germain sur le front de l’attaque à deux pointes du système de Jardim. La redoutable animation des ailes asémistes, avec Mendy-Lemar d’un côté et Sidibé-Silva de l’autre, lui permet également d’être beaucoup sollicité. Moins affuté techniquement et bousculé au duel par les rugueuses défenses de Ligue 1, sa sûreté technique lui permet de plus participer au jeu et il décroche ainsi davantage pour aller chercher les ballons. Son point fort reste son flair, son instinct de renard des surfaces, lui qui parvient régulièrement à se faire oublier de ses gardes du corps pour marquer. Lui-même reconnait que son football « a mûri ».  Par ailleurs, nommé capitaine d’entrée de jeu par Jardim, le Colombien se montre plus impliqué dans le club et dans le vestiaire, et semble éprouver du plaisir au sein de ce collectif. Lors de chaque interview pour la télévision française, il s'efforce de parler dans la langue de Molière. A la fin du mois de novembre, il confiait se sentir revivre et se plaire à Monaco, où le calme qui règne convient parfaitement à sa famille. La Principauté semble être alors l'endroit idéal pour relancer la carrière du Tigre.

Troisième meilleur buteur de L1 derrière Cavani et Lacazette, en ayant débuté seulement 9 matches, Falcao a également été rappelé en sélection colombienne après une absence de plus d’un an. Le pari fou des dirigeants monégasques est en passe de se transformer en brillante réussite alors que l’ASM vient de boucler une première partie de saison époustouflante, s’offrant de nombreux défis sur la scène nationale et européenne pour l’année à venir. Alors, 2017, l’année de Falcao à Monaco ?


 
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