« L’impression que l’ASM fait un peu partie de ma famille »

Interview / 28/10/2016 - 09h20 / Par Rémi V.
  


« J’aime Monaco, parce que j’ai toujours aimé Monaco. Je ne sais pas pourquoi, quand j’étais petit, j’adorais Monaco ». Dans son autobiographie, Amoureux foot, parue cette année, Jacques Vendroux confesse une tendresse toute particulière pour l’ASM. Travaillant depuis 1969 pour le sport à Radio France, il devient directeur des sports du groupe en 2002. Egalement co-fondateur et manager général du Variétés Club de France, c’est une véritable référence médiatique du football qui manifeste son attachement pour le club du Rocher. Planete-ASM a donc cherché à en savoir plus sur ce coup de cœur du journaliste. Nous avons également recueilli le sentiment de ce supporter assumé des Verts - il a fini une demi-finale de Coupe remportée par l’ASSE debout sur son pupitre de commentateur en 1977 - avant la rencontre entre l’AS Saint-Etienne et Monaco. Entretien avec un amoureux de la Diagonale et admirateur de la première heure de JC Hernandez.

Premières idoles et diagonale

Il est des interviews qui vous marquent plus que d'autres. Celle-ci en fait partie. Quand la voix qui vous répond est la même que celle qui a animé les innombrables multiplexs de Ligue 1 à la radio, ceux qui ont bercé votre enfance, l'oreille collée au poste et accompagnés vos premiers pas de supporters. La même voix, enjouée et enthousiaste. Fébrile, je commence ainsi notre entretien avec cette interrogation : d’où vient la tendresse de Jacques Vendroux, journaliste parisien originaire du Nord, pour l’ASM, mon club de coeur. Après l’hésitation typique qui caractérise bien souvent la tentative d’explication d’un choix qui tient de l’irrationnel, le directeur des sports de Radio France se montre intarissable. Comme si cette question était une madeleine de Proust qui réveille les frissons du jeune fan de football dans les années 60 : « Déjà, il faut comprendre que mes premières idoles, quand j’étais gamin, c’était des joueurs comme Pablo Hernandez, Ivan Garofalo, Michel Hidalgo, Serge Roy l’avant-centre... Lucien Cossou également. Et surtout Henri Biancheri, que j’ai connu par la suite par l’intermédiaire de mon père ». En remarquable connaisseur de l’histoire du club du Rocher, Vendroux énumère à l’envie tous ces acteurs des premières conquêtes de l’ASM, sous la houlette du mythique Lucien Leduc, qui remporta deux championnats et deux Coupes de France en trois saisons entre 1961 et 1963. Outre le jeu et les trophées, le journaliste a tout de suite été marqué par la tenue princière : « J’adorais le maillot, il sort de l’ordinaire avec cette diagonale. Et puis il n’a jamais changé, la structure du maillot n’a jamais changé. Moi, on m’a toujours appris que l’on peut changer le stade, on peut changer la mentalité, le jeu, mais il ne faut jamais changer le maillot. C’est l’ADN du club. L’identité du club ».

Passionné très jeune par le football, Jacques Vendroux est particulièrement fasciné par les gardiens de but, poste qu’il occupa durant toute sa carrière de footballeur amateur au sein du Variétés Club de France. L’ASM n’est pas tout à fait étrangère à cette vocation, perpétuant une véritable tradition d'excellence dans ses bois : « J’ai toujours aimé les gardiens de l’AS Monaco, je pense à Garofalo, Hernandez, Ettori, Barthez, Porato, également l’actuel gardien des Verts, Ruffier. Monaco a toujours eu d’excellents gardiens ». Quand on lui demande sa préférence, le choix est difficile, mais assumé. Il se porte sur un gardien un peu oublié aujourd’hui : « J’ai beaucoup aimé Ettori, mais ma première idole, quand j’étais gamin, c’était Pablo Hernandez. Il était très élégant dans sa tenue bleue ciel, très spectaculaire. J’adorais ce gardien. » Barthez ? « Ce n’est pas pareil, mais c’était pour moi le meilleur gardien du monde entre 1998 et 2000. Mais je manque complètement d’objectivité ». Jacques Vendroux conclut, joyeusement désabusé : « J’aurais voulu être, moi-même, le meilleur gardien de but du monde. Malheureusement, je n’ai pas réussi. J’ai sans doute été le plus mauvais gardien de but du monde avec le VCF qui a joué avec les meilleurs joueurs du monde. C’est comme ça, c’est la vie. Et c’est très bien ! ».

« Monaco fait un peu partie de ma famille»

Au-delà des souvenirs délicieux que représentait l’ASM dans ses toutes jeunes années, le journaliste a tissé des liens au cours de sa vie avec des personnalités qui ont fait le club, à commencer par la famille princière pour qui le journaliste éprouve un attachement particulier : « J’ai la chance de bien connaitre le Prince Albert, avec qui je parle de football. Il est membre du Variété Club de France depuis une quinzaine d’années, il a joué quelques matches avec nous. Cela joue aussi dans le fait que l’AS Monaco est un club particulier pour moi ». Jacques Vendroux, gaulliste convaincu - et petit-neveu du Général de Gaulle - apprécie d’ailleurs beaucoup la manière dont la famille princière se positionne à la tête de la Principauté : « J’aimais le côté un peu protectionniste de son père, le Prince Rainier, cette façon de protéger son club, son peuple. Le Prince Albert est un peu dans le même état d’esprit, même si il est plus jeune, plus moderne. J’ai toujours eu beaucoup d'affection pour cette famille royale. Ce sont des gens qui parviennent à rester très humains, malgré un tel statut ».

Plus proche du terrain, le directeur des sports de Radio France porte également un historique du club princier dans son cœur : « Je garde une très grande amitié pour Claude Puel que j’ai adoré en tant que joueur et évidemment, en tant qu’entraineur ». Joueur de champ le plus capé de l’ASM avec 600 matches entre 1979 et 1996, l’actuel entraîneur de Southampton rechausse d’ailleurs de temps en temps les crampons pour le club dirigé par Jacques Vendroux : « Puel, c’est également un membre important du Variétés Club de France, et on lui a donné le titre de numéro 10, alors qu’on en avait beaucoup dans l’équipe. Quand il joue avec nous, il porte toujours ce numéro et c’est un technicien remarquable ». Très admiratif du travail de l’entraîneur, Vendroux attribue la réussite actuelle de l’OGC Nice à l’ancien milieu monégasque : « Tout ce qui se passe aujourd’hui dans ce club, cela incombe à Claude Puel, qui a formé 90% de l’effectif actuel. Favre récupère 4 années de boulot extraordinaire de Puel. »

Dans son autobiographie, ce monument de la radio raconte qu’il a eu l’occasion de s’entrainer à la Turbie, sous la direction d’Arsène Wenger. Quand on veut en savoir un peu plus sur l’entraineur alsacien, Jacques Vendroux s’illumine : « Wenger ? Vous me branchez sur un sujet qui m’est très cher. Arsène, c’est d’abord un ami. Et depuis 40 ans, parce que je l’ai connu à Strasbourg. On se parle, on s’embrasse, on est toujours content de se voir ». Pour illustrer son lien avec l’ancien coach asémiste (1987-1994), l'infatigable journaliste évoque une histoire qui l’a profondément marqué, même si cela réveille un douloureux souvenir, lui qui a été touché dans l’effondrement d’une tribune du stade Furiani en 1992 : « C’est une anecdote qui est pour moi un moment d’émotion incroyable. Après la finale de Coupe des Coupes perdue face au Werder, Arsène Wenger et Campora sont venus à l’hôpital de Bastia pour voir les blessés de la catastrophe. Personne n’en a parlé, mais ils étaient là. Au moment où je sors du scanner sans trop savoir ce que j’ai, Campora, qui est médecin, et Wenger me disent : « Jacques, t’es pas en grande forme mais si tu es sérieux tu pourras peut être rejouer au football ». Ce sont les plus belles paroles qu’on m’a dites. De ma vie. En dehors de la naissance de mes enfants, bien sûr. Ce sont les mots les plus importants de ma vie de modeste footballeur ». L'histoire est belle, et l'épilogue en est heureux. Effectivement, Jacques Vendroux rechausse les crampons, deux ans plus tard, à l’occasion du jubilé de Dominique Bathenay. Le VCF contre les anciens de Saint-Etienne, tout un symbole pour cet inconditionnel des Verts. Intimement marqué par la bienveillance de cette très noble attention, il est forcément très attaché à Jean-Louis Campora, l’historique président de l’ASM entre 1975 et 2003 : « J’ai passé de grands moments avec Campora, qui a toujours été d’une immense, immense correction avec moi. On s’entend toujours très bien, même si ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu ».  

Finalement, l'histoire entre cet amoureux du football et l'AS Monaco va plus loin que le ballon : « C’est marrant, en vous racontant cela, j’ai l’impression que l’AS Monaco fait un peu partie de ma famille. Depuis toujours. Alors que je ne suis pas Monégasque, je n’habite pas à Monaco ». Une sensibilité également transmise à son fils, Baptiste, journaliste pour beIN Sports, et qui « aime beaucoup Monaco ». L’ASM d’aujourd’hui ? « Je suis toujours le club. Il est en train de s’internationaliser, mais ce n’est pas très grave, ça ne change rien. Le changement de direction ne change absolument pas mon penchant pour ce club. » Et toujours le maillot, souvenir impérissable de sa tendre enfance : « Sa diagonale, c’est sa culture. C’est vraiment un superbe maillot ». A-t-il encore des liens au sein du club ? « Bien sûr, Bruno Skropeta que j'ai connu à Paris, est un membre du Variétés ». 37 buts marqués pour le directeur de la communication de l'ASM sous les couleurs du VCF de Vendroux.

L'ASM et les Verts, un patrimoine national

Demain soir, c’est donc un match bien particulier qui se disputera à Geoffroy-Guichard. Une rencontre à laquelle ne pourra malheureusement pas assister Jacques Vendroux : « C’est un match entre deux clubs que j’affectionne, que je vais forcément regarder et que j’aurais aimé commenter mais je ne peux pas me déplacer en ce moment à cause d’une fracture du fémur ». Partagé, il juge tout de même l’ASM supérieure aux Stéphanois : « Je pense que ce sera un match équilibré. Saint-Etienne va beaucoup mieux depuis quelques temps, même si c’est vrai que Monaco est au-dessus ». Au-delà de l’enjeu de cette 11ème journée de Ligue 1, cette rencontre symbolise avant tout une opposition entre deux des plus riches histoires du football hexagonal : « C’est un match passionnant, excitant. ASSE - Monaco, c’est un véritable classique du championnat. C’est excitant de faire ce métier dans des matches comme celui-là. Je suis très sensible à cet aspect historique des clubs, ce côté légendaire ». Le pionnier du multiplex en France insiste sur le côté universel de ces deux monuments de Ligue 1 : « Saint-Etienne, Monaco, ce sont des clubs qui font partie de l’ADN du football français. De l’ADN de tous ceux qui suivent le football français. Et après vous avez des faiblesses. Pour moi, c’est Monaco, c’est Saint-Etienne, Lens également, pour mes origines ». Assumant ses préférences, il fait peu de cas du devoir l’impartialité que devraient prétendument respecter les médias : « On dit que les journalistes ne doivent pas avoir d’équipes favorites, qu’ils doivent être au-dessus de tout ça, pour répondre à une certaine forme de déontologie. Je suis désolé, mais il y’a des équipes que j’aime bien. C’est comme ça. Si ça plaît, c’est bien, et si ça ne plaît pas, c’est pareil. J’ai adoré le Saint-Etienne de Larqué, j’ai adoré le Monaco de Puel et Ettori, celui d’Onnis ».

Du haut de ses 50 années de micro, il propose ainsi une vision finalement très humaine de son métier. Une humanité qui l'aura accompagné tout au long de sa carrière, lui permettant de tisser de véritables liens avec le milieu du football professionnel. En fin d'entretien, Jacques Vendroux me remercie chaudement parce que « j'ai toujours eu une tendresse particulière pour cette équipe de Monaco, cela ne m’a jamais quitté. C'était un plaisir ». Une conclusion à l'image de l'homme, authentique et passionné. Téléphone raccroché, entretien terminé. Le sourire aux lèvres, je peux me laisser aller à mes réminiscences. Avril 2000, Monaco-Nancy, cette égalisation de Dado Prso au bout des arrêts de jeu qui offre le titre de Champion de France à l'ASM. Assurément mon plus beau souvenir de multiplex. L'oreille collée au poste, avec toujours Jacques Vendroux aux manettes.


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