Le septième ciel

Temps additionnel / 02/10/2016 - 16h26 / Par Norbert Siri
  


Nous étions encore sous le charme de l’égalisation in extremis de Kamil Glik face au Bayer Leverkusen en Ligue des champions qu’il nous fallait déjà songer au championnat, le pain quotidien du footballeur, dont le calendrier réservait à notre équipe, samedi soir, un passage par la Lorraine, au stade Saint-Symphorien de Metz, très précisément, où elle n’avait plus été battue depuis dix ans, et où le club résident, promu de l’année, espérait confirmer devant elle le très bon début de saison qu’il réalisait, à la différence de son voisin nancéien, englué au fin fond du classement. Avant la trêve internationale, il était important, pour nos sélectionnés comme pour les autres, d’assurer un résultat, afin de passer une quinzaine sereine, en éprouvant le sentiment du devoir accompli. On s’attendait à ce que Leonardo Jardim opère quelques changements pour laisser des titulaires au repos. Quelle ne fut pas notre surprise de constater que notre formation était à peine retouchée, mais que notre entraîneur avait décidé d’aligner deux pointes en attaque.

Très vite, les événements lui ont donné raison. Au premier quart de la partie, l’AS Monaco menait déjà 2 à 0. Débordement d’Almamy Touré sur la droite, centre, dégagement hasardeux du gardien messin, pourtant prometteur, dans les pieds de Thomas Lemar. Ficelle. Un quart d’heure plus tard, double une-deux limpide entre Valère Germain et Joao Moutinho, conclu par une frappe non moins lumineuse de notre capitaine, qui ouvrait enfin son compteur en Ligue 1 cette saison. En face, les Lorrains avaient bien tenté d’emballer le match dans les toutes premières minutes, mais pour du beurre, sans réelle menace pour Danijel Subasic. D’ailleurs, même s’ils n’ont jamais renoncé, ils se sont enlisés petit à petit dans leur impuissance, au fur et à mesure que leur adversaire renforçait sa domination dans tous les registres du jeu. Leur niveau était si insuffisant que le troisième but asémiste, peu avant la mi-temps, n’a étonné personne, surtout pas les 401 supporters rouge et blanc, dont la présence en zone visiteurs ne passait pas inaperçue. Nouveau débordement d’Almamy Touré dans son couloir, centre, feinte subtile de Guido Carrillo qui laissait passer la balle entre les jambes pour le pied gauche magique de Bernardo Silva. Re-re-ficelle. Du grand art, face, il est vrai, à une équipe de plus en plus faiblarde.

Les Messins sont revenus des vestiaires gonflés à bloc, vexés par leur retard conséquent, qui paraissait toutefois difficile à combler. Comme en première période, ils ont fait illusion quelques instants avant de s’effondrer. A l’heure de jeu, l’un des leurs ne mesurait pas l’agressivité de son intervention sur Kevin Ndoram, qui avait remplacé Joao Moutinho à la pause. L’arbitre l’expulsait logiquement et, comme un malheur ne vient jamais seul, peu après, ils concédaient un penalty que notre spécialiste en la matière se faisait un plaisir de convertir. Pour le reste, l’excellent Guido Carrillo (Photo : J-P Kieffer), dont la feinte sur le troisième but équivalait à une passe décisive, y est allé de son doublé. D’abord, sur une merveille d’ouverture de Bernardo Silva, alerté par ses soins, il éliminait son garde du corps d’un contrôle de la poitrine, avant de prendre à contre-pied le portier lorrain, au terme d’une action d’école. Puis, il profitait d’un mauvais dégagement de ce dernier, consécutif à une percée de Gabriel Boschilia, pour tacler la balle dans le but vide. Et, alors qu’on croyait l’affaire entendue, le blond Brésilien, lancé en profondeur par Kylian Mbappé, ajoutait un septième but d’une pichenette joliment piquée. Un but entièrement conçu par les remplaçants, preuve que tous les Rouge et Blanc sont capables de s’illustrer à chaque instant.

Tous les buts de l’AS Monaco - même le penalty - sont si beaux, ils ont tellement marqué ce match du sceau de la classe, qu’il était difficile d’échapper à leur description, au moins pour en prolonger le délice. Surmontant le coup de barre de Nice, puis le double coup de mou face à Angers et Leverkusen, heureusement compensé par l’efficacité miraculeuse de Kamil Glik, notre club repart de l’avant avec panache. Après avoir révélé ses ressources mentales dans une courte période laborieuse, il prouve à nouveau qu’il n’a rien perdu de ses qualités techniques ni de ses vertus collectives, qu’il est plus séduisant et dangereux avec un duo d’attaquants, que la solidarité est désormais le ciment inaltérable de sa réussite… et qu’il est sans doute plus à l’aise loin de ses bases qu’à domicile, où il peine à faire le jeu. En passant sept buts à Metz sans en concéder un seul, l’AS Monaco a battu un record : celui de la plus large victoire à l’extérieur de son histoire en Ligue 1, une performance qui flatte notre orgueil. La trêve arrive à point nommé pour permettre à la plupart des organismes de souffler, avant de repartir de plus belle, dans quinze jours, chez le Téfécé de Pascal Dupraz, puis à Moscou, où l’ASM peut encore se distinguer. Certes, les Russes lui proposeront une opposition bien supérieure à celle des Messins, mais, sur la foi de ce qu’elle a exprimé en Lorraine, on est en droit d’être optimiste.

Daghe Munegu.