Un Polonais décidément providentiel

Temps additionnel / 28/09/2016 - 17h32 / Par Norbert Siri
  


Depuis qu’elle bataille aux quatre coins de l’Europe, l’AS Monaco n’a jamais privilégié un adversaire particulier, préférant en changer aussi souvent que le sort le lui enjoignait. A l’exception de trois clubs, tous d’Europe orientale, qui constituent un triangle où elle a connu des fortunes diverses : le CSKA Sofia, en Bulgarie, le Galatasaray Istanbul, en Turquie, et l’AEK Athènes, en Grèce. Désormais, elle en compte un de plus, en Europe occidentale, cette fois-ci, le Bayer 04 Leverkusen, qu’elle rencontrait pour la cinquième fois, mardi soir, toujours dans le cadre de la phase de poules de la Ligue des champions. En 1997, les Allemands n’avaient pas fait un pli, et, en 2014, ils avaient été battus 1 à 0, à l’aller comme au retour, après avoir archi-dominé leur adversaire, qui avait marqué sur ses deux seules occasions. Autant dire qu’ils étaient bien décidés à vaincre enfin ces satanés Asémistes, qui leur jouaient volontiers de vilains tours.

Et ils ont fait ce qu’il fallait pendant la presque totalité de la rencontre. Eux qu’on disait en petite forme, en difficulté en Bundesliga, privé de leur meilleur élément, l’international allemand Karim Bellarabi, ont pris le match à leur compte dès le coup d’envoi et n’ont pratiquement jamais lâché leur emprise. Déterminés, volontaires, d’une qualité technique satisfaisante, ils ont surtout fait valoir leur supériorité athlétique, notamment grâce aux colosses de leur défense, auxquels les petits gabarits monégasques craignaient de se frotter. En revanche, s’ils conduisaient le jeu, ils ne se montraient pas particulièrement dangereux. Si, à une seule reprise, en toute fin de première mi-temps, quand Chicharito, l’avant-centre mexicain du Bayer, s’est présenté en contre devant Danijel Subasic, qui a réussi à détourner sa frappe en corner. Cette action succédait à l’unique attaque asémiste de cette période, qui s’était conclue par un tir de Thomas Lemar, que tout le stade avait vu au fond des filets adverses. Cruelle illusion !

C’était bien, mais c’était peu, trop peu, terne, trop terne et un tantinet tristounet. La partie était trop contrôlée, trop crispée pour se débrider. De quel mal étaient donc frappés nos joueurs qui nous avaient habitués, pendant l’été, à un football inspiré, lumineux, ensoleillé ? De timidité ? De fatigue ? D’excès de confiance ? En tout cas, ils avaient toutes les raisons de se méfier d’un arbitrage assez peu cohérent et, notamment, des décisions du juge de touche chargé de surveiller l’attaque allemande en seconde période et qui a curieusement négligé trois hors-jeu successifs, heureusement sans conséquence pour notre équipe. A tel point qu’on s’est demandé s’il ne s’était pas encore trompé quand Chicharito a battu notre gardien de la tête comme à la parade, comme si notre défense l’avait laissé faire parce qu’elle le croyait fautif. C’était la 75ème minute, il restait un gros quart d’heure à l’ASM pour réagir enfin et aller de l’avant pour de bon. 

C’était la 75ème minute et Guido Carrillo venait de remplacer Valère Germain, qui avait erré à la pointe de l’attaque comme une âme en peine, seul contre tous, malmené par les molosses du Bayer qui lui piquaient quasiment toutes les balles qu’il n’hésitait pourtant pas à disputer. Pauvre Valère, dans quelle galère était-il embarqué ? Il est clair que son rôle véritable est celui d’un attaquant de soutien et qu’il n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il évolue au côté d’une pointe telle que Radamel Falcao. A sa place, Guido Carrillo a apporté sa détente en plus de son abnégation. C’est après son entrée sur le terrain que les manoeuvres monégasques sont devenues plus pressantes. Mais il leur manquait toujours l’essentiel : la précision. Les Allemands reculaient, truquaient, gagnaient du temps. Le public s’impatientait, haletait, désespérait. A la 94ème minute, l’arbitre se préparait à siffler la fin du match, quand, sur une énième remise de la tête de notre grand Argentin, Kamil Glik (Photo : J-P Kieffer) égalisait d’une demi-volée d’une grande pureté, dont la trajectoire laissait pantois le portier du Bayer. Un dénouement inespéré pour nos couleurs et un nouvel échec pour les Allemands qui peuvent s’estimer maudits sur le coup.

Notre Polonais est décidément providentiel. Trois jours après avoir offert la victoire contre Angers en Ligue 1, le voilà qui donne le point du match nul à son équipe sur son unique tir cadré, en lui permettant de conserver la première place de son groupe. Quand on connaît l’histoire de cet homme, on ne s’étonnera pas qu’il soit capable de réaliser ce genre de prouesse, de croire en son étoile jusqu’au bout, de provoquer la réussite plutôt que de subir un sort contraire. Pour lui, le foot, ce n’est que du bonheur. Et on est heureux de ce qui lui arrive, pour sa première participation à la Ligue des champions, dont il rêvait. Qu’il continue à rêver et à partager ses rêves avec nous, qui avons déjà adopté sa force et sa foi, prêtes à soulever des montagnes. Le prochaine n’est peut-être pas aussi élevée que celle du Bayer Leverkusen, mais il faudra tout de même la franchir sans trembler, samedi prochain, à Metz. Après la défaillance de Nice, notre équipe s’est relevée et a prouvé qu’on pouvait croire en elle.

Daghe Munegu.


 
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