La progression de Sidibé vue par son ancien coach J-M. Furlan

Joueurs / 05/09/2016 - 15h14 / Par Rémi V.
  


Titularisé pour sa première sélection en Equipe de France jeudi en Italie, Djibril Sidibé poursuit sa progression vers les sommets du football de haut-niveau. Interrogé par RMC Sport, JM Furlan, l’entraîneur qui l’a véritablement lancé au niveau professionnel à Troyes se souvient des débuts du nouveau latéral droit asémiste.

C'est Patrick Remy, entraîneur de l'ESTAC durant la saison 2009-2010, qui offrit à Djibril Sidibé, âgé d'alors 17 ans, ses premiers pas en équipe première alors que le club aubois évoluait en National, avec dix petites minutes de jeu en championnat au cours de la saison. A l'intersaison, après avoir acquis la montée en L2, l'état-major troyen décide de nommer Jean-Marc Furlan à la tête de l'effectif. Pour RMC Sport, il raconte ses premiers contacts avec le nouveau latéral droit asémiste, qui n'évoluait pas sur un côté durant sa formation : « Lorsque je suis arrivé, Djibril Sidibé était avec le centre de formation. Il jouait arrière central et n’avait jamais joué latéral droit. Le directeur sportif m’a dit : " On a deux très bons jeunes, qui ne s’entraînent pas avec les pros, N'Sakala et Sidibé. " Djibril s’est entraîné avec nous. Et il est devenu titulaire ». Impressionné par le potentiel physique du jeune joueur, Furlan lui conseille alors de changer de poste et de s'excentrer pour exprimer pleinement ses capacités : « Je lui ai demandé très rapidement de renoncer au poste d’arrière central, auquel il avait joué pendant toute sa jeunesse, pour jouer dans le couloir droit. Ça s’est avéré extrêmement positif. Lorsque je l’ai vu à l’entraînement, il m’a semblé que c’était très intéressant à ce poste-là par rapport à son volume athlétique et son envie d’aller toujours de l’avant ». Technicien très expérimenté dans le football français, Jean-Marc Furlan se souvient bien des possibilités impressionnantes de Djibril Sidibé, déjà transféré pour 2,5 M€ à 20 ans de Troyes à Lille : « Il nous passe tellement de joueurs entre les mains, si je peux m’exprimer ainsi, qu’on voit très vite un potentiel énorme. On monte en Ligue 1 avec ces joueurs-là, dont Djibril, qui avait fait une saison exceptionnelle. Et il est vendu au LOSC ».

Depuis le début de sa carrière, le positionnement de Sidibé sur le terrain fait l'objet de débat. Encore aujourd'hui, le nouveau défenseur de l'ASM affirme avec conviction sa volonté d'être positionné sur le flanc droit de l'arrière garde princière. Furlan qui a réellement exposé le joueur sous les projecteurs des recruteurs de Ligue 1, après l'avoir dirigé pendant deux saisons en Ligue 2, a un avis bien précis sur la question : « C’est un ensemble. Dans le football, il manque beaucoup d’arrières latéraux. Au milieu, il y a une très grosse concurrence. Pour Djibril, arrière central, j’ai trouvé que c’était du gâchis par rapport à sa volonté de se dépenser physiquement, de beaucoup courir. Les deux défenseurs centraux, ce sont eux qui te positionnent très haut ou très bas. Mais ce ne sont pas des gens qui ont une dépense athlétique énorme sur le terrain. Lui, il aimait ça. Et surtout, il aimait énormément le jeu offensif par sa technique de dribble. Du coup, dès les deux ou trois premières séances d’entraînement, je lui ai dit : " Si tu veux bien, tu joueras arrière droit ". Il m’a répondu qu’il n’y avait pas de souci. Et ça s’est avéré très positif ». Une intuition inspirée de la part de l'ancien entraîneur de l'ESTAC car c'est à ce poste que Sidibé a honoré sa première cape chez les Bleus, en Italie.

Si le poste de défenseur central n'est clairement pas une option pour Djibril Sidibé, Furlan peut éventuellement l'envisager au poste de milieu défensif, tout en l'avertissant des dangers de la polyvalence. En effet, pour l'actuel entraîneur de Brest, l'excellence s'atteint en se fixant à un poste. Ainsi, évoquant le coup tactique de Jardim contre le PSG à l'occasion de la troisième journée de L1, il ne pense pas que son ancien joueur puisse s'épanouir durablement à un poste plus avancé sur l'aile droite : « Milieu droit, je ne crois pas du tout que ça puisse être un poste pérenne pour lui. On peut tenter des coups, qui marchent pendant un, deux ou trois matchs. Surtout dans un couloir qu’il connait bien... Milieu défensif, il pourrait. Mais il faut être spécialiste d’un poste. Plus on disperse un joueur, plus ses qualités se diluent. Pour être titulaire en équipe de France, il faut être spécialiste de son poste et parmi les meilleurs en Europe. Donc il faut y rester et affronter des équipes de haut très haut niveau. Il va jouer la Ligue des champions et passer encore un palier. Etre parmi les meilleurs en Europe, il en est capable ». Pour cela, en plus d'un volume physique impressionnant, Sidibé s'appuie sur deux autres atouts de valeur pour Jean-Marc Furlan : « Il a un niveau technique qui correspond au très haut niveau. Et ensuite, l’enjeu n’a pas de prise sur lui. Pour que le match commence à être très intéressant pour ces gars-là, il faut que ce soit une finale de Coupe de France ! ».

Dès ses premiers pas en Ligue 1 sous le maillot lillois, Djibril Sidibé démontre un grand potentiel au poste de latéral, malgré le fait qu'il soit régulièrement aligné sur le côté gauche de la défense. Furlan se souvient que « dès qu’on l’a vu jouer en Ligue 1, il faisait partie des trois ou quatre meilleurs arrières latéraux du championnat. En plus, il s’est très bien adapté à gauche alors qu’il n’est pas du tout gaucher. C’est quand même exceptionnel dans le football français de haut niveau. C’est très rare. Ça prouve tout son potentiel ». Des éloges tout de même accompagnées d'un petit bémol de la part de son ancien entraîneur dans l'Aube : « Il faut toujours lui rappeler de défendre. A 17, 18 ans, il jouait devant ! Il fallait toujours lui dire : " N’oublie pas qu’il faut un peu défendre quand même " ».

Enfin, l'ancien coach troyen loue le parcours linéaire de Sidibé, appréciant les choix de carrière inspirés de son ancien espoir devenu international : « C’est une progression très intéressante, salutaire. C’est sain pour les jeunes hommes de faire son parcours, plutôt que d’être porté aux nues très rapidement. Ça peut être très dangereux pour l’équilibre psychologique des joueurs. On le voit sur de nombreux cas. Les joueurs qui atterrissent du jour au lendemain en équipe de France, leur pérennité fait des hauts et des bas. Des garçons comme lui, c’est un peu comme dans les années 80-90 ». Furlan souligne également les qualités mentales et psychologiques de Djibril Sidibe, très importantes dans le football moderne, le comparant même à un de ses anciens poulains également devenu international : « Il a toujours été quelqu’un de très mature, avec beaucoup de recul, de lucidité, de sang-froid. Il a toujours été comme ça, comme Blaise [ndlr Matuidi] ».

Le portrait de Djibril Sidibé par Planete-ASM.

RMC Sport