Makengo : « Ne pas se faire manger par la pression »

Anciens - Interview - Gambardella / 19/05/2016 - 14h40 / Par Rémi V.
  


Terence Makengo se souviendra longtemps de ce mois de mai 2011. En effet, le 8, après avoir été surclassé avec la réserve de l'ASM sous les ordres de Frédéric Barilaro, il inscrit les deux buts de la victoire face à Agde permettant à son équipe de reprendre sa place de première réserve professionnelle de son groupe de CFA. Deux jours plus tard, le 10 mai, le jeune attaquant de 18 ans, prolonge son contrat professionnel de trois saisons, signe de la confiance que lui accordent les décideurs monégasques, qui voient en lui un immense potentiel. Puis, le samedi 14 mai, l'espoir du centre de formation remporte, aux côtés de l'équipe U19 de l'AS Monaco, la finale de la Coupe Gambardella au Stade de France face à Saint-Etienne. Ces trois succès illustrent le début de carrière fulgurant de celui qui fut longtemps considéré comme un phénomène. 

Plus jeune joueur, avant cette année et la signature d'un autre phénomène, à avoir paraphé un contrat professionnel sur le Rocher, l'attaquant s'était engagé pour trois ans à l'âge de 16 ans, 4 mois et 12 jours, en novembre 2008. Ce contrat avait surtout pour but de conserver la pépite qui venait d'inscrire la bagatelle de 14 buts en 7 matches avec les U17 nationaux. 

Malheureusement, les blessures, la descente du club en seconde division et l'arrivée de Dmitry Rybolovlev en Principauté auront freiné l'ascension de l'une des plus belles promesses du centre de formation monégasque. A l'occasion de la finale de la Coupe Gambardella que les jeunes asémistes disputeront samedi face au RC Lens, Terence Makengo nous a donné quelques nouvelles et s'est remémoré, avec recul, cette jeunesse dorée sous le soleil de La Turbie. Entretien souvenir avec un jeune joueur dont la carrière n'a pas encore décollé.

Bonjour Terence, comment vas-tu? Peux-tu nous donner quelques nouvelles ?
Tout va bien. Je suis en ce moment à Châteauroux, dans la dernière année de mon contrat. Je ne pense pas rester ici la saison prochaine donc je vais bientôt voir pour aller ailleurs, éventuellement à l'étranger.

Tu es arrivé sur le Rocher avant tes 16 ans et tu y es resté jusqu'à plus de 20 ans. Qu'est que l'AS Monaco représente pour toi?
Je suis resté très attaché à l’ASM, j’ai vécu énormément de choses à Monaco. Le meilleur souvenir ? Difficile de choisir, j'en ai tellement dans ce club. En premier lieu, je dirai la signature du contrat professionnel, très jeune, à 16 ans. Je ne m’y attendais pas du tout, j’ai eu du mal à réaliser. Ensuite, collectivement, la victoire en Coupe Gambardella reste une superbe aventure. Je pense aussi à la finale du championnat U19, la même année, malheureusement perdue aux penalties contre le PSG. Mon premier match en pro avec l'équipe première de l'ASM, c'était aussi un grand moment. C'est vraiment difficile de choisir, il y a eu tellement de bons moments. 

Comment se passe la formation en Principauté, un endroit où l'on peut vite penser à autre chose qu'au football?
Ce n’était pas forcément facile avec toutes les tentations qu’il peut y avoir à Monaco. Pour mon cas personnel, comme j’ai signé pro très jeune, j’ai eu pas mal de sollicitations à ce niveau-là. Il faut être bien entouré et rester concentré sur ses objectifs pour ne pas rapidement déchanter. Après, on est jeune, on fait tous des erreurs. L’essentiel, c’est d’apprendre de cela et de ne pas reproduire les même. Il faut aussi écouter les conseils des anciens, ne pas croire que l’on sait déjà tout et s'appuyer sur leur expérience. Ce n’est pas facile quand on est très jeune, mais c’est vraiment important dans la construction d’une carrière

Comment c'était cette finale de Coupe Gambardella en 2011 ? Quel souvenir t'en reste-t-il ?
Au-delà de la finale, on a fait un super parcours avec l’entraineur François Ciccolini, qui coache aujourd’hui en Ligue 1 et Frédéric Barilaro qui nous suivait également. Ensuite, c'est vraiment magnifique d’aller au Stade de France, de fouler cette pelouse, c’est immense. Ce stade, je l’avais vu à la télé ou j’y avais été en tribune pour voir des matches de l’équipe de France, mais y jouer c’est extraordinaire. Ce jour-là, on voulait tous une seule chose : ramener cette coupe à Monaco.

« Gagner la Gambardella ? C’est toujours une bonne chose, mais ça ne fait pas tout »

Y’a t-il du stress avant une finale au Stade de France?
Oui, il y a du stress, inévitablement, mais il faut absolument le transformer en énergie positive. Si tu te laisses manger par la pression, par le stade, par le public qui arrive au fil des minutes, tu as les jambes qui tremblent et tu ne vas plus faire les bons choix. Dans l’ensemble, on avait bien géré cette pression. On fait un bon match, même si on encaisse ce but à la fin, qui nous force à jouer une séance de penalties. 

Comment était l'ambiance dans ce groupe?
C'était une excellente ambiance. D'ailleurs, j’ai encore des contacts avec les joueurs de cette équipe, génération 1992-1993, notamment Florian Pinteaux, Valentin Esseyric...Dennis Appiah également....Je vois régulièrement Layvin Kurzawa aussi. On avait vraiment un super groupe, on s’entendait tous très bien, une vraie bande de copains. C’est vraiment un super souvenir.

Dans les équipes de jeunes, quels sont les rapports entre les joueurs qui ont un contrat professionnel et ceux qui n’en n'ont pas?
Ca ne change rien. Dans mon cas, ça n’a rien modifié dans mes rapports avec les autres, on était toujours une belle bande de potes. Au final, ce contrat, ça reste un bout de papier : on est jugé et traité de la même façon que les autres, sans aucune distinction. Il n’y a pas de passe-droit et le coach s’adresse à tout le monde avec les mêmes mots. Après, en tant que joueur professionnel, tu te dois de montrer l’exemple, tout en restant au service de l’équipe.

A l’époque, on était quelques-uns à avoir un contrat professionnel comme Dennis Appiah, Jérémy Labor, Valentin Esseyric ou Layvin Kurzawa. Plusieurs d’entre nous jouaient déjà assez régulièrement en CFA, donc on se devait d’apporter notre expérience sur le terrain et aussi en dehors. Mais on n’était pas favorisés, on formait une belle équipe, avec une grosse ambiance. On rigolait bien, on bossait bien et on gagnait.

Cette belle génération laisse tout de même un goût d'inachevé du côté de l'ASM...
On avait vraiment une belle équipe, on fait la finale du championnat U19 et on gagne la Coupe Gambardella. Ce que je regrette, c’est que le club soit descendu en deuxième division à ce moment là. Le contexte était compliqué. Pour cette génération, si l’ASM était resté en Ligue 1, je pense que ça aurait été plus facile d’intégrer petit à petit l’effectif pro pour la plupart d’entre nous, avec une situation plus stable. On a eu notre chance en Ligue 2, mais ce n’était pas le meilleur contexte pour s’exprimer et on a été vite en difficulté dans ce championnat. On ne peut pas réécrire l’histoire mais c’est vrai que je trouve ça dommage.

Que représente une victoire en Gambardella pour un jeune qui veut faire carrière dans le football ?
C’est toujours une bonne chose, mais ça ne fait pas tout. On parle de toi pendant quelques temps, mais si tu ne confirmes pas derrière, tu n’avances pas et on t’oublie. C’est un bon début, mais il faut toujours voir plus loin.

« Si je peux aider d’autres personnes qui sont dans la même situation que moi, je le ferais avec plaisir »

Tu ne dois pas connaître les joueurs qui composent aujourd'hui l'équipe U19 de l'ASM, mais l'entraineur, Frédéric Barilaro, ne doit pas t'être inconnu ?
C’était le directeur du centre de formation à l’époque. Fred Barilaro a beaucoup compté dans ma formation car il était souvent derrière moi, à me donner des conseils. Il me parlait beaucoup, me disait ce qu’il fallait faire, ne pas faire. Je sais aussi qu’il était favorable à ce qu’on me propose un contrat pro si jeune. C’est quelqu’un à qui je dois beaucoup. Plus globalement, le travail qu’il fait depuis toutes ces années au centre de formation, c’est vraiment remarquable. Il aime le football et le connait parfaitement. Ce n'est pas un hasard s'il arrive en finale de Gambardella cette année et je suis très content pour lui.

Tu es originaire de région parisienne, tu as signé pro à 16 ans et tu étais considéré comme un très grand espoir de ta génération. On ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec Kylian Mbappe. Tu aurais un message à lui transmettre?
Je connais bien son frère Jires (Kembo Ekoko), je pense qu’il doit déjà lui donner de bons conseils concernant sa carrière et le terrain. Si je peux lui dire quelque chose, c’est qu’il reste lui-même, qu’il ne se prenne pas la tête et qu’il fasse le boulot comme il a toujours fait. Et surtout, le plus important, prendre du plaisir sur le terrain en se donnant à 200%. Je le vois jouer, il a vraiment des qualités et un bel avenir.

Pour revenir à toi, as-tu quelques regrets sur le déroulement de ta carrière?
J’ai quelques regrets c’est sûr, j’aurai aimé que ça se passe autrement. S'il y avait des choses à refaire, je pense que je les ferais différemment. Maintenant, tout cela m’a aussi permis de me forger mentalement, d’être plus fort, plus solide. Aujourd’hui, je suis costaud et c’est aussi grâce à ces épreuves, ces blessures. Sans tout ça, je ne serai sans doute pas la personne que je suis aujourd’hui. J’ai beaucoup appris à travers mon parcours, et si je peux aider d’autres personne dans la même situation que moi, je le ferai avec plaisir, avec mon expérience. Au final, je ne pense pas que l'on puisse parler de regrets aujourd'hui.

Aurais-tu un message pour les U19 de l’ASM qui disputent la finale de la Gambardella samedi ?
Une finale ça ne se joue pas, ça se gagne. Ramenez la coupe à Monaco et éclatez vous au Stade de France. Et je serai vraiment très content pour Fred Barilaro si l’ASM gagnait cette finale. En deux mots, Daghe Munegu !

Connais-tu Planete-ASM ?
Je continue de suivre l’ASM donc je regarde le site. A l’époque aussi, je regardais régulièrement. Mais, j’évitais aussi parfois, parce que quand tu fais un mauvais match, ça taille pas mal dans les commentaires. C’est quelque chose qui peut toucher aussi les familles qui regardent le site, donc on essaye d’avoir du recul par rapport à ça.

En bonus, Terence Makengo nous a livré son équipe-type des joueurs formés à l'ASM qu'il a cotoyé sur le Rocher :
Martin Sourzac, Jérôme Phojo à droite de la défense, Dennis Appiah et Almamy Touré dans l'axe, Layvin Kurzawa en latéral gauche, Papy Mendy et Distel Zola au milieu, Valentin Eysseric en 10, Serge Gakpé sur l'aile gauche, Frédéric Bulot à droite, et moi en pointe !

Planete-ASM remercie chaleureusement Terence Makengo pour sa disponibilité pour répondre à nos questions. Bonne chance pour la suite Terence, et ne lâche rien !


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