James, la parenthèse enchantée

Anciens / 29/04/2016 - 11h58 / Par Rémi V.
  


Le 7 mai 2014, lors de la 36ème journée de Ligue 1, l’AS Monaco recevait déjà l’En Avant Guingamp dans son stade Louis II. Si l’ASM est déjà assurée d’être deuxième, solidement ancrée entre le PSG et le LOSC, avec 8 points de retard sur le premier et 8 points d’avance sur le troisième, ce match restera surtout comme le dernier disputé par James Rodriguez sous la tunique princière. Alors que Monaco s’apprête à rencontrer de nouveau l’équipe armoricaine pour l’antépénultième rencontre du championnat, c’est l’occasion de revenir sur le passage éclair de l’un des plus talentueux joueurs à avoir porté les couleurs du club de la Principauté.

Une arrivée en grande pompe


Le 24 mai 2013, déjà auréolée du titre de champion de Ligue 2, l’équipe monégasque s’apprête à conclure sa saison sur le terrain de Tours. Alors que les médias spéculent déjà sur le futur mercato princier, c’est le jour choisi par les dirigeants pour dévoiler leurs immenses ambitions au grand jour. En effet, peu avant le match, l’ASM officialise la venue de James Rodriguez et de Joao Moutinho en Principauté en provenance du FC Porto. Fort de trois saisons prometteuses au Portugal et déjà fer de lance de sa sélection, le jeune meneur de jeu colombien fait figure de grand espoir du football mondial.

L’arrivée à prix d'or du prodige colombien, accompagné de son coéquipier du FC Porto Moutinho et de son partenaire en sélection Falcao fait sensation et place l’ASM, tout juste promue, directement en concurrent direct du champion parisien. Avec ce triptyque doré, les dirigeants monégasques jouent également la carte de la complémentarité et James se déclare « fou de joie de pouvoir retrouver Falcao ». Les observateurs et les supporters du club princier placent également d’immenses attentes sur le potentiel étincelant du milieu offensif de 22 ans.

Le génie endormi


Au soir de la 8ème journée de Ligue 1, à la toute fin du mois de septembre, l’ASM, auteur d’un départ canon, est leader invaincu du championnat grâce à une différence de buts favorable qui la positionne devant son rival parisien. Pourtant, la virtuosité de James se fait attendre au sein de l’équipe princière, qui s’appuie sur des joueurs ayant participé à la conquête du titre de champion de Ligue 2 la saison précédente. En effet, Claudio Ranieri fait surtout appel à Lucas Ocampos et Yannick Ferreira-Carrasco pour animer les ailes de l’attaque monégasque, et le surprenant Emmanuel Rivière s’impose en pointe aux côtés de Radamel Falcao. La pépite colombienne est alors reléguée au rang de simple joker et s’assoit sur le banc des remplaçants pour les affiches de début de saison au Vélodrome comme au Parc des Princes.

Alors que les deux autres recrues phares du mercato étoilé sont indiscutables dans l’équipe, le malaise plane autour de la situation du numéro 10 monégasque. A la veille de la 9ème journée de championnat, l’entraineur italien de l’ASM brise la glace en conférence de presse : « Le problème de James n'est pas physique, c'est un problème de mentalité. Il pense comme un attaquant. Mais, quand on joue sur un côté, on doit attaquer et défendre. Quand James va voir qu'il ne joue toujours pas, peut-être qu'il va entendre ce que je veux lui dire ». Cette déclaration sonne comme un recadrage musclé de la part de Claudio Ranieri, qui n’hésite pas à heurter la sensibilité de l’espoir colombien en public afin de faire passer son message. Pourtant, alors que tout le monde l’attend sur le banc le lendemain pour la réception de Saint Etienne, le Mister lance James dès le coup d’envoi à la place de Lucas Ocampos. Le coaching, osé, est un véritable succès et James démontre tout son talent en délivrant les deux passes décisives qui offrent la victoire aux joueurs de la Principauté (2-1). Et l’entraineur asémiste, éternel sourire en coin, de déclarer juste après la rencontre : « James a très bien joué. Je suis très heureux pour lui. C'est un très grand champion ».

L'apothéose du virtuose


Ce coup de maitre de Ranieri sera le véritable point de départ de la saison de James Rodriguez qui alignera 28 titularisations de rang en championnat jusqu’à cette 36ème journée, face à Guingamp. Le gaucher donnera sa pleine mesure suite à la réorganisation de l’équipe princière en losange, placé en meneur de jeu derrière les deux attaquants. Il est le véritable catalyseur de la majorité des offensives monégasques et son immense talent fait plier l’ensemble des défenses de l’Hexagone. Avec la grave blessure de Radamel Falcao au tout début de l’année 2014, il devient même le principal atout offensif de l’AS Monaco. Laissé très libre dans son positionnement par Claudio Ranieri, James se sert de sa formidable patte gauche pour distribuer 13 passes décisives et marquer 10 buts sous le maillot à la Diagonale. Ses coups d’éclat guideront l’ASM dans une saison exceptionnelle qui verra le club du Rocher battre son record de points sur une saison et devenir le meilleur deuxième de l’histoire de la Ligue 1. Meilleur passeur du championnat devant Zlatan, il sera également devancé par le milieu parisien Marco Veratti au trophée UNFP du Meilleur Espoir de la saison 2013-2014.

Logiquement appelé par la sélection Cafeteros pour disputer la Coupe du Monde au Brésil, James cristallise les espoirs de tout un peuple dévasté par le forfait de Falcao. Là encore, le génie colombien répond aux immenses attentes placées en lui. Sa classe explose aux yeux du monde dès les phases de poules au terme desquelles il est élu meilleur joueur par la FIFA, marquant 3 buts et délivrant 2 passes décisives face à la Grèce, la Cote d’Ivoire et le Japon. Il poursuit sur son incroyable lancée en huitième de finales face à l’Uruguay et signe un fantastique doublé qui permet à son équipe d’accéder aux quarts de finale pour affronter la Selecao. Malgré un nouveau but, il ne peut empêcher l’élimination des siens mais il terminera tout de même meilleur buteur de la compétition devant le champion du monde allemand Thomas Müller et figurera dans l’équipe type du Mondial, emplissant de fierté supporters colombiens et monégasques.

Un épilogue inéluctable


Dès la fin du tournoi, un intense battage médiatique s'engage autour de l’avenir du joueur, qui fait l’objet d’une cour assidue du grand Real Madrid. Après plusieurs jours de tractations et de démentis peu convaincants, le joyau monégasque s’envole pour la Casa Blanca afin de « réaliser son rêve d’enfant ». Le montant du transfert – 90 millions d’euros, bonus inclus – est un record pour l’ASM et le championnat de France et James devient, à 23 ans seulement, le troisième transfert le plus cher de l’histoire du football derrière ses nouveaux coéquipiers Cristiano Ronaldo et Gareth Bale. La froide réalité des chiffres succède ainsi à la merveilleuse symphonie interprétée par le virtuose dans la tiédeur de l'hiver austral brésilien.

Le dénouement est amer pour les supporters asémistes qui n’auront pas pu profiter plus longtemps des talents du génie colombien. Toutefois, le passage éclair de James à Monaco restera dans les mémoires, comme ces rêves féériques que l’on voudrait ne jamais voir s’achever et dont l’on se souvient avec délectation et nostalgie. Le diamant brut venu du Portugal aura été poli sur le Rocher avant de rejoindre une tout autre dimension, issue inévitable tant il était étincelant. Pendant une saison, le gaucher illumina le stade Louis II de son élégante vista et il demeura sans aucun doute comme l’un des joueurs les plus talentueux à avoir revêtu la tunique rouge et blanche. 


 
Infinity Chat :
Dernier message il y a 1 an