Patrick Valéry, de la Principauté à l'Ile de Beauté

Anciens - Interview / 01/02/2016 - 11h34 / Par Rémi V.
  


Pour le compte de la 24ème journée de Ligue 1, l’AS Monaco reçoit le SC Bastia au Stade Louis II. Cette rencontre sera la 66ème entre ces deux habitués de l’élite du football français dont les riches histoires ont parfois été amenées à se croiser. En effet, de nombreux joueurs, parmi lesquels André Biancarelli, François Modesto, Sébastien Squillaci, Dan Petersen ou encore Jérôme Rothen ont défendu les couleurs des deux clubs. Mais s’il fallait en choisir un qui symbolise à la fois la brillante histoire asémiste et la puissante identité insulaire, il s’agirait sans aucun doute de Patrick Valéry (crédit photo actufoot20.com), qui totalise 242 matches pour l’équipe de la Principauté et 107 pour le club bastiais. A l’occasion de cette rencontre, Patrick Valéry est revenu pour Planete-ASM sur sa carrière de joueur, passée entre la gloire du Rocher et l’ambiance survoltée de Furiani. Il est question de Coupe des Coupes, du nez cassé de Di Meco et de la chaleur de Furiani, le football sudiste des années 1990 en somme.

Les débuts sur un Rocher européen

Patrick Valéry est l’homme de deux clubs. Deux cultures. Deux identités bien marquées. La Principauté et l’Ile de Beauté. Originaire de Provence, c’est en 1985 - à 15 ans - que le jeune footballeur pose ses valises sur le Rocher afin de poursuivre son ascension vers le football professionnel au centre de formation de l’ASM. Défenseur, il joue ses premiers matches dès 17 ans, lors de la saison 1987-1988, celle du 5ème titre national, conquis par ses illustres ainés Ettori, Amoros et Hoddle. La saison suivante, le jeune Patrick Valéry s’impose déjà comme titulaire au sein de la défense asémiste. Arsène Wenger l’apprécie pour sa polyvalence, mais c’est au poste de latéral droit que le sudiste s’installe, en lieu et place de Luc Sonor, repositionné dans l’axe de la défense.

La carrière de Patrick Valéry sur le Rocher est étroitement liée à l’emblématique entraîneur alsacien, qui effectua 7 saisons sur le banc asémiste. Il joue ses premières rencontres lors de la première année de Wenger en Principauté et quitte l’ASM la saison suivant le licenciement du technicien par le Président Campora. Le défenseur est reconnaissant envers celui qui a lancé sa carrière à l’ASM : « Arsène Wenger m’a beaucoup marqué, il m’a fait confiance et m’a aligné régulièrement dans l’équipe alors que j’étais tout jeune. Pour le reste, c’est un très grand entraineur et sa carrière parle évidemment pour lui. ». En plus d’être frappé du sceau de l’actuel manager d’Arsenal, le parcours de Patrick Valéry sur le Rocher est également marqué par la chaleur des grandes soirées européennes : 33 rencontres de Coupe d’Europe disputées par le latéral dont la confrontation aller-retour en demi-finale de C2 contre la Sampdoria de Gênes en 1990 et la finale de la Coupe des Coupes en 1992. De superbes souvenirs pour Patrick Valéry, heureux d’avoir pu contribuer à écrire les plus belles pages de l’histoire de l’ASM : « J’ai eu la chance de jouer à une grande époque de l'AS Monaco avec de superbes saisons, des aventures européennes mémorables surtout en 1992.  Si la finale de la Coupe des Coupes me laisse quelques regrets, je préfère retenir le magnifique parcours accompli. Cela reste mon plus grand souvenir en Principauté ».

En effet, après avoir solidement éliminé l’AS Roma en 1/4 de finale (0-0, 1-0) sur un but de Rui Barros, les joueurs monégasques parviennent à se qualifier grâce à la règle du but à l’extérieur face aux Néerlandais du Feyenoord Rotterdam (1-1, 2-2) après avoir concédé le nul au stade Louis II, une superbe volée de Patrick Valéry à l'entrée de la surface de réparation permettant aux asémistes de rester dans le match. Dès lors, l’équipe princière emmenée par George Weah et Ramón Diaz apparaît favorite en finale contre le Werder Brême. Seulement, la veille de la rencontre l’impensable drame de Furiani plonge la France dans l’effroi : lors de la rencontre Bastia-Marseille en demi-finale de Coupe de France, l’effondrement d’une tribune cause 18 morts et plus de 2 000 blessés. Les joueurs monégasques découvrent l’horreur devant la télévision de l’hôtel, à Lisbonne où doit se disputer la finale de la Coupe des Coupes. Malgré la tentative des dirigeants de l’ASM de reporter la rencontre, celle-ci est maintenue par les instances de l’UEFA et se solde par une défaite 2 à 0, dans l’indifférence générale compte tenu de ce contexte dramatique. Patrick Valéry se souvient de ce moment difficile : « C'est clair que cette catastrophe nous a un peu sorti du match. Même si on avait essayé de nous protéger sur le moment, c’est difficile de penser au football face à un tel drame. Avant le match, on avait nos familles au téléphone… ».  Les hommes du Rocher sont doublement affectés par cette catastrophe car la finale de la Coupe de France 1992, pour laquelle ils s’étaient qualifiés ne se disputa pas, une première dans l'histoire de la compétition.

De cette époque monégasque, Patrick Valéry garde tout de même beaucoup de bons souvenirs. En plus des grandes soirées européennes, le latéral a été marqué par les joueurs avec lesquels il a pu évoluer sur le Rocher : « J’ai joué aux côtés de beaucoup de grands joueurs à Monaco. Je retiens particulièrement la gagne extraordinaire de Claude Puel et de Marcel Dib, ils avaient toujours envie de gagner, toujours, même à l’entraînement, et ils savaient te transmettre ça sur un terrain ». L’actuel technicien de l’OGC Nice, joueur de champ le plus capé de l'histoire de l'ASM, a particulièrement marqué Valéry : « Claude Puel était impressionnant, c’était le gars qui ne partait jamais titulaire en début de saison, et en fin de compte, à l’arrivée c’était celui qui avait disputé le plus de matches ! Il ne s’arrêtait jamais de bosser, vraiment le joueur idéal pour un entraîneur ».

Histoires insulaires

L’histoire de Patrick Valéry avec l’île de Beauté ne commence pas en 1996, date de sa signature à Bastia, mais 2 ans plus tôt, à l’occasion de la première réception de l’ASM depuis la remontée du club insulaire en 1ère Division. La rencontre, anodine en apparence, va prendre une tournure totalement surréaliste suite à des faits de match. A la fin de la première mi-temps, l’ASM mène 2 buts à 0 grâce à Thuram et Djorkaeff, mais cet avantage est entaché de décisions litigieuses de la part de l’arbitre de la rencontre M. De Pandis. Les Bastiais contestent en effet la validité du premier but asémiste et se voient refuser dans la foulée un pénalty et un but pour hors-jeu. Il n’en fallait pas plus pour faire exploser la fournaise qu’est le stade Furiani, complètement survolté ce soir-là. D’un côté, quelques dizaines de supporters insulaires envahissent le terrain, de l’autre les joueurs corses vindicatifs poursuivent l’arbitre, totalement dépassé par les événements, rejoignant les vestiaires dans une accélération que n’aurait pas renié Anthony Martial. Si les costauds monégasques tels que Di Meco et Puel n’hésitent pas à se mettre en travers du chemin des Bastiais, il en résulte une fracture du nez pour l’ancien défenseur de l’OM, infligée par le milieu insulaire Laurent Moracchini. Le corps arbitral interrompt alors le match et les joueurs de la Principauté se réfugient pendant 20 minutes aux vestiaires. Le calme revenu sur la pelouse, les joueurs reprennent la rencontre dans des dispositions bien différentes. Si les Bastiais sont survoltés par un Furiani chauffé blanc, les Monégasques perdent totalement leurs moyens et le fil du match. Les Corses parviendront à égaliser et pousseront même pour tenter de remporter la partie, sous l’impulsion de leur jeune entraineur Frédéric Antonetti, 33 ans. Patrick Valéry, titulaire dans la défense de l’ASM, se souvient : « On est arrivés dans une ambiance complètement électrique à Furiani. Suite à des faits de jeu, l’arbitre perd le contrôle du match et après l’interruption, ce n’était vraiment pas évident à gérer comme contexte ». La rencontre se soldera par un match nul, mais les instances du football français décideront de la défaite sur tapis vert du Sporting (2-0).

La saison suivante, en 1995, la belle page de Patrick Valéry sur le Rocher se tourne, après 242 rencontres disputées sous le maillot princier. Doublé par Patrick Blondeau dans la hiérarchie des arrières droit monégasques, le natif de Brignole joue moins et quitte la Principauté. Après un bref passage à Toulouse, il pose ses valises en terres corses afin d’écrire une nouvelle histoire. « Mon père est d’origine Corse. Cela faisait plusieurs fois qu’on me parlait d’aller jouer là-bas. C'était le bon moment ». Au-delà de ce retour aux racines, c’est la ferveur corse qui attire Patrick Valéry sur l’île de Beauté : « Pour l’avoir connu en tant qu’adversaire, je voulais connaitre l’ambiance de Furiani en tant que joueur du Sporting. C’est un stade qui te pousse à te dépasser. C’est un peu plus difficile de jouer à Louis II parce qu’il faut aller chercher la motivation seul. A Bastia il y a plus de chaleur, de ferveur, ils sont tous derrière leur équipe. J’ai beaucoup apprécié l’ambiance de Furiani ». Entre 1996 et 2001, Patrick Valéry joue plus de 10 matches pour le SC Bastia, adopté par un public qui l’apprécie pour son engagement total sur le terrain – 19 cartons jaunes récoltés lors de sa première saison insulaire. Il évolue aux côtés de Cyril Rool et Franck Jurietti, autres défenseurs durs sur l’homme, et contribue à faire du Furiani une véritable forteresse, où les autres équipes de Ligue 1 craignent de se déplacer. En 1999/2000 par exemple, en ne remportant aucune victoire à l'extérieur, le SCB parvient à se classer au 10ème rang du championnat, grâce à un superbe parcours à domicile. L’ancien latéral monégasque se rappelle avec plaisir de ses saisons dans l’équipe du Sporting : «  J’ai passé de superbes années, avec un groupe extraordinaire. Humainement et sportivement, c’était top. En plus, ma famille s’est très bien intégrée sur l’île. Après ma carrière, on a donc voulu rester en Corse. J’ai bossé au centre de formation de Bastia et j’ai toujours ma maison là-bas d’ailleurs, et ma famille y habite ». Entraîneur d'une équipe de DH dans le Jura, le FC Champagnole, après avoir été l'adjoint de Samuel Michel à Amiens, Valéry revient souvent sur l'Ile de Beauté, auprès de sa famille.

« L'ASM a beaucoup changé »

Quand l’on évoque la rencontre entre les deux équipes de sa carrière, Patrick Valéry hésite avant de nous donner son sentiment : « Pour ce match, mon cœur penchera un peu plus du côté de Bastia, parce qu’ils sont plus en difficulté en championnat. J’espère vraiment que le Sporting va se sauver à la fin de la saison. D’un autre côté, je pense que l’ASM finira sur le podium sans trop de problèmes ». Si le Corse d’origine et d’adoption soutient le SCB, il garde tout de même un œil attentif sur le parcours du club de la Principauté : « Je suis toujours l’ASM, avec qui j’ai commencé ma carrière et vécu de grands moments, même si le club a beaucoup changé depuis mon époque. Ça m’a fait mal de les voir tomber en Ligue 2, surtout après avoir connu le club en haut de tableau. » Pour lui, la gouvernance du club princier a joué un rôle fondamental dans la dégringolade du club dans les années 2000 : « Je ne suis pas convaincu que les présidents successifs de l’ASM avaient la poigne comme le Docteur Campora pouvait l’avoir à l’époque ». Valéry est tout de même impressionné par le travail réalisé par le club depuis la remontée en Ligue 1, notamment par celui du technicien portugais de l’ASM « Jardim fait du bon boulot dans un contexte difficile : avec tous ces changements successifs à chaque mercato, c’est fort de réussir à être second derrière Paris, qui est intouchable. L’équipe me semble cohérente avec des jeunes encadrés par des joueurs expérimentés comme Subasic, Carvalho, Toulalan, Moutinho, qui jouent en plus à des postes-clé de l’équipe ». Patrick Valéry regardera sans nul doute cette rencontre avec grand intérêt, lui qui a marqué les deux clubs par son professionnalisme et sa détermination sans faille sur le terrain, que ce soit en Coupe d’Europe avec l’ASM ou à la lutte pour le maintien du côté de Bastia.

L'équipe de Planete-ASM remercie chaleureusement Patrick Valéry pour sa disponibilité et pour cet agréable échange réalisé... depuis la Corse !


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Monaco 2 - 0 Bastia
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