Laurent Viaud : « Profondément marqué par Wenger »

Anciens - Interview / 27/10/2015 - 16h00 / Par Rémi V.
  


Dans le cadre de la réception d’Angers dimanche au stade Louis-II, Planete-ASM vous propose une immersion dans un pan du passé de l’ASM grâce à un ancien joueur monégasque, aujourd’hui entraineur des U17 à Angers. Laurent Viaud est arrivé sur le Rocher en 1993 en provenance du SCO et a vécu des moments clés de l’histoire du club, jusqu’à son départ en 1997, auréolé du titre de champion de France. Au cours de ses quatre ans en Principauté, il a disputé 122 matches sous le maillot rouge & blanc et a notamment côtoyé Jean-Luc Ettori pour sa dernière saison de professionnel, disputé une demi-finale de Ligue des Champions contre le Milan de Baresi et Desailly, joué sous les ordres d’Arsène Wenger et assisté aux éclosions précoces de Thierry Henry et David Trézéguet.

Pour Planete-ASM, Laurent Viaud a accepté de revenir sur ces moments inoubliables. Détecteur de jeunes talents pour Liverpool sous Benitez, il nous offre également sa vision du projet monégasque, club qu’il suit toujours avec beaucoup d’attention. Entretien souvenir.

 

Laurent, en 1993, vous arrivez d'Angers, en D2, à l'ASM, place forte de D1. A quel niveau se situe la différence la plus marquante ?
Mon transfert d’Angers à Monaco, c’est un changement à tous les niveaux. Angers montait en D1 à l’époque après avoir fini premier de son groupe de D2. Je changeais complètement de monde, en terme d’organisation, d’infrastructures, en terme de prestige du club aussi. Monaco venait de finir troisième du championnat et allait jouer la Ligue des Champions du fait de l’histoire de Marseille*… Je changeais complètement de planète.

Quels sont vos souvenirs les plus marquants à Monaco ?
Le parcours en Ligue des Champions lors de ma première année, et le titre de Champion de France, en 1997. Les deux au même niveau.

La première année c’est la découverte de la Ligue 1 et de la Coupe d’Europe. Je m’étais blessé au pied et j’avais été opéré dès mon arrivée donc ce n’était pas idéal, surtout que j’arrivais de deuxième division.  Puis, je me suis remis, je me suis installé dans l’équipe progressivement et j’ai joué pendant les deux tiers de la saison. C’était vraiment sympa avec cette demi-finale de Ligue des Champions à Milan, où on perd 3-0 ,mais pour laquelle j’ai encore le sentiment qu’on a raté quelque chose. A 1-0, ils ont une expulsion. Et si on ne prend pas ce deuxième but sur un coup franc de 30 mètres, au début de la deuxième mi-temps, on aurait pu espérer mieux. En plus, à 2-0, je tire sur le poteau. Si on avait cru un peu plus en nos chances, je pense qu’on aurait pu les faire douter. Mais à l’époque, c’était le très grand Milan, derrière en finale, ils s’imposent 4-0 contre le Barça. On avait vendu chèrement notre peau, et ça reste un super souvenir.

Après, c’est aussi marquant de finir sur un titre de Champion de France. C’est le seul titre que j’ai dans ma carrière, c’est sûr qu’il compte.

Vous avez connu deux entraîneurs en Principauté, Wenger et Tigana. Lequel vous a le plus marqué ?
J'ai été profondément marqué par Wenger, déjà parce que c’est lui qui me fait confiance, qui va me chercher en deuxième division et qui me donne l’opportunité de jouer dans un club comme Monaco. Et puis, le charisme d’Arsène, le calme et la tranquillité qu’il pouvait transmettre à un joueur, c’était le top. Un très grand entraineur.

Et au niveau des joueurs? Pourriez-vous nous constituer l'équipe-type de votre passage à Monaco ?
Je choisis Fabien Barthez aux cages. J’ai hésité avec Jean-Luc Ettori pour sa trajectoire à l’ASM mais le niveau de Fabien était au-delà. A gauche de la défense, je mets Emmanuel Petit qui évoluait souvent à ce poste à l'époque. Dans l’axe : Franck Dumas et Lilian Thuram. Et à droite, Patrick Blondeau qui avait d’énormes qualités, et qui aurait pu faire une carrière encore plus grande que celle qu’il a menée.  

Ensuite, je fais un milieu en losange, qui était le schéma souvent utilisé à l'époque. En pointe basse, Claude Puel pour l'ensemble de sa carrière à l’ASM, l’exemplarité en tant que professionnel et tout ce qu’il a pu m’apporter à ce niveau-là. En plus, je jouais à côté de lui. Il m’a apporté énormément sur le plan tactique, sur le plan mental aussi, parce que c’était un vrai guerrier. A gauche, Enzo Scifo, un super joueur et un grand monsieur. En milieu droit, Ali Benarbia et je positionne Youri Djorkaeff en meneur de jeu.

Enfin, les deux pointes : Sonny Anderson et Jürgen Klinsmann, deux attaquants de très haut niveau.

C’est vraiment une belle équipe car en quatre ans, tu as l'occasion de croiser de nombreux joueurs. Je ne pouvais pas mettre Thierry Henry ou David Trézéguet, parce qu’ils débutaient à l’époque. Ce n’est pas facile de choisir, il y avait aussi des joueurs comme John Collins et Luc Sonor qui étaient vraiment des grands professionnels. Patrick Valéry aussi, un très bon joueur, attaché au club. J’ai également hésité avec Eric Di Meco, qui était un de mes meilleurs amis à Monaco et pour l’ensemble de sa carrière. Il a moins marqué l'ASM parce qu’il s’est blessé en arrivant et a un peu moins joué. Il y a tellement de bons joueurs….

L’ASM restera-t-elle comme un sommet dans votre carrière ?
Bien sûr, Monaco reste le sommet de ma carrière, incontestablement. Après, je suis parti à Rennes, mais pas celui d’aujourd’hui avec autant de moyens, puis en Espagne, où je n’ai pas joué dans des clubs qui luttaient pour l’Europe. Les meilleurs joueurs que j’ai côtoyés dans ma carrière, c’est à Monaco. Le seul titre, à Monaco aussi.

Etait-ce difficile de jouer dans l’ambiance particulière du stade Louis II ? L'ambiance peut-elle jouer sur les performances ?
Honnêtement, pour moi c’était tellement énorme d’aller jouer à Monaco que j’ai fait complétement abstraction de cet aspect-là. En même temps, quand je jouais à Angers, en haut de tableau de D2, on faisait entre 7000 et 9000 personnes, ce qui n’était pas non plus énorme. Le plus dur c’était pour les grands joueurs qui venaient jouer à Monaco, comme Enzo Scifo qui arrivait de l’Inter de Milan où le stade était souvent plein.

C’est sûr que de trouver une motivation quand tu n’es pas bien dans un match à la maison, c’était certainement plus compliqué. Jouer Sochaux en plein hiver, sans dénigrer un club comme Sochaux, ce n’était pas évident. Je me souviens même d’une rencontre où le Louis II avait fait 77 entrées payantes et le lendemain, le journal avait mis « recette non communiquée » dans la feuille de match. Mais, comme je l’ai souvent répété, cela ne peut pas être une excuse, car quand tu signes à Monaco, tu es conscient de ce contexte. D’un côté, à certains moments on peut se dire que ce n’est pas évident de se surpasser parce qu’il n’y a pas grand monde dans les tribunes mais je me rappelle que tous les matches importants, on les jouait devant une grosse affluence. On sait tous que ce n’est pas une ville très peuplée, et que le football n’est pas la première passion de la plupart des habitants de Monaco. Du coup, c’est difficile de remplir un stade de quasiment 20 000 places. C’est quelque chose de connu, et il faut trouver les motivations ailleurs. Cela ne nous a pas empêché d’être Champion de France à l’époque. Je ne pense pas que ce soit un frein à la performance. En 2004, il y a aussi l’épopée avec Deschamps où ils font une finale de Ligue des Champions, et en 1992, avant que j’arrive, le club avait déjà disputé une finale de Coupe d’Europe. Je ne crois pas que ce soit un frein aux ambitions du club qu’il y ait moins de spectateurs à Monaco.

Le contexte monégasque est-il particulier ? Est-ce différent de jouer pour une Principauté ?
En faisant partie du Championnat de France, on se sentait comme une ville de France. Mais c’est vrai qu’on ressentait cet aspect en Coupe d’Europe, car il y avait toujours le Prince qui passait nous dire un mot d’encouragement, au nom de son père , en son nom, au nom de tous les Monégasques aussi. En plus, deux ou trois fois, la veille de matches de Coupe d’Europe à domicile, le Prince est venu avec nous à l’entrainement. D’ailleurs, Arsène nous demandait de faire attention, pas de ne pas le blesser lui, mais que lui ne nous blesse pas parce que le Prince Albert est un compétiteur, il n’aimait pas perdre. Cela reste un très bon souvenir parce que c’est quelqu’un de très simple, très abordable.

Suivez-vous toujours les résultats de l’ASM ? Que pensez-vous de l’équipe cette saison ?
Je suis toujours les résultats de Monaco, comme pour mes anciens clubs, Rennes, Albacete, Laval notamment. Je pense que cette équipe peut encore finir sur le podium, l’effectif comporte beaucoup de joueurs de qualité. Mais quand une équipe est jeune et qu’elle prend un début de championnat difficile, ce n’est vraiment pas idéal pour la confiance. L’effectif cosmopolite n’est pas forcément un obstacle à leurs ambitions car des bons joueurs parviennent toujours à se comprendre sur le terrain. C’est une évolution que je n’ai pas connue ; à l’époque il n'y avait quasiment que des Français dans l’effectif. A Monaco, on sent aussi que l’entraineur est en train de chercher la solution, il n’y a pas encore un onze de départ précis qui se dessine. Il ne faudrait pas qu’il tarde trop à trouver son équipe type, parce que le temps perdu en début de championnat n'est pas forcément évident à rattraper ensuite.

Quel est votre sentiment sur le projet actuel de Monaco ?
On a tous vu qu’il y avait eu un changement de projet. La stratégie de départ qui était de faire venir des grands joueurs a changé. Les nouveaux propriétaires se basent un peu sur ce que fait Porto : investir entre 5 et 10 millions d’euros sur de jeunes promesses, en espérant les vendre 3 ou 4 fois plus quelques années plus tard. Au Portugal, cette stratégie permet à Porto de jouer le titre tous les ans, mais je ne suis pas sûr que cela soit le cas en France, qui est un championnat plus compétitif. J’ai croisé Campos à l’époque où j’étais recruteur, c’est une pointure dans son domaine. Ce qu’il a fait à Porto est une véritable référence, il a pris le risque d’investir plusieurs millions sur des jeunes à potentiel, ce que tout le monde n’est pas prêt à faire. Et il ne se trompe pas beaucoup.

Mais je pense que l’idéal pour Monaco serait de faire un mix des deux projets, pouvoir recruter un gros joueur par ligne pour encadrer ces jeunes sur qui ils fondent beaucoup d’espoir. Cela permettrait d’être très compétitif en France au moins.

En tant qu’entraîneur de jeunes, quels sont les risques liés à la jeunesse de l’effectif de Monaco ?
Ce qui manque aux jeunes footballeurs c’est surtout la gestion des moments difficiles, des moments de fatigue. Ils mettent beaucoup d’intensité dans leur jeu, font le pressing sans arrêt et à un moment, ça peut coincer. Dans ces moments, il faut mettre un peu plus de réflexion dans la manière de jouer et c’est ce que peut apporter un Toulalan, qui doit être capable de leur dire de calmer un peu le jeu dans les temps faibles, pour retrouver un deuxième souffle. Au niveau de la concentration sur 90 minutes, l’expérience est importante, et elle peut faire défaut dans des équipes très jeunes.

Avez-vous gardé des contacts avec des coéquipiers et des membres du club de l’époque ?
Depuis mon départ, j’ai un peu gardé contact avec Henri Biancheri, Jean Petit aussi. J’ai revu Jean-Luc Ettori qui est directeur sportif à Tours. J’ai de temps en temps Eric Di Meco et Sonny Anderson au téléphone. J’ai revu Jérôme Gnako aussi aux 90 ans d’Angers, on a un peu eu le même parcours, d’Angers à Monaco, mais pas au même moment.

Avant de nous quitter, auriez-vous un mot pour les supporters de Monaco ?
Continuez de supporter l’ASM ! Et je tiens à dire que quand Monaco était en deuxième division, on s’est aperçu que c’était un club qui manquait au panorama du football français. Quand ils ont des résultats en Coupe d’Europe, cela fait plaisir à tout le monde. Pour moi, Monaco est un club français à part entière, en dépit de ce qu'en disent certaines personnes que ça dérange.

* Championne de France 1992-1993, l'OM s'était rendue coupable d'une tentative de corruption sur des joueurs de Valenciennes dans le cadre de la 36ème journée de D1 entre les deux clubs. Son titre a été annulé et elle a été exclue des Coupes d'Europe pour la saison suivante. Dauphin de son rival marseillais, le PSG aurait dû prendre la place vacante en C1 mais s'était déjà qualifié en C2 après avoir rempotré la Coupe de France 1993. C'est donc finalement le 3ème, l'AS Monaco, qui gagna le droit de représenter la France en Coupe des Clubs Champions.

L'équipe de Planete-ASM remercie vivement Laurent Viaud pour sa disponibilité et pour la qualité de cet échange, qui nous a permis de nous remémorer un pan de la glorieuse histoire de l'AS Monaco.


 
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