Lettre d'un supporter optimiste

Supporters / 02/09/2015 - 15h06 / Par Rémi V.
  


Lundi, Planete-ASM publiait une tribune de Pierre Boyer, ex-responsable de l'antenne du CSM à Draguignan, qui disait son amertume et sa colère face à la gestion de l'AS Monaco par une direction qui semble plus attirée par les profits financiers que par les résultats sportifs. Force est de constater, cependant, que cette vision ne fait pas l'unanimité parmi les supporters de la diagonale. La lettre suivante, que nous a envoyée Rémi Valet, 27 ans et fan de l'ASM depuis son plus jeune âge, en atteste. Enthousiaste et optimiste, elle révèle surtout la diversité de points de vue que fait naître le projet monégasque, diversité qui existe aussi au sein même de l'équipe de rédaction de Planete-ASM. 

« Mardi 1er septembre. 7h. Jour de rentrée pour certains, mais pas pour moi, qui ai quitté le monde étudiant quelques années auparavant. 7h donc, le journal de France Inter. Le premier titre évoque la nouvelle de cet incroyable transfert et le journaliste se livre à une tentative de justification de la valeur du joueur.

Puis le RER, un œil posé sur le siège. Le rouge et blanc sur le journal attire mon regard, une manchette en Une du 20 Minutes : « Martial, transfert record ». Arrivée à destination et petit passage traditionnel par le kiosque, encore du rouge et blanc, dominant la Une de l’Equipe : « Plus cher que Zidane ». On l’aperçoit également sur un bandeau en Une du Parisien-Aujourd’hui en France. Sans parler de la presse britannique (Sun, Mirror, Daily Mail etc).

L’annonce du transfert d’Anthony Martial à Manchester United pour 80 M€ a dépassé le monde du football et a intégré les flux d’informations généralistes. C’est l’effervescence.

La déception de la perte sportive passée, je ressens une profonde fierté : mon club de toujours, sous les feux de la rampe, impliqué dans un transfert défrayant la chronique, réalisant une plus-value dantesque grâce à une vente unanimement qualifiée d’incroyable affaire pour Monaco. Une fierté comparable à celle, ressentie un an auparavant, lorsque James Rodriguez éclaboussait la Coupe du Monde brésilienne de son talent avant d’être vendu au grand Real Madrid pour un montant record en Ligue 1, accompagné du très sélectif statut de galactique.

A l’échelle, plus confidentielle, des amateurs de football, on notera que Kondogbia est en tête de gondole du recrutement d’un Inter de Milan ambitieux sous l’impulsion d’un milliardaire indonésien. Ou encore que Carrasco a été choisi par Diego Simeone pour succéder à Arda Turan. Jardim a annoncé en interview vouloir récupérer les maillots de ces joueurs, par fierté d’avoir contribué à leur carrière. Pourquoi ne pas partager cette vision enthousiaste ?

Est-ce là un manque d’ambition ? Oui et non. C’est évident que notre équipe serait bien plus compétitive si elle était en mesure d’aligner cette saison James, Falcao, Kurzawa et autre Abdennour. Et à ce titre, les supporters crient leur indignation et abreuvent les forums Internet de leur colère. Une pétition pour le remboursement des abonnements l’année dernière ou la lettre d’un supporter désabusé cette année. Ils s’insurgent contre l’exode massif de nos joueurs et blâment les dirigeants à ce sujet, brandissant la menace d’un désintérêt pour leur club favori, devenu le symbole du diabolique football business.

A ce sujet, je souhaiterais rappeler à ces supporters que, depuis l’arrêt Bosman en 1995, le club a toujours fonctionné ainsi. La vente de joueurs est indispensable pour combler le déficit de recettes, lié au contexte particulier de notre club favori. Champion de France en 1997 et demi-finaliste de la C3, l’ASM perd, dans l’intersaison suivante, son meilleur buteur Sonny Anderson, 27 buts en saison, qui signe au FC Barcelone, son pilier du milieu de terrain Emmanuel Petit, en partance vers Arsenal, accompagné de Gilles Grimandi, membre important de l’équipe. Patrick Blondeau, titulaire indiscutable en défense, cède également aux sirènes anglaises. Plus tard, saison 1999-2000, Monaco écrase le premier championnat du millénaire, avec un niveau de jeu très élevé. Le mercato suivant voit le président Campora céder Lamouchi (Parme), Sagnol (Bayern Munich), Barthez (Manchester United) et David Trezeguet (Juventus). Enfin, après l’inoubliable campagne de Ligue des Champions 2004, agrémentée d’une 3ème place en Ligue 1, le club cède Giuly à Barcelone, Prso aux Rangers et Rothen au PSG, et ne parvient à transformer les prêts de Morientes, Ibarra et E.Cissé, rouages indispensables du système de Deschamps.

Ces ventes font partie de l’ADN du club, qui a valorisé nombre de joueurs et propulsé la carrière de certains d’entre eux, souvent loin du Rocher. Quels supporters monégasques n’éprouvent pas de fierté devant les parcours de Thierry Henry, meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France et idole à Londres, de David Trezeguet, monument de la Juventus Turin, de Lilian Thuram, recordman de sélections en équipe nationale, de Patrice Evra, capitaine émérite à Old Trafford sous le règne de Ferguson, voire même de la réussite de la nouvelle carrière de coach, empreinte de succès, de Marcelo Gallardo ?

Vous demandez des joueurs loyaux, fidèles à la Diagonale, auxquelles nous pouvons nous attacher. Nous les avons. Pourquoi ne pas porter la même estime à Subasic, Raggi, Toulalan, Dirar qu’aux illustres Roma, Givet, Modesto ou Giuly ? Même Moutinho, esthète et architecte de l’équipe, entame sa troisième année sous notre maillot et a su se montrer digne de notre admiration. Le cœur existe, cette équipe en est pleine.

Enfin, vous considérez les limites qualitatives et quantitatives de l’effectif de cette saison, notamment en défense. Je ne peux qu’être d’accord sur ce point. Cependant, n’est-ce pas des insuffisances d’une équipe que naissent les opportunités pour de jeunes espoirs de se révéler ? Pour rappel, Kurzawa, Carrasco et Germain ont profité des difficultés de l’équipe en Ligue 2 pour apparaître au grand jour. Martial, lui-même, a profité de l’imbroglio Falcao et de la fatigue de Berbatov pour en arriver là où il est aujourd’hui. Souhaitons qu'Almamy Touré ou Raphaël Diarra suivent leurs traces !

Enfin, pour finir, vous reprochez aux dirigeants de sacrifier la compétitivité au profit. Cette opinion est justifiée et sans aucun doute valable, mais mérite d’être nuancée. Pour cela, je vous invite à regarder les résultats de la saison 2005/2006, aux lendemains de l’épopée 2004, jusqu’à la reprise du club par Rybolovlev. Obscures années, dont le meilleur cru restera une 8ème place et une finale de Coupe de France en 2009-2010. Aujourd’hui, on nous propose une intense lutte pour le podium chaque année, agrémentée de frissonnantes soirées européennes, dans un contexte où le titre en Ligue 1 semble inaccessible au commun des mortels. Nous jouons dans la même cour que les places fortes du football français que sont Lyon et Marseille, après être remonté du purgatoire seulement en 2013.

Non, je ne suis pas désabusé par cette ASM-là. Mon cœur de supporter bat plus fort que jamais. Et l’excitation procurée par la découverte des jeunes talents que sont Wallace, Adama Traoré, Rony Lopes ou Ivan Cavaleiro n’a d’égale que l’attachement et l’admiration des loyaux soldats que sont Subasic, Raggi, Toulalan ou Moutinho. Je remercie les dirigeants d’en être arrivés là, et regarde l’avenir avec confiance, espoir et envie. La ferveur intacte. Et contagieuse.

Daghe Munegu Per Tugiu ! »