Lettre d'un supporter désabusé

Supporters / 31/08/2015 - 20h56 / Par Norbert Siri
  


Pierre Boyer est un très ancien supporter de l'AS Monaco. Ex-responsable de l'antenne de Draguignan du CSM, abonné en tribune "Première", ce septuagénaire vif et alerte n'hésite pas à descendre à Monaco pour assister à chaque match de ses favoris. Aujourd'hui, il nous a envoyé une lettre pleine de désenchantement, qui mérite la citation :

« Je suis désabusé. Je vous ai exprimé en fin de match ASM-PSG ce que je ressentais.
Je ne crois pas que cet environnement business me permette longtemps encore de me passionner pour l'ASM.

Comment croire encore en une équipe qui cède progressivement ses meilleurs joueurs aux profit d'équipes adverses ?
Le supporter est pris en la circonstance pour un pantin. On lui demande d'encourager un joueur talentueux, qu'il va devoir siffler le lendemain.

Doit-on admettre, lorsque l'on est supporter, que non seulement notre équipe favorite aura un rôle quasi impossible pour rivaliser avec celle du PSG.  Mais qu'en plus, pour de l'argent, l'on va devoir accepter qu'elle s'appauvrisse  encore  et toujours techniquement,  pour renforcer son imposant concurrent...

Comment douter qu'une équipe en perpétuel mouvement de recomposition, perdant ses meilleurs éléments en cours de saison,  puisse rester performante et conserver une chance de succès, face à un concurrent qui, lui, huile ses automatismes depuis trois ans avec un même effectif ?

Je ne peux m'accommoder d'une telle mascarade. Je doute de pouvoir maintenir ma passion dans l'avenir.
Cette année sera probablement ma dernière au niveau des abonnements. Tant pis.

J'ai parlé de cela ce matin avec des collègues de Draguignan, supporters eux aussi de l'ASM.
Leur sentiment est empreint d'une immense tristesse. Nous ne les reverrons certainement plus l'année prochaine.

Si nous venons tous de si loin pour encourager régulièrement, fidèlement, Monaco, c'est qu'il y a un sentiment passionnel qui se dégage en nous pour cette équipe.

Mais, l'amour, la passion, ne peuvent perdurer que si une lueur d'espoir enveloppe ce qui nous unit.
Or cet espoir on est en train de nous le voler.

Si nous venons à Monaco, c'est bien pour nous extasier devant ce véritable art sportif qu'est le football, mais absolument pas pour admirer un portefeuille d'affaires d'un businessman, fusse-t-il  le plus surdoué qu'il soit... 

Que c'est triste Venise au temps des amours mortes... »