Joao Sacramento explique le scouting à l'AS Monaco

Club / 20/02/2015 - 10h50 / Par Cédric M.
  


Joao Sacramento a rejoint l'AS Monaco durant l'été 2014 en compagnie de Leonardo Jardim. Assistant de Miguel Moita, responsable de la vidéo, il est le scout en charge de l'analyse des adversaires de l'ASM. Le Portugais a précédemment travaillé pour l'équipe nationale du Pays de Galles et a tenu un rôle de consultant pour la sélection argentine au cours de la Coupe du Monde 2014. Joao a étudié les fondements du football et l'analyse de la performance au sein de l'University of South Wales et est actuellement en cours de validation d'un Master en sciences de la performance et du coaching, reconnu par la Licence A UEFA.

Interrogé par le site socceranywhere, le Lusitanien (à droite sur la photo, avec Moita) nous dévoile les secrets du processus de scouting qu'il développe à l'AS Monaco, et sa vision de la "philosophie de jeu" qu'une équipe doit construire. 

Lorsque vous décomposez la phase de possession d'un adversaire, que surveillez-vous en priorité ? Dans les matchs de jeunes, recherchez vous à la fois des qualités tactiques et techniques, ou privilégiez-vous un aspect plus que l'autre ?

Lorsque l'équipe est en possession du ballon, j'aime décomposer cette période en trois phases :

  • 1ère phase - Vitesse de construction - Ici, je tente de décrire la manière dont l'équipe ressort le ballon . Par exemple, quel est le joueur qu'on tente de trouver en priorité ? Comment gère t-elle les seconds ballons ? Pratique t-elle un jeu long ?
  • 2ème phase - Construction - via les ailes ou l'axe du terrain. Je décris si l'équipe à tendance à construire son jeu de préférence dans l'axe du jeu ou en utilisant les ailes. J'essaie d'identifier qui est le joueur qui crée le lien entre les blocs, si les latéraux prennent le couloir …
  • 3ème phase – Finition – J'essaie de décrire par quelle manière arrivent t-ils dans la zone de vérité. Y arrivent-ils en sautant les lignes ou à l'aide d'un jeu court ?

A propos de la deuxième partie de la question, c'est très compliqué de dire si l'aspect tactique l'emporte sur la technique et vice-versa. Le football s'analyse de manière globale dans la mesure où la tactique est dépendante du niveau technique, physique, et des variables psychologiques. Il est impossible de séparer un aspect et l'isoler des autres. Par exemple, une équipe peut comprendre les concepts tactiques mis en place par un coach, mais si les capacités techniques des joueurs est limitée la dimension tactique ne sera pas en mesure d'être appliquée avec efficacité en match. Cette idée peut aussi être reliée à l'aspect psychologique. Une équipe peut-être tactiquement très bien en place, mais si la psychologie du groupe est affectée par tel ou tel facteur, les dimensions technique et tactique seront de la même manière affectées au cours du match.

Et lorsque l'équipe n'est pas en possession du ballon. Comment analysez-vous l'organisation défensive ?

De la même manière, je décompose ces périodes en trois phases :

  • 1. Bloc haut – premièrement, j'essaie d'identifier le comportement de l'équipe lorsque l'adversaire tente de relancer de l'arrière. Je surveille où se positionne la première ligne de pressing et par conséquent s'ils laissent l'adversaire libre de relancer sans venir les chercher dans leur camp.
  • 2. Bloc médian – Il s'agit ici de voir si le bloc est compact ou détendu. Je surveille s'ils laissent de l'espace entre les lignes ou si cet espace se crée après des changements successifs de côté. Je prête aussi attention à la position de la dernière ligne afin de voir s'il existe des espaces à exploiter.
  • 3. Bloc bas – ici j'analyse le comportement de l'équipe dans le dernier tiers du terrain. Les ailiers offensifs se replient-ils pour apporter un soutien au latéral défensif ? Le milieu défensif se joint-il à la ligne défensive ? Comment réagissent-ils aux permutations ? Globalement j'essaie d'identifier et de décrire chacune des situations qui peuvent se présenter au cours d'un match.


Quel est l'importance de l'analyse des coups de pied arrêtés ? Que cherchez-vous à mettre en lumière et rapporter ?

Avec le démocratisation d'Internet et le grand nombre de matchs diffusés chaque jour, les professionnels du foot ont accès à de nombreux nouveaux outils afin de produire des analyses toujours plus approfondies. Une des conséquences a été une forte augmentation de la rigueur tactique. De nos jours, la plupart des équipes professionnelles savent appréhender les fondamentaux du jeu – et plus particulièrement les concepts défensifs. Les espaces sont plus durs à trouver et par conséquent il est devenu plus compliqué de trouver la faille chez un adversaire. C'est pourquoi l'analyse des coups de pieds arrêtés est devenue cruciale car ils représentent de réelles opportunités de buts.

Les coups de pieds arrêtés ont désormais une importance similaire a n'importe quel autre situation de match. L'analyse est difficile et demande du temps. Pour cette raison, un grand nombre d’entraîneur délègue cette tâche aux entraîneurs des gardiens. Généralement ce sont eux qui possède le plus de connaissances à propos de cette zone de jeu et sont par conséquent les plus à-même de prodiguer des conseils utiles. Ici à l'AS Monaco, l’entraîneur des gardiens produit la première analyse. Après cela, nous organisons une réunion dans la semaine où il nous informe de ses conclusions et nous nous chargeons ensuite de transmettre les informations aux joueurs.

A partir de quand un entraîneur débute une préparation spécifique en fonction de l'adversaire lors de la semaine d'entraînement ?

Normalement, un entraîneur de haut-niveau doit consacrer les deux premiers jours de la semaine à corriger les points négatifs qui ont surgi du dernier match, et les deux jours suivants à préparer le prochain match. La plupart du temps, nous avons tendance à débuter la préparation du prochain match au cours de la journée consacrée au travail physique. Nous mettons des exercices en place sur des zones de jeu élargies, et sur des plus longues périodes. C'est la session d'entraînement qui possède le plus de similitudes avec le match à venir, c'est pourquoi nous tentons de reproduire les scénario auxquels nous seront confrontés le jour du match. Selon moi, c'est la session la plus intense de la semaine – c'est le jour où le joueur est censé avoir complètement récupéré du dernier match (physiologiquement et psychologiquement la fatigue engendrée par le match prend 72 heurs à s'effacer). Les joueurs sont en condition pour assimiler les informations avec efficacité. C'est très important de s'assurer que vous avez toujours un jour ou deux après cette journée d'entraînement afin que les joueurs récupèrent en vue du match à venir. Lorsque nous avons deux rencontres à disputer dans la même semaine, la préparation est assurée à l'aide d'outils tels que des Powerpoints ou des vidéos car les joueurs sont en phase de récupération et on ne peut pas les faire travailler physiquement.

Si l'un des joueurs présent dans votre effectif a récemment joué pour l'adversaire à venir, essayez vous de recueillir des informations auprès de lui ou vous fiez vous uniquement à vos observations ?

C'est normal d'en discuter rapidement avec le joueur en question afin de compléter une analyse, mais c'est toujours notre propre analyse qui prédomine. Rafa Benitez a récemment fait une proposition intéressante afin que le mercato d'été soit clôturé avant le début de la saison (et des matchs) car selon lui il ne peut pas commencer à travailler correctement sur ses tactiques avant la fin du dernier jour du mercato dans le but d'éviter toute fuite provenant de joueurs rejoignant d'autres équipes.

Une équipe doit-elle en priorité s'attacher à neutraliser son adversaire ou tenter d'appliquer son propre style de jeu ?

Je considère que nous devons adapter notre système en fonction des caractéristiques de l'adversaire, mais sans pour autant perdre notre identité de jeu. Si l'adversaire propose une formation en forme de diamant et que nous jouons avec trois milieux défensifs, nous ne changerons pas notre tactique juste pour s'adapter à ce facteur. A la place, nous pouvons par exemple demander à nos ailiers de rentrer à l'intérieur ou à nos latéraux de jouer plus bas afin d'apporter un soutien aux milieux défensifs. Une autre solution serait de jouer avec une ligne défensive haute. Si l'adversaire nous laisse beaucoup d'espaces derrière ses défenseurs nous pouvons demander à nos ailiers d'exploiter cette faiblesse au lieu d'offrir des courses vers le centre du terrain pour créer une situation de supériorité au milieu. Voici quelques exemples de comment vous pouvez ajuster votre mentalité sans pour autant perdre votre identité de jeu.

Selon moi, nous devons garder notre philosophie de jeu car cela prend beaucoup de temps de mettre en place une identité de jeu – et l'entraîneur doit la construire de façon progressive, en partant de concepts simples qui se complexifieront au cours du temps. C'est par la répétition que les joueurs assimilent progressivement les concepts de jeu au cours de la saison.

En conclusion, je ne pense pas qu'un entraîneur doive changer son approche ou modifier sa structure tactique en fonction de l'adversaire. Lorsque les équipes modifient complètement leur approche pour gêner l'adversaire, elles ont tendance à rentrer très fort dans le match, mais finissent par faire des erreurs ou concéder des buts. Pourquoi cela arrive t-il ? La raison est liée à l'absence de repères liés à leur philosophie de jeu. Lorsque vous modifier une stratégie, la solution est efficace tant que la circulation sanguine au niveau du cerveau est efficace. Mais dès l'instant que la pression sanguine commence à chuter à cause de la fatigue accumulée, le cerveau ne réagit plus à la même intensité qu'en début de rencontre et les erreurs apparaissent naturellement.

Si vous jouez en accord avec votre philosophie de jeu, ce processus n’apparaît pas car les automatismes sont déjà présents dans votre cerveau en raison de la répétition systématique des mêmes préceptes de jeu. En conséquence votre corps sera toujours prêt à prendre des décisions sans pour autant être affecté par le niveau de fatigue.

Si vous étiez un entraîneur de jeunes et aviez une heure lors d'un tournoi où vous pourriez observer l'adversaire à venir, que regarderiez vous en priorité et comment optimiseriez vous le temps à votre disposition ?

Ce genre de situation où vous avez une heure pour observer une équipe arrive fréquemment chez les jeunes. Tout d'abord, il est essentiel de comprendre le contexte de votre situation. Êtes vous dans la compétition dans une optique de victoire, ou dans une optique de formation ? Selon moi, lorsque votre équipe est en compétition dans une optique de formation (centre de formation), le rôle de l'analyse de l'adversaire est moins importante que lorsque vous devez gagner. La chose la plus importante à ce stade de la formation du joueur est le développement de la philosophie de jeu déterminée par le club. L'attention que vous portez dans ce genre de situation doit se concentrer sur la façon dont votre équipe joue et non celle de votre adversaire. Je pense qu'à ce stade de la formation le recours aux outils d'analyse statistique de votre propre équipe prend plus de sens car en prenant compte de ces indicateurs cela va vous aider à améliorer efficacement les capacités collectives et individuelles de chaque joueur.

Lorsque vous assistez à un match au hasard sur votre temps libre, qu'est-ce qui naturellement attire votre attention ?

Avant tout, sur mon temps libre, je n'accorde pas le même degré d'attention que dans le cadre de mon activité professionnelle. Lorsque je regarde un match, j'essaie de m'amuser en ressentant l'émotion du sport. Observer un match dans le cadre d'une analyse est très éprouvant psychologiquement. Votre champ de vision doit couvrir les 22 joueurs et par conséquent vous ne devez pas être sensible à la dimension émotionnelle d'une partie comme pourrait le faire un spectateur lambda. De ce fait, lorsque je regarde un match sur mon temps libre j'aime regarder la façon dont sont organisées les deux équipes et comment elle s'opposent sur le terrain. Après quoi, j'essaie de voir par quels moyens chaque équipe tente de briser cette opposition. Enfin, je profite des aspects techniques du match – J'aime observer les qualités techniques des joueurs, les duels et l'élégance de jeu.

socceranywhere.com

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