Du talent et des armes

La reprise de volée / 26/09/2013 - 13h14 / Par R.Pierallini
  


Limités, fatigués, émoussés, au bord de la rupture après leur match à Paris ? Tu parles ! Les Monégasques ont fait taire hier soir les inquiétudes (certes légitimes) et les critiques (trop partisanes et pro-parisiennes). Ils ont su gérer ce match délicat de milieu de semaine avec une certaine sérénité. Ont validé le mini turn-over imposé par les circonstances avec succès. Ont gratifié leur public de belles actions collectives et d’une partition somme toute de qualité. Retour sur un match plaisant et non dénué d’enseignements. (photo: site officiel AS Monaco FC).

C’est avec grand plaisir que nous avons retrouvé notre bonne vieille tribune « Première » hier soir au Stade Louis II. La vision depuis le parcage « visiteurs » au Parc des Princes dimanche soir nous avait laissés un peu sur notre faim : trop éloignés du terrain, notre angle de vue obéré par les grillages de protection ne nous a pas permis de profiter suffisamment du spectacle même si, fort heureusement, la ferveur en compagnie du millier de supporters en rouge et blanc et le résultat final ne nous ont pas fait regretter le voyage. Mais avouons que quinze jours plus tôt, en tribune centrale Ganay à Marseille, pour esseulés que l’on fût au milieu de grossiers personnages vêtus de bleu et blanc, notre plaisir était tout autre. Passons.

Afin que nul ne doute

Mauvais présages ? Un petit crachin automnal s’invitait peu avant le coup d’envoi ; les supporters bastiais, augmentés d’une forte cohorte d’étudiants insulaires venus de Nice, donnaient généreusement de la voix ; Marseille et Paris étaient déjà sortis vainqueurs : rien qui puisse véhiculer un sentiment de confiance. Nous appréhendions ainsi avec un peu d’inquiétude le fait de voir notre équipe remaniée, toujours privée de Toulalan, bousculée par de fringants bastiais. Après trente minutes de jeu où les deux formations firent jeu égal avec de belles phases collectives, nos craintes initiales s’étaient quelque peu estompées : la défense tenait le choc, avec deux latéraux tenaces (Raggi et Kurzawa), deux papys centraux appliqués et efficaces (Abidal et Carvalho), notre gardien entre fébrilité et assurance étant égal à lui-même. Puis vint « le coup du R» : comme Rivière, comme rugissant. Sur une belle offrande de James Rodriguez, le voilà combatif à souhait pour garder la balle avant de la catapulter avec rage dans les filets de Landreau. Pas de salto cette fois-ci mais une gestuelle digne des préaux d’école maternelle. Sympa le Martiniquais. Et revanchard. Pour tout vous dire, nous l’apprécions de plus en plus. Son travail, sa patience, son abnégation sont récompensés. Il mérite notre estime. Et dire que d'aucuns doutaient encore de la complémentarité du duo Falcao-Rivière au sein d’un 4-4-2 ! 

En trois minutes l’affaire était pliée : le magicien Moutinho achevait sa belle partition avant la pause en délivrant une de ces passes ajustées dont il a le secret à Falcao qui ne se priva pas pour faire à nouveau trembler les filets adverses. Le public debout était aux anges nourrissant l’ambiance festive de ses applaudissements chaleureux.

A la pause, avec nos voisins, nous échangions sur les critiques des journalistes avec sarcasmes caustiques et mauvaise foi assumée, ravis que nos joueurs les ai faits un peu taire. Et oui messieurs, nous n’avons « que » deux joueurs capables de marquer. Votre problème, c’est qu’ils continuent les bougres ! Et oui messieurs, notre défense demeure la plus sûre malgré son hétérogénéité. Et oui messieurs, nos jeunes continuent de progresser aux côtés des vedettes. Et oui messieurs, Ranieri a pris cet éclectisme par le bon bout pour lui donner corps et âme. Armé et talentueux. Il faudra sans doute vous y faire. Promis, nous observerons avec tact et discrétion vos prochains revirements. Après tout, la pensée est un éternel cheminement n’est-ce pas ?

 

« Ohé, ohé ohé ohé, Falcaoooo, Falcaoooo… »

La seconde période était gérée de manière tranquille, Obbadi remplaçant à l’heure de jeu un Kondogbia perfectible, Ferreira-Carrasco suppléant poste pour poste un Ocampos imprécis. Sans la classe d’un Landreau superbe d’aisance, nos joueurs auraient pu corser le score à diverses reprises. Et comme dans le même temps Bastia ne fermait pas le jeu et se procurait aussi des occasions franches repoussées par Subasic, la partie était plaisante. On avait retrouvé avec émotion deux anciennes gloires monégasques passées chez l’adversaire d’un soir : Modesto et Squillaci. La sortie de ce dernier fut ponctuée d’une salve d’applaudissements nourris par l’ensemble de l’assistance : nous avons beaucoup aimé cette image d’un public intelligent et reconnaissant. Signe des temps, c’est avec une belle quiétude que nous avons vu défiler de beaux échanges, de beaux mouvements sous l’impulsion de maître Moutihno, compas précis et ajusté. Quelle classe !

A deux reprises au cours de la rencontre, le grand écran du stade nous a montré un Dmitry Rybolovlev debout, savourant en bon gestionnaire ses «retours sur investissement». Le remerciera-t-on assez pour cette intelligence de recrutement, pour avoir composé cette mosaïque qui transpire la solidarité, le talent et l’aisance ? A voir Falcao finir en beauté à la dernière minute en inscrivant son septième but en sept matches, nous nous sommes dits qu’il devait savourer de voir ses placements fructifier ainsi.

Nous nous attendions à entendre « Et un, et deux, et trois-zéro » scandé par la foule. Elle préféra entonner le tout nouveau « Ohé, ohé ohé ohé… Falcaoooo, Falcaooo ». Le nouveau tube automnal est tout trouvé. Il nous plairait assez qu’il agrémentât la campagne champenoise dimanche prochain.

Daghe Munegu

Robert Pierallini


 
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