Radamel Falcao, le Tigre aux pieds d'or

Joueurs / 02/06/2013 - 23h07 / Par Cédric L.
  


Le rêve de Dmitry Rybolovlev est devenu celui des supporters monégasques et la réalité d'un club qui fait son retour en fanfare sous le feu des projecteurs. Contre 60M d'euros et un contrat en or massif, Radamel Falcao a signé pour les cinq prochaines saisons à l’AS Monaco, seulement fraîchement promue en Ligue 1. Avec cette arrivée acadabrantesque, le monde du football a les yeux focalisés sur le club de la Principauté, empli d'admiration, d'émerveillement, d'envie et d'une pointe de jalousie aussi. Car l’ASM n’a pas seulement fait signer le meilleur attaquant du monde, elle a aussi démontré qu’elle était dorénavant l’un des clubs les plus ambitieux et attractifs du football européen. Pour les prochaines années, le rugissement du Tigre retentira dans l’enceinte du stade Louis II, nouveau terrain de chasse d’un des plus grands prédateurs au sang froid de la planète.

La naissance du Tigre

Un sourire ravageur, des cheveux longs, lisses et soyeux, le teint hâlé, Radamel Falcao a tout du gendre idéal. Et pourtant, derrière cette allure de mannequin, de surfeur californien, se cache l’un des plus redoutables assassins au sang-froid,  sérial-buteurs sans pitié que le monde du football a pu connaître. Quelques chiffres pour cerner le personnage : 127 buts en championnat, 34 buts en Coupe d’Europe (C3+C1), deux Europa League gagnées (2011 et 2012), deux fois meilleur buteur de la C3 (2011 et 2012), deux championnats remportés (River Plate 2008, Porto 2011) et 16 buts en sélection. A 27 ans.

Mais avant de devenir le féroce "El Tigre", Radamel Falcao a d’abord été un jeune tigreau qui commençait déjà à marquer l’histoire de son pays, débutant sa carrière avec le club de Lancaros Boyaca, en deuxième division colombienne, à l’âge de 13 ans et 112 jours : un record de précocité pour un joueur colombien. Une carrière qui débutait sous les meilleurs auspices pour ce fils d’un ancien défenseur au parcours professionnel somme toute assez modeste. Mais pourtant, cet ancien footballeur tapis dans l’ombre va faire de sa jeune progéniture le diamant polie qu’on connait aujourd’hui. Plusieurs fois par semaine, il l’emmène seul sur les terrains de football arides ainsi que sur la plage toute proche de son village natal répéter ses gammes à l’infinie : tir du gauche, tir du droit, en force ou en finesse, jeu de tête, tout y passe. Tant de travail acharné qui fait aujourd’hui la force et le gagne-pain de l’attaquant colombien. Perfectionniste à l’extrême avec son rejeton, Radamel Garcia lui inculque aussi une mentalité de vainqueur, une grinta à toute épreuve. Depuis sa plus tendre enfance, le jeune Falcao boit les paroles de son père qui ne cesse de lui répéter cette phrase qui résonne aujourd’hui comme la clef de voûte de sa réussite : «Il y a le premier et puis il y a les autres. N’oublie jamais que derrière le premier, les autres, ce sont tous des perdants.» L'adage est bien enregistré.

A l’âge de 15 ans, il quitte son pays et intègre le centre de formation du club argentin de River Plate, l'usine délocalisée des recruteurs du vieux continent, qui a déjà fourni Lucas Ocampos à la Principauté l'an dernier. Pendant plusieurs saisons avec les équipes de jeunes, il enchaîne les buts comme les perles et forme un duo d’attaque redoutable en compagnie de Gonzalo Higuain, devenu par la suite son rival au Real Madrid. Trois saisons plus tard, il effectue son premier match de Primera Argentina (première division argentine) avec son club formateur en inscrivant un doublé. Les débuts de Falcao sont si fracassants que sa série de septs buts en autant de rencontre est stoppée nette par une rupture des ligaments croisés du genou droit qui l’éloigne des terrains pendant 10 mois. Une véritable traversée de la Pampa. Seul, loin de sa famille et de ses amis, loin aussi de sa patrie d’origine, le jeune attaquant broie du noir. C’est alors avec Dieu que Falcao trouve le réconfort et la force nécessaire pour surmonter cette blessure et continuer à aller de l’avant. « Si je n’ai pas laissé tomber, si je me suis accroché comme jamais, c’est grâce à Dieu, explique-t-il. Je lui dois ma carrière. Depuis ce moment-là, c’est la foi qui me guide. Je prie avant chaque match, je lis la Bible et je parle tous les jours avec Dieu.» En plus de lui avoir donné sa femme qu'il a rencontré dans une église, la religion lui a aussi prodigué une hygiène de vie angélique. Il ne boit jamais d’alcool, ne se couche pas après 23h et prie tous les jours Dieu. Le secret du succès ?

Après sa blessure, Falcao réintègre le onze de départ de l’équipe de la capitale argentine lors de la saison 2007/2008. Lors d’un match épique de Copa Sudamericana contre Botafogo, il inscrit un triplé et qualifie River d’un coup de tête venu du bout du monde à la 91ème minute. Devenu le buteur providentiel du club, le Colombien inscrit également son premier but dans le Superclassico. Contre Boca Juniors, River l’emporte 2-0 et Falcao devient un héros aux yeux des supporters. Malgré les buts à la pelle, l’attaquant colombien résiste aux chants des sirènes des clubs européens. La Corogne est toute proche de rafler la mise mais le club argentin repousse les 8 millions d’euros déposés sur la table par son homologue espagnol. Pendant ce temps, Falcao finit la saison avec le titre de champion et le statut de meilleur buteur du club toutes compétitions confondues. La saison suivante, avec 16 buts en 38 matchs, le club ne peut retenir le jeune prodige, aux grands désarrois des supporters qui en avaient fait le chouchou de l’Estadio Munumental, le temple de River Plate.

Une bête de compétition

En 2009/2010, Falcao prend son envol vers l'Europe et débarque au FC Porto, terre d’accueil des jeunes pépites sud-américaines. Sa première saison en Europe n’est que la continuité de son périple argentin. Avec 25 buts marqués en 28 matchs joués avec le club portugais, il finit deuxième meilleur buteur du championnat et glane deux nouveaux trophées (Coupe du Portugal et Supercoupe du Portugal). L’année suivante, il remet le couvert et devient le recordman des buteurs en Europa League avec 16 buts en 14 matchs, et ramène au passage le trophée à Porto. On en oublierait presque le quadruplé de Porto cette saison 2010-11: Coupe d'Europe, Championnat et Coupes nationales. Malgré une clause libératoire fixée à 45 millions d’euros, le prolifique attaquant colombien plait aux plus grands européens. Et à la surprise générale, c’est vers l’Atlético Madrid que se dirige El Tigre lors du mercato estival, contre 40 millions d’euros plus 7 millions en bonus divers.

En Galice, au sein de la seconde équipe de la capitale espagnole, tout un peuple porte en l’attaquant colombien bien des espoirs. Là-bas, il a la très lourde tâche de succéder à Sergio Aguëro parti à Manchester City durant l’été. Le défi à relever est difficile, car l’Atletico Madrid a toujours eu ces dernières saisons à la pointe de son attaque un joueur de classe mondiale (Torres, Forlan, Agüero) et le public du club espagnol est aussi fidèle qu’exigeant. Toutefois, là encore, Falcao ne déçoit pas et finit par faire les beaux jours des Colchoneros comme il fut ceux des Dragons avant. Avec 24 buts en championnats mais surtout une seconde Europa League au compteur, il conquiert rapidement les cœurs des plus vaillants supporters madrilènes. A la fin de l’été 2012, il permet à l’Atletico d’étriller 4-1 le Chelsea de Fernando Torres en réalisant un triplé au stade Louis II qu'il foule pour la première fois lors de la Supercoupe d’Europe, devant les yeux ébahis de Dmitry Rybolovlev. L’histoire dira que c’est lors de cette rencontre que le président russe de l’AS Monaco décida d'attirer l'inarrêtable buteur sur le Rocher.

Cette soif de titre, cette attirance vers les cages adverses, El Tigre en a fait son leitmotiv. Habile des deux pieds (il est un gaucher d’origine), réputé pour avoir l’un des meilleurs jeux de tête du monde du football (près de 40 buts marqués de la tête sur ses 127 marqués à ce jour en championnat) Falcao impressionne, même au sein de son équipe.« Le matin, vous le voyez, il est décontracté, très avenant, très gentil, témoigne l’un de ses coéquipiers au sein de l'Atletico Madrid dans le journal El Pais. Au déjeuner, déjà, il commence à se mettre dans sa bulle. Sur le chemin pour aller au stade, Falcao se transforme, son regard n’est plus le même. Et lorsqu’il sort du vestiaire, toujours en dernier, là, tu ne le reconnais plus. Le contraste est saisissant. Il ne pense plus qu’au match et qu’au but. Il devient un animal de compétition. »

Cet animal qui sommeile en lui, ce Tigre capable de sauter sur sa proie à n’importe quel moment est devenue sa marque de fabrique mais aussi un surnom donné en son honneur dès ses premières classes en Argentine. En plus d’empiler les buts, il collectionne aussi les éloges de ses pairs. Pour son équipier en équipe nationale de Colombie et aussi futur partenaire en club sous le maillot à la Diagonale, James Rodriguez, il « est un crack, un joueur extraordinaire. Pour moi, c'est sûrement le meilleur numéro 9 du monde. Un vrai renard des surfaces, qui sait tout faire et qui sent le but comme personne. Je suis très content pour lui car il a beaucoup travaillé pour en arriver là. C'est une chance pour nous d'avoir un crack mondial comme lui.» « Falcao n’a rien à envier à personne, renchérit Diego Simeone, son ancien entraîneur à l’Atlético Madrid. Depuis deux saisons, il a remporté deux Europa Ligue avec deux équipes différentes, a terminé à chaque fois comme le goleador de la compétition et a inscrit un triplé contre Chelsea lors de la Supercoupe d’Europe. Il est aujourd’hui l’un des trois meilleurs joueurs du monde. » Lui même ironise à son sujet : « Pour moi, l’attaquant parfait  aurait le pied gauche de Messi, le droit de Cristiano Ronaldo et le jeu de tête de…. et pourquoi pas le mien ? Je ne suis pas maladroit de la tête, non? (rires) » Monaco ne demande qu'à voir.

Avec ce transfert hors normes, l’AS Monaco frappe un grand coup médiatique sur le marché des transferts. En arrachant le meilleur attaquant du monde au nez et à la barbe des plus grands clubs européens, Dmitry Rybolovlev montre à quel point son club est devenu le plus attractif et surtout le plus ambitieux au monde. A Monaco, Falcao n'aura pour sa première saison pas de coupe d'Europe à jouer, ni un public aussi réputé que ceux de River Plate, Porto ou Madrid. En signant dans un club dont l'objectif à court terme est seulement la qualification en Ligue des Champion et quelques trophée à éventuellement rafler au passage, il a créé la surprise générale en faisant taire ceux qui l'envoyaient vers les plus prestigieuses écuries européennes à la conquête de la Ligue des Champions. Mais plus le challenge est grand, plus la victoire est belle. C'est sans doute le facteur qui a pesé dans son choix. L'argent ? l'AS Monaco a su se montrer convaincante et n'aurait pu sans un salaire proportionnel au rang du joueur enroler un tel talent. Cet investissement, qui rompt avec la politique récente du club depuis plusieurs saisons désastreuses, peut certes donner l'image d'un club qui gravit les échelons plus vite qu'il ne le mérite. Mais la Ligue 1 a ouvert son capital à l'étranger et pour détrôner Paris, les néo-stars monégasques ne seront pas trop nombreuses. Si le recrutement fait office d'exhibition, avec 130M d'euros dépensés en une semaine et deux transferts qui battent les records installés par le PSG made in qatar, il sert surtout à poser les bases d'une rivalité nouvelle, faite d'ambitions faramineuses. Dans cette course à la gloire, le championnat français devient un terrain de jeu nouveau que les meilleurs joueurs du monde veulent forcément conquérir. Falcao le premier. 


 
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