Thomas Buanec : « L'ASM jouit toujours d’une image particulière »

Interview / 13/06/2011 - 10h13 / Par Slim B.A.
  


Le mercato estival 2011 vient tout juste de débuter. Ainsi, Planete-ASM vous propose une entrevue avec Thomas Buanec, un agent sportif. Une interview globale, qui en apprendra un peu plus sur le métier d'agent de joueurs, somme toute assez méconnu du grand public dans ses détails. Ceux qui rêvent d'exercer ce métier pourront également apprendre les modalités à entreprendre. Enfin, l'agent livre son avis sur le mercato monégasque, lié à la Ligue 2 : comme beaucoup, il prône une ouverture vers la formation et il pense que certains joueurs dont l'apogée de leur carrière est passée mais qui restent motivés seraient d'un grand secours pour l'ASM version Ligue 2.

Bonjour Thomas, peux-tu te présenter pour les lecteurs de Planete-ASM ?
Bonjour, je m’appelle Thomas Buanec je suis agent sportif licencié par la Fédération Française de Football. Je suis un ancien sportif de haut niveau (international en Rink-Hockey). Après des études de droit et un Master 2 en Droit du Sport j’ai travaillé dans plusieurs cabinets d’avocats spécialisés dans le sport, j’ai aussi donné des cours à la Fac de droit. Très impliqué dans le football, je me suis lancé dans le métier d’agent de joueurs. Je suis d'ailleurs le fondateur de «l'Agence 442» (agence442.com).

Le métier d'agent est finalement assez méconnu : peux-tu nous le présenter en détail ?
Le métier d’agent consiste à conseiller les joueurs dans la gestion de leur carrière. C'est-à-dire trouver un club pour nos joueurs et négocier leur transfert et/ou renégocier leur contrat. Cela implique d’être en contact permanent avec les clubs et avec nos joueurs. Nous sommes donc des intermédiaires entre les joueurs et les clubs. Par ailleurs, il y a aussi de l'accompagnment juridique, patrimonial ou fiscal, une assistance au quotidien ou encore la gestion des partenariats et sponsorings.

Certains rêvent d'exercer ce métier : quelles sont les voies et les démarches à suivre ?
La première chose à savoir c’est qu’il est obligatoire d’obtenir la licence d’agent sportif délivrée par la Fédération Française de Football. Exercer sans ce diplôme est constitutif d’une infraction pénale puni par 2 ans de prison. L’examen est surtout juridique et composé de deux questionnaires de vingt questions, l’un sur le droit en général et l’autre sur la réglementation française et internationale du football (FIFA, FFF et LFP). Des acquis en droit sont donc un plus pour ingurgiter les kilos de réglementation générale et spécifique au football. Les deux épreuves se passent sous forme de QCM, ce qui donne une fausse image de facilité. Il faut vraiment bosser la préparation.

Le milieu est-il autant « fermé » et hostile qu'on nous le présente ?
Le milieu du foot est effectivement assez fermé et pas toujours de tout repos. C’est un milieu qui fait rêver beaucoup de monde, dans lequel circulent des sommes d’argent très importantes. Tout ça donne lieu à beaucoup de fantasmes et de spéculations autour des coulisses de ce sport. C’est pourquoi la connaissance de ce milieu, la place des réseaux et des contacts sont des aspects très importants.

N'est-il pas trop difficile d'exister dans l'ombre des « gros » du métier ?
Comme dans toute activité, le démarrage n’est jamais évident mais il n’est pas du tout impossible. Contrairement à ce que croient certains je pense qu’il y a du travail pour tout le monde. On ne commence pas en gérant Ribéry et Abidal mais avec des joueurs plus modestes qui permettent de développer son expérience et son réseau.

Comment justement se faire un nom dans ce milieu, quand on est peu connu ?
Il s’agit d’un milieu fermé, on l’a dit, où la réputation est donc essentielle. Je pense que si on travaille sérieusement et que les joueurs sont satisfaits, alors la réputation se construit et l’activité se développe. Avec le temps les clubs voient aussi que nous travaillons sérieusement et dans le respect de tous, ce qui les amènent à nous considérer avec plus d’importance.

A titre personnel, quels étaient et quels sont désormais tes réseaux ?
Cela fait de nombreuses années que j’évolue dans le milieu du football ce qui m'a permis de développer un certain nombre de connaissances dans les clubs, dans les centres de formation et évidemment auprès des joueurs. Je suis basé à Lille et la proximité avec la Belgique m’a conduit à élargir mon réseau et mon activité dans ce pays. Je m’occupe donc d’un certain nombre de joueurs évoluant dans le championnat belge.

Quel est l'approche d'un agent : aller vers les joueurs ou les demandes émanent plutôt de ces derniers ?
Il n’y a pas vraiment de règle. Le plus souvent c’est l’agent qui va vers le joueur mais à force de travail et quand un joueur est satisfait, il arrive très souvent qu’il nous recommande à un de ses coéquipiers ou ami et qu’il nous le présente.

Quelle est la recette pour être un bon agent ?
Je me garderai bien de donner un quelconque conseil à qui que se soit mais à mon avis la chose la plus importante c’est d’avoir un carnet d’adresses important dans le monde du football pas seulement au niveau des joueurs mais aussi au niveau des clubs ! Ensuite, il faut être très disponible pour ses joueurs, c’est un travail 7 jours sur 7. Il y a une dimension très humaine aussi dans ce métier par la relation qu’on développe avec le joueur au fil du temps. On est là dans les bons moments et dans les mauvais.

De combien de joueurs es-tu actuellement l'agent et quels sont tes objectifs pour l'avenir ?
A l’heure actuelle l’Agence 442 dont je suis le fondateur gère une grosse trentaine de joueurs. Au-delà du nombre il faut voir le niveau des joueurs. Nous gérons des joueurs très prometteurs dans les centres de formation ainsi que des joueurs qui vont du CFA à la Ligue des Champions, en France et à l’étranger.

Vers quel pays concentres-tu ton activité et au contraire lesquels as-tu négligés ?
Nous sommes très présents tout particulièrement en France, évidemment, et en Belgique. Pour ce qui est de l’étranger nous sommes présents, aux travers de différentes relations privilégiées avec des partenaires locaux, en Amérique du sud, en Asie, en Turquie, dans les pays du Golfe, etc. En revanche nous ne travaillons pas avec l’Afrique directement. Il s’agit d’un secteur particulier qui nécessite d’être présent sur place et sur lequel nous avons fait le choix de ne pas nous implanter afin de nous concentrer sur les autres zones.

Parlons de Monaco. Au vu de la saison délicate de l'AS Monaco, penses-tu que le club aura du mal à attirer des joueurs de renom afin de redorer son blason, ou au contraire, le club de la Principauté garde une certaine crédibilité en raison de son palmarès ?
A mon sens le club jouit toujours d’une image particulière. Les grandes heures de l’ASM ne sont pas si loin de nous. Ainsi, il semble toujours possible pour le club de jouer sur cette corde pour attirer des joueurs de qualité. Néanmoins, les très grosses pointures ne se recrutent pas avec un palmarès mais avec des moyens. De plus, avec la descente en Ligue 2 je crains qu’il ne soit difficile pour l’ASM de faire venir des grosses pointures qui accepteraient de jouer en Ligue 2. Ce qui semble en revanche possible c’est un recrutement de joueurs importants qui sont dans une phase plus proche de la fin de leur carrière et qui cherchent un bon défi sportif. Ils pourraient être terriblement efficaces dans cette situation comme a pu l’être Claudio Caçapa pour Evian Thonon Gaillard cette saison.

Au vu des moyens désormais limités de Monaco, pour toi quelle est la recette pour revenir sur le devant de la scène ?
A mon sens un club dans une telle situation doit se tourner vers son centre de formation et lancer les jeunes dont il dispose. Une chance pour l’ASM : les jeunes sont d’une très grande qualité !

Monaco est reconnu pour son centre de formation : est-ce que ta politique est de t'intéresser à des jeunes pour anticiper leur éclosion ?
Bien sûr, je pense qu’un agent peut contribuer à l’éducation du joueur en dehors du terrain et cela commence dans les centres de formation. Ainsi, je m’occupe de joueurs qui sont aspirants ou stagiaires dans les centres de formation français. Le but est de parier sur l’avenir car il faut savoir qu’il est interdit pour un agent de percevoir une commission sur un joueur mineur. On les aide et on les guide donc dans cet univers pas toujours évident des premiers contrats. Et parfois on les aide à trouver une autre issue quand ça ne sourit pas dans leur club.

Quels jeunes du centre de formation de l'ASM t'ont tapés dans l'oeil ?
J’apprécie beaucoup Yannick Ingange !

Tu nous confiais avoir suivi de près le cas M'Bokani : un mot sur sa situation et la meilleure solution pour l'ASM, au vu de son prix d'achat et sa saison quasi-blanche ?
Je ne suis pas son conseiller et ne me permettrai pas de lui dire ce qu’il doit faire. En revanche, le club pourrait le prêter à nouveau pour qu’il prenne du temps de jeu et donc de la valeur « marchande » afin de pouvoir le revendre et ne pas faire une trop grosse moins-value.

Quelles sont les tendances du marché 2011 ? Considérant la situation précaire de nombreux clubs, se dirige-t-on vers une chasse aux joueurs libres au détriment de la qualité en cette période de crise? Quid des salaires ? Ont-ils toujours tendance à augmenter ?
Il va à nouveau y avoir des gros transferts pour les gros joueurs cet été. Ces dossiers-là ne connaissent pas la crise. Néanmoins, la tendance est à la régulation du marché. Les salaires sont désormais moins hauts pour les joueurs moyens. Les joueurs libres sont intéressants pour les clubs tout comme les jeunes à qui il est très intéressant de faire signer leur premier contrat pro pour des sommes très basses. Malgré ce contexte économique assez tendu je pense que le marché va être actif et qu’il va y avoir beaucoup de mouvements. Néanmoins, les joueurs doivent prendre conscience de la réalité du marché et de la baisse des salaires au risque, et c’est là aussi la tendance du marché, de venir grossir les effectifs des joueurs au chômage.