Falcao, feuilleton d'un départ dans l'ombre

Transferts - Joueurs / 31/08/2014 - 19h18 / Par Maxime M.
  


Sur un fond de départ clairement dessiné, l'ASM s'est présentée sans Radamel Falcao face à Lille, à la dernière minute et à la grande surprise. Alors qu'il a démarré la saison qui devait être celle de la confirmation, et que les rumeurs l'envoyant ailleurs semblaient s'atténuer, l'approche du dénouement de ce mercato a changé la donne. Retour sur un transfert flamboyant, compliqué du début à la fin, pour comprendre ce qui peut pousser la star monégasque à quitter le Rocher.

Prologue d'un transfert incroyable

L'arrivée en fanfare

31 mai 2013 : Dans une salle pleine de ferveur et acclamant son sauveur et nouveau héros venu de Russie, D. Rybolovlev présente sa plus belle prise, Radamel Falcao. Acheté à prix d'or pour la Ligue 1 (on parle de 45M€ et bonus), il devient le symbole du nouveau projet rouge et blanc, la pierre angulaire d'un projet sportif au recrutement pharaonique. Plusieurs joueurs arrivent après lui pour former une ossature monégasque à l'attaque de la 2ème place de la Ligue 1, avec le PSG pour seul concurrent et son ambition pour seul adversaire. « Je m'inscris dans un projet à long terme avec Monaco », déclare-t-il en septembre.

La plongée dans l'oubli

Après des débuts prometteurs, Falcao enchaîne les premiers buts et conduit son équipe sur un podium de Ligue 1 qu'elle ne quittera plus. Mais un malaise est croissant. Le climat semble tendu avec son entraîneur, Claudio Ranieri, qui ne prône pas particulièrement un jeu ultra offensif et n'apporte pas les solutions suffisantes pour faire briller encore plus le Colombien. Celui-ci vit un coup de mou au travers de quelques affiches moroses de la Ligue 1. Pire, l'Italien l'appel à rejoindre le banc de touche à La Beaujoire, piquant indéniablement l'orgueil de la star. Le joueur broie du noir à Monaco : le manque d'ambiance au stade, l'absence de ferveur générale et à son égard, son retrait de la scène médiatique lié au contexte monégasque sont un ensemble de facteurs qui expliquent une mauvaise passe, comme le confiera plus tard le Vice-Président de l'ASM.

Puis viennent les blessures. Diplomatiques d'abord (?), après Nantes et quasiment jusqu'à la trêve. Critique ensuite, en Coupe de France, où son ligament croisé antérieur droit le laisse tomber sur l'effroyable terrain froid de Chasselay. C'est la fin avortée d'une saison délicate sur le plan personnel, de laquelle Monaco restera pour lui synonyme de son forfait à la Coupe du Monde, en dépit de gros efforts en rééducation. Tous lui souhaitent un prompt rétablissement et communiquent sur l'espoir de retour de ce grand champion, mais le n°9 est loin des terrains de football et s'éloigne de celui du Louis II.

Et pendant ce temps, James...

Cruauté à distance, Falcao voit son jeune partenaire de club et de sélection James Rodriguez, faire briller les siens au Brésil. Jusqu'à le voir lui voler son rêve de signer au Real Madrid. Si le jeune meneur n'était que le second feuilleton de l'été l'an passé sur le Rocher (avec Moutinho), Rodriguez bat des records cette fois-ci, transféré pour 80M€ plus bonus, comme le décrira sans relâche la presse espagnole. Falcao, quant à lui, se sent condamné à rester. Il fait néanmoins son retour attendu à Arsenal en amical, marque, renouvelle des débuts prometteurs quoique mitigés en Ligue 1, marque encore, mais jamais il ne semble réellement prêt à repartir sur une nouvelle saison en rouge et blanc. 

Epilogue d'un départ annoncé

La presse l'y voit déjà

Non contente de voir un nouveau galactique arriver de Monaco, la presse espagnole ne cesse de crier au transfert - comme ce fut déjà le cas l'hiver dernier - avant de s'épuiser. Ou presque. La lenteur de ce transfert soit disant tout proche perd peu à peu en crédibilité, sans jamais être démentie. Mais Madrid se voit bien évoluer avec la paire colombienne. Vadim met partiellement fin aux rumeurs : Monaco a déjà perdu Rodriguez, pas question de lâcher Falcao en plus. « Ca n'aurait aucun sens qu'il parte cet hiver ou l'été prochain », prononçait-il en novembre, poursuivant dernièrement : « Ce n'est pas en négociation et, vraiment, on compte sur lui. Je crois qu'il est heureux de revenir de blessure et de retrouver ses coéquipiers. » Pourtant, Falcao entame un tour d'Europe : Arsenal pour remplacer Giroud blessé, Di Marzio l'envoie à la Juve puis à Manchester City. En proie au doute dans un mercato géré à l'aveugle, l'ASM ne sait plus quoi penser. 

C'était écrit

La presse écrit l'histoire du Colombien chaque matin ailleurs, mais qu'en dit le contrat ? Jorge _Mendes, qui tient les ficelles du foot business, avait-il prévu ce transfert depuis longtemps ? On parlait au moment de son arrivée qu'il passe un an à Monaco avant d'aller directement au Real, ce afin de ne pas transférer directement un joueur majeur d'un Madrid à l'autre. Rumeur que Vasilyev avait démentie, mais pourtant crédible. Sauf qu'entre temps, Falcao s'est blessé bêtement. Alors _Mendes tenterait un plan B : le Real d'Ancelotti n'étant plus intéressé pour le moment malgré la vente de Di Maria, le Portugais enverrait sa star vers un autre club espagnol (City et la Juve ne seraient que des mouvements de négociation) : Valence. Son entraîneur déclarait selon L'Equipe : « On va prendre un attaquant et ce sera une bombe ». Son riche néo-propriétaire singapourien, Peter Lim, avait bien été aidé par _Mendes lors de la reprise du club. A moins que _Mendes ne fasse que répondre aux demandes du joueur, ou du club ?

Mais qui souhaite un départ ?

L'agent ? Les apparences semblent le prouver, à moins qu'il ne soit que le business-man répondant aux demandes entrantes. 

Le joueur ? Enlisement, déprime, rêve d'ailleurs, jusqu'à publier un tweet de départ, soit disant déclaré faux après suppression, alors qu'un de ses sponsors le félicitait juste avant pour sa signature à Madrid (erreur ou intox ?). Il disait pourtant pendant sa rééducation : « Mon désir est de disputer cette compétition avec Monaco. C'est entre les mains du président de recruter des joueurs qui connaissent l'exigence de la Champion's League. » Sa déception face au mercato muet du club pourrait expliquer son changement d'état d'esprit.

Le club ? Qui annonce vouloir le garder à l'aube de la saison (sans jamais définitivement éteindre les rumeurs de départ) ou qui ne pense qu'à le vendre, bien plus attentif à ses finances et aussi agacé, dit-on en interne, de son manque d'implication réelle (en dépit d'un cinéma joliment acté dans les dernières minutes du dernier Nantes-Monaco). Le ton entre Rybolovlev, sorti de son mutisme, et _Mendes serait récemment monté, sans savoir lequel défend vraiment la vente. L'absence du président en raison de différends personnels n'est pas pour rassurer sur la validité du projet dont Falcao était l'emblème.

Jusqu'au 2 septembre minuit pour enfin être libérés

Patienter jusqu'au 02/09 minuit. Pour vendre, c'est sûr. Ou au moins pour savoir. Car personne ne semble vraiment savoir ce qu'il en est, justement. Seule la direction sait, mais, elle, ne sait pas ce qu'elle veut vraiment. Un peu comme le joueur, sinon, ce dernier serait déjà vendu ou inscrit sur la feuille de match du pauvre L. Jardim et du reste du staff et des joueurs, qui luttent eux aussi dans l'attente, en témoignent les déclarations d'après match de Toulalan, Germain, Kurzawa ou Carvalho, pleines d'interrogration, de frustrations et de non-dits. C'est soit-dit-en-passant une belle marque de respect pour cette équipe, qui vit à l'échelon inférieur. Falcao ou la gestion à deux vitesses du petit prince et ses sous-fifres. Le respect envers les supporters, qui déboursent aveuglément dans le vent et attendent toujours qu'on leur explique, on n'en parle même pas. La cellule de communication semble partie en congés forcés ou du moins ne pas savoir sur quel pied danser. On déclare ainsi qu'on ne sait pas trop et on ne sait pas trop ce qu'on déclare. Un petit jeu qui ne trompe personne, pas même le Palais et le monde monégasque, qui gronde, dit-on, face aux promesses non remplies et à l'affaiblissement de l'équipe alors que de nouveaux challenges sportivement acquis se profilent. Sans évoquer les conséquences économiques de son départ : les opérations commerciales pour remplir le stade se réalisent en pédalant dans le vent.

Sur fond clairement politique et financier, l'ASM a mis au placard ses annonces fanfares. Le mutisme russe est devenu rigueur. Mais la cote de popularité de Falcao en prend également un coup. L'idée d'un départ alors que le staff a changé pour lui et que le club construit autour de lui, mêlé à son je t'aime moi non plus affiché, commence à déplaire. Quant à l'influence de _Mendes et ses sbires sur la gestion monégasque, elle est tolérée quand elle renforce, pas lorsqu'elle satisfait ses intérêts. On vivrait un genre de jeu de cluedo géant pour deviner qui est en train de tuer l'ASM, établissant toutes les pistes pour comprendre. Reste à savoir qui de _Mendes, Falcao et Rybolovlev sera le bon, la brute et le truand, à l'issue de ce mercato déchirant, sinon passionnant.


 
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