A Monaco, s’il est un sujet délicat depuis les cinq dernières saisons, c’est bien celui qui concerne les finances du club. Alors qu’en 2003 Didier Deschamps s’apprêtait à atteindre les sommets de l’Europe avec son équipe, J.L Campora approchait la sanction administrative la plus lourde : la rétrogradation pour motif de déficit et d’endettement. Aujourd’hui, le club sort de plusieurs saisons régénératrices. Avec ses nouveaux actionnaires, il a longtemps joué dans l’ombre de la cour des grands de France, sans pour autant laisser de côté sa convalescence financière, à tel point que la gestion du club par Marc Keller permet de voir l’ASM se hisser parmi les clubs excédentaires cette saison.
Depuis 5 ans, les dirigeants monégasques ont mis l’accent sur la réduction des coûts. Une méthode simple, le downsizing. Réduction d’effectif, révision des salaires à la baisse. L’objectif : retrouver au plus vite la santé financière. C’est par cette voie que M. Keller entend réussir son pari. Une gestion moderne, adaptée à la crise économique. Aussi déclare-t-il que « l’on est passé de 37 joueurs sous contrat à un peu plus d’une vingtaine. Et on a proposé des salaires plus bas, mais avec des bonus en cas de bons résultats sportifs. Des bonus qui peuvent aller de 20 à 40%. Les mentalités changent, donc les joueurs acceptent plus facilement ce type de deal. Ce qui permet de limiter la masse salariale. Mais c’est aussi une question de culture : quand j’étais joueur en Allemagne, mon salaire était garanti à 50%, et le reste en bonus. En Angleterre, 95% de mon salaire était garanti. A Monaco, on s’inspire du modèle allemand » (Monaco-Hebdo). La masse salariale, elle, est désormais allégée de 4M€, passant ainsi à 35M. L’excédent budgétaire revêt une autre cause. Si le chiffre d’affaire du club se hisse à 49M€, les dépenses atteignent les 62M€. Toutefois, le déficit est comblé par le montant du solde des transferts (9M) ainsi que par une clause de « résultats exceptionnels » inhérente au club. L’exercice final s’élève à +10 000€ dans le bilan comptable.
Autrement dit, Monaco échappe à la tendance des clubs de Ligue 1 et Ligue 2, dont 19 sont fortement déficitaires. Certes loin derrière le trio Lyon-Bordeaux-Marseille, dont les ventes de joueurs permettent des exercices en excédents, Monaco profite aussi de la case « vente de joueur » pour assurer sa santé financière. Le montant global des transferts en France a pourtant diminué la dernière saison de 23%, tandis que les gains de billetterie ont presque doublé, s’élevant à 250M. Sur le Rocher, le levier de la billetterie et du merchandising est faible. Celui des transferts répond difficilement, mais c’est par la restriction au recrutement que l’ASM a décidé de s’en sortir de justesse. Mais le problème risque de se compliquer. Avec des marges de manœuvre faibles, le club pourrait bien être confronté à une politisation de sa gestion financière handicapante.
Depuis deux saisons, des investisseurs monégasques, au premier rang desquels la Société des Bains de Mer, fournissent au club des actifs lui permettant de trouver des fonds. Chaque année, le Conseil national donne son avis au moment du vote du budget. Il s’agit notamment d’un droit de regard sur la redevance versée par la SBM à l’ASM. Cette contribution indirecte de l’Etat monégasque, qui prélève moins à la SBM pour que celle-ci reverse 7.2M par an au club, prend fin en 2011, date à laquelle le président Franzi, s’il est encore en poste à ce moment, devra s’attacher à terminer son budget - estimé à 50M€ - autrement. Si ce dernier pense que jusqu’à cette date « l’ASM ne devrait connaître aucun problème financier », il n’en va pas de même de l’avenir du club princier. Déjà obligé d’en venir aux transferts, comme la plupart des clubs de L1 depuis la crise économique, pour boucler son budget, voilà qu’il se voit priver de sa source principale de financement. Le tout ponctué d’une dette courante de 27M€.
En revanche, l’ASM bénéficie toujours d’un avantage fiscal qui va être accru à partir du 30 juin prochain. A cette date, la suppression du DIC, droit à l’image collective, prendra effet. Cette loi permettait aux clubs français une exonération des charges sociales allant jusqu’à 30% du salaire brut. Les finances publiques françaises ayant décidé d’arrêter ce financement, les clubs de Ligue 1 et Ligue 2, excepté Monaco, verront rouge. En Principauté, la fiscalité monégasque opère autrement. Pour rappel, le principal avantage d’une société anonyme qui repose sur le droit commun monégasque est que les joueurs étrangers résidants sur le Rocher ne sont pas imposables. L’ASM peut donc, au moment des négociations, proposer un salaire brut équivalant à celui transmis par un club concurrent, en étant certain de proposer par là même une somme nette supérieure, et attrayante pour le joueur. Dernièrement, c’est le président girondin J.L. Triaud qui avait dénoncé, comme J.M. Aulas avant lui, cette anomalie de la Ligue 1. A Monaco-Hebdo, L. Nouvion, élu de l’opposition monégasque (Rassemblement et Enjeu), présent aux réunions du Conseil National, répond : « Dans le monde du football, il y a des instances. Or, ces instances reconnaissent que Monaco est gérée normalement, c’est le principal. Mais si M. Aulas faisait le compte de ce que laisse Monaco à la France y compris au niveau du football, il s’apercevrait la France est débitrice envers nous, pas l’inverse » (Monaco-Hebdo). Et de finir en invoquant un exemple certes simple, mais vrai : « Notamment, grâce au centre de formation, qui a sorti d’excellents joueurs qui ont été d’ailleurs sélectionnés en équipe de France. » (Monaco-Hebdo)
Quoiqu’il en soit, l’ASM se dote d’une arme propre à son statut juridique. Mais le problème financier risque d’endommager les ambitions monégasques, déjà revues à la baisse ces dernières saisons. La traduction sur le plan du recrutement est immédiate. Si l’ASM, cette saison encore, va se séparer des éléments insatisfaisants, dont par exemple les joueurs Simic, Müller ou Leko, écartés du groupe toute la saison, elle ne pourra guère recruter plus qu’en vendant à une somme au-delà de la somme nécessaire à boucler son budget. Aussi par exemple devra-t-elle vendre deux joueurs pour en recruter un, ou encore se contenter de prêts comme il fut le cas cette saison pour Puygrenier et Maazou.
Toutefois, un évènement pourrait changer la donne. Les budgets des clubs reposent en grande partie sur les droits télévisuels. Pour le budget du club princier, il ne faut pas compter plus bas que la 8ème place, schéma encore possible cette saison selon les prochains résultats, l’ASM étant en concurrence avec Rennes et Lorient pour grimper au classement. D’autre part, les résultats en Coupe de France pourraient booster financièrement le budget, surtout en cas de victoire samedi 1er mai prochain au Stade de France. Une solution qui permettrait au club d’opérer un recrutement plus large ainsi que moins soumis aux erreurs (par exemple, une erreur de recrutement aura une conséquence salariale autant que sportive).
Mais une chose est sûre, le meilleur moyen de retrouver les sommets reste le classement. Une troisième place, en plus des droits TV, offre la fameuse prime de participation à la Ligue des Champions, à hauteur de 10M€. Un cercle qui, lorsque le club le quitte, se paie cher, à l’image de Monaco depuis 2006. Le point de départ se ferait peut-être avec une saison européenne l’an prochain. Sinon, il faudrait une nouvelle source de revenu pour multiplier les dépenses de transferts et la gestion sportive.


10 commentaires
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Dommage kon lai perdu cette finale mai on rev1dra lannee prochaine
belle article....... il nous faut cette victoire au stade de france
Rien a dire c'est clair nette et précis donc en gros faut espérer gagner la coupe de France pour espérer un avenir meilleur daghe munegu !!!!
merci pr larticle c clair en plus =)
Clair, net, précis, merci Maxime =)
Daghe Munegu
Super article. C'est vrai que les finances de monaco, c'est un peu (beaucoup) tabou.
Mais là, tout est clair et très bien expliqué. Encore merci pour ces infos.
Très instructif. Merci Maxime :)
Article très bien rédigé. Maintenant on sait à quel point en est l'ASM.
Espérons que Monaco puisse remporter la COUPE DE FRANCE!
ALLEZ MONACO!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Super article !!
vraiment très intéressant comme article !!!sa change des conneries qu'on peut lire un peu partout du style "Govou a mangé une glace aujourd'hui" lol
bref sa permet surtout de savoir ou on en est de cce côté là, qui est tout simplement la base de nos ambitions :)
merci a toi maxime ^^