Club / 05/03/2009 - 16h49 / Julien D.

Vers une nouvelle présidence princière

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Un communiqué lapidaire pour une annonce lourde de sens. Le 27 février 2009, le site Internet de l’AS Monaco rend compte de la décision de Jérôme de Bontin, dix mois après son arrivée en tant que président de l’AS Monaco, de quitter ses fonctions. Officiellement, la décision est dictée par des "obligations familiales", précise laconiquement le communiqué.

En coulisse, le changement prochain d’actionnaires à la tête du club oblige à pousser la réflexion. Lors du prochain Conseil d’Administration prévu au mois de mars 2009, Jérôme de Bontin officialisera son départ en même temps qu’il annoncera le nouvel actionnariat du club.

MFI (Monaco Football Investissement), société monégasque créée autour de Michel Pastor en 2003 pour éviter la banqueroute de l’ASM, est l’actionnaire majoritaire du club depuis 2004. Au lendemain de la défaite contre Porto en finale de la ligue des champions, Michel Pastor est devenu président du club délégant son pouvoir de gestion à Gérard Brianti, nommé vice-Président. Incompétence, manque d’imagination, absence de passion, la nouvelle équipe dirigeante a refilé un sérieux coup de sinistrose aux amoureux de l’ASM, qui après avoir vécu les vertiges d’une finale de la Ligue des Champions vivent dans la douleur le déclin sourd et brutal de leur club.

Monaco face au déclin

Depuis 2004, l’histoire du club de la principauté ressemble à une descente aux enfers. L’inculture footballistique et le manque de discernement de la nouvelle équipe dirigeante ont été à l’origine d’une orientation hasardeuse du club, faite d’incompréhensions avec les différents entraîneurs et d’un affaiblissement continu de l’effectif. Ainsi, l’AS Monaco vit sans Europe, l’AS Monaco vit loin de Lyon et de sa course aux records, l’AS Monaco vit sans trophée dans le ventre mou d’un championnat toujours aussi morne, au rythme de deux entraîneurs par saisons, d’une restructuration permanente de son organigramme, et des départs sans cesse continue de ses meilleurs joueurs. L’AS Monaco vit de plus en plus proche de la zone de relégation. Monaco gère l’ordinaire d’un grand club en mal de son glorieux passé, d’un grand club en quête d’un hypothétique renouveau.

Entre en scène alors Jérôme de Bontin. En avril 2008, Monaco 15ème du championnat est alors à quelques points de la relégation et vient d’essuyer une série de défaite en championnat. Le Prince Albert II ne cache plus sa volonté de changement. A l’issue d’une humiliation 6-0 à domicile contre Bordeaux, Michel Pastor et Gérard Brianti démissionnent de leurs fonctions exécutives. Nommé président, Jérôme de Bontin a pour principale mission de trouver un repreneur pour succéder à MFI. Il a alors le profil idéal : impliqué dans le développement du football aux Etats-Unis, l’homme est un financier, ami du Prince à l’Université et administrateur de l’ASM depuis 2002.

De Bontin quitte son strapontin

Sportivement, l’homme d’affaires franco-américain évolue sur du sable. Les finances sont au point mort et l’effectif est moribond, fruit pourri d’une gestion récente éreintante. Pas de miracle, le recrutement 2008 est aléatoire et sans relief. Le club de la principauté continue alors de végéter dans les eaux basses d’un championnat dont il n’a plus été maître depuis l’an 2000. Sur fond de crise mondiale, la course aux investisseurs devient une véritable gageure. L’AS Monaco ne fait plus recettes et les perspectives de développement pour un club en manque de popularité sont difficiles à dessiner. Plus raide encore, le Palais princier pose ses conditions. Attaché à l’identité monégasque, le Prince semble peu enclin à perdre son influence dans la conduite des affaires du club. Jérôme de Bontin n’en fait d’ailleurs pas mystère : « si on avait voulu vendre l’ASM comme Chelsea ou Manchester City, ce serait déjà fait. Mais il y a une volonté marquée de laisser une empreinte monégasque et de ne pas abandonner le club. Alors on a cherché des partenaires minoritaires mais on a été confrontés à un environnement financier défavorable. »

Exit donc les investisseurs américains. Ce sont principalement des investisseurs monégasques, rassemblés autour de la Société des bains de mer, qui ont été sollicités en haut lieu pour pérenniser le club. Nouveau nom de code : MSP pour Monaco Sports Partners. Après MFI, l’histoire semble bégayer… "Il y aura dans l’actionnariat une présence monégasque majoritaire. La décision ne m’appartient pas", avouait De Bontin en janvier. Signe de la mainmise du Palais sur ce dossier qui ne souhaite pas perdre les rênes d’une des vitrines les mieux exportables de la principauté. Une vitrine devenue bien terne qui ne retrouvera pas son éclat d’antan avec Jérôme de Bontin. L’annonce brutale de son départ est d’autant plus surprenante qu’il affirmait vouloir investir au sein de MSP ses deniers propres et ainsi asseoir sa légitimité à la présidence du club. La réalité monégasque l’a rattrapé le coinçant entre la volonté de contrôle du Prince et celle de la Société des Bains de Mer, principal investisseur de MSP. A la question d’un journaliste de l’Equipe, De Bontin répondit sans détour : « Je n’ai pas fait d’erreurs sauf celle, peut-être, d’avoir mal mesuré la spécificité monégasque. Ici, il faut tenir compte du conseil national, du gouvernement, du cabinet du Prince, des entités importantes pour Monaco avec qui j’ai dû apprendre à vivre. »

La main pesante du Palais

Sans provocation, ni démesure, mais de manière bien réelle, Jérôme de Bontin pointe ici le poids qui va peser sur les épaules de son successeur et qui risque une fois de plus de lester l’avenir de l’AS Monaco. Problème de gouvernance ? Le mot est à la mode et l’ASM est un beau mannequin. En cinq ans, 2 changements d’actionnaires, 4 présidents, une dizaine de cadre-directeurs, 6 entraîneurs, une centaine de transferts se sont succédés, superposés et opposés. Soit le plus grand fiasco sportif et financier de l’histoire moderne de l’ASM. Sous le regard impénétrable du Prince qui voit se jouer au pied de son rocher cette tragi-comédie sur fond de ciel bleu… et les prétendants à la mise en scène sont légions : Houdrouge, Franzi, Aubéri, Brianti, Pastor (le neveu de Michel) et même Campora se seraient tous positionnés pour succéder à De Bontin. On prend les mêmes et on recommence ? Premier élément de réponse lors du Conseil d’Administration de mars avec l’intronisation de MSP dans le capital de club. D’ici là, MSP va devoir faire évoluer son propre capital puisque De Bontin et les investisseurs qui le suivaient vont se retirer.

La course au pouvoir et à la présidence ne fait que commencer… mais l’on sait d’ores et déjà que le Palais gardera son pouvoir d’ingérence dans la gestion du club. Or cette prérogative princière rentre en contradiction avec l’obligation de trouver des investisseurs aux reins suffisamment solides pour permettre à l’ASM de revenir parmi les meilleures formations européennes. Nul investisseur ne peut se voir priver de sa légitime liberté d’action face au risque financier qu’il supporte seul. Crise existentielle pour l’ASM qui est loin de connaître la fin de l'Histoire : MFI et MSP ne sont finalement que des solutions temporaires de survie qui ont l'avantage pour le Palais de réaffirmer son influence sur la destinée de l’AS Monaco.

 

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