Djibril Sidibé : « J'étais dans mon univers »

Joueurs / 03/02/2018 - 11h11 / Par Maxence G.
  


Personnage discret dans la vie, compensant sur le terrain par une activité impressionnante, Djibril Sidibé est parvenu à rapidement trouver son équilibre sur le Rocher. Débarqué en provenance de Lille durant l'été 2016, l'international Français (14 sélections) représente désormais un gage de fiabilité sur lequel son entraîneur peut s'appuyer au quotidien. Au sortir de performances remarquées, face à Marseille notamment, le défenseur latéral s'est entretenu avec le journaliste de L'Équipe, Régis Testelin, afin de se remémorer son parcours et évoquer la figure familiale qui l'aura grandement influencé. Extraits.

Né à Troyes, dans l'Aube, Djibril Sidibé a grandi au sein d'un environnement culturel métissé où l'influence métropolitaine s'est mariée à un héritage traditionnel malien dont sa famille est d'origine. Cette richesse en termes de perspectives aura contribué à son ouverture d'esprit, tout en lui inculquant des valeurs axées sur les relations humaines et le sens du partage. L'influence de son père, allant dans ce sens, a également énormément contribué à façonner le jeune garçon : « Déjà, j'étais le chouchou de mon père, il m'emmenait partout. J'assistais à toutes les réunions où ils parlaient du Mali, des associations d'aide, de l'importance d'envoyer de l'argent, du riz... [...] On n'est pas de Bamako, mais d'un petit village à douze heures de là, Dramané, c'est la brousse. On se cotise tous les mois pour subvenir aux besoins des gens. » Couvé durant sa jeunesse, une époque qu'il qualifie de « magnifique », le joueur formé à l'ESTAC en garde naturellement un excellent souvenir : « J'étais dans mon univers, l'école, le ballon et, le week-end, les immenses fêtes de famille avec deux ou trois cents personnes dans un gymnase. » Mais ce sont donc surtout les présences masculines de son père et de son oncle qui lui auront le plus été bénéfiques dans son évolution humaine, le rendant humble : « Mon père m'a toujours inculqué les bonnes valeurs et montré le droit chemin. Il me répète tous les jours d'être au service des gens. […] C’est mon exemple. Il a toujours fait de l'école sa priorité. Les gens lui répétaient : "Ton fils, il est très bon au foot". Mais, pour lui, l'important, c'était la bonne conduite et l'école. [...] Lui, il m'a appris à aller vers son prochain, chercher ses qualités pour profiter de lui, aborder les choses avec amour et douceur. »

Également proche de Dieu au travers de sa croyance, les mots du latéral monégasque tranchent frontalement avec le récent témoignage d'un ancien asémiste, Emmanuel Adebayor, qui expliquait lors d’un entretien avec Olivier Dacourt (Reportage "Ma part d'ombre", Canal+), que sa famille influait négativement sur le déroulement de sa vie. Un reportage qui n'est pas passé inaperçu dans l'esprit de l'ancien Lillois : « Cela m'a touché mais pas surpris, ce n'est pas la première fois que j'entends ce genre d'histoire. L'argent perturbe les gens quand ils ont connu la misère. Ils entendent parler de grosses sommes et s'imaginent plein de choses. » Un exemple de plus démontrant l'importance de l'entourage des joueurs de haut niveau qui, lancés du jour au lendemain sur le devant de la scène, peuvent se retrouver dans des situations complexes. Le latéral droit de l'Équipe de France, épargné par ce genre d'aléa perturbant, a choisi de remercier à sa manière la ville qui l'aura fait grandir : « L'idée était d'investir dans ma ville natale, soit dans l'immobilier soit dans un projet qui se développe. Il y a une académie dans le S3 (le complexe sportif dont il est propriétaire, ndlr), avec plus de cent gamins. Je voudrais que certains puissent vivre ce que j'ai vécu : partir en voyage pour jouer au foot entre copains, avec le sandwich et les frites, c'était magnifique. » Surnommé "Tonton" par Kylian Mbappé pour ses « attitudes de vieux », Djibril Sidibé aura parfaitement capitalisé sur son environnement culturel riche et la manière dont il a conclu cet entretien résume parfaitement la mentalité de l'homme de 25 ans : « Aujourd'hui, jouer en Équipe de France, c'est aussi une façon de représenter le Mali. »

L'Équipe

 
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