Djibril Sidibé, ode à la polyvalence

Joueurs / 17/07/2016 - 15h31 / Par Ervan C.
  


Après d'intenses semaines de tractations, Djibril Sidibé est finalement devenu la 4ème recrue du mercato monégasque. Auteur d'une saison pleine sous les couleurs du LOSC, le défenseur polyvalent faisait partie des réservistes prêts à intégrer en renfort le groupe France au cours de l'Euro 2016. Ardemment désiré en Angleterre, Sidibé a finalement choisi de rejoindre Monaco, où il devrait être la première option à droite de l'arrière-garde.

Une lente éclosion

Djibril Sidibé naît le 29 juillet 1992 à Troyes, préfecture de l'Aube. il prend sa première licence à l'ESTAC à 8 ans, et progresse régulièrement jusqu'à intégrer le centre de formation, à 15 ans. « Comme il a reçu une bonne éducation, il avait des règles de base qui lui ont permis de progresser très vite. Milieu de terrain au début, il est passé en défense centrale vers 17 ans puis latéral avec la CFA », comme l'explique Claude Robin - alors coach de la réserve troyenne - dans un entretien avec La Voix du Nord en 2012. Aux yeux de Robin, Sidibé a tous les élements pour réussir : « Djibril a clairement le potentiel pour le haut niveau, il sait se transcender dans les moments difficiles. Il a déjà prouvé qu'il savait se remettre en question et retourner une situation ». Ce potentiel, Farès Bouzid - alors directeur du centre de formation de l'ESTAC - l'a rapidement décelé, comme il le révèle, lui aussi à La Voix du Nord : « Dès la pré-formation, il bossait beaucoup, répétait ses gammes. Il avait un bagage technique simple mais complet, et une culture de l'entraînement. [...] Il était facile à entraîner, car déterminé et doté d'un potentiel athlétique au-dessus de la moyenne ainsi que d'un charisme vis-à-vis de ses partenaires en raison de son engagement sur le terrain [...]. On ne l'entendait pas fanfaronner, mais on sentait que les autres l'écoutaient les rares fois où il prenait la parole ».

Fort logiquement, Jean-Marc Furlan offre sa chance à Djibril Sidibé en équipe première. Agé d'à peine 17 ans, ce dernier connaît son baptème du feu avec l'équipe une à l'occasion du 5ème tour de Coupe de France et d'une victoire 4-0 à Sézanne, le 18 octobre 2009. Evoluant avec la réserve pour le restant de la saison, il est rappelé dans le groupe pro à l'occasion de la réception de l'AS Moulins, en National, le 19 mars 2010. Promu en Ligue 2, l'ESTAC compte dans ses rangs un certain Eric Marester, titulaire inamovible à droite de la défense et suppléé avec efficacité par Julien Faussurier et Florian Jarjat. Malgré la signature de son premier contrat professionnel en février 2011, le jeune défenseur ne prend part qu'à 6 rencontres de championnat, et est surtout utilisé côté gauche au cours d'une saison qui voit les Troyens se maintenir difficilement dans l'antichambre de l'élite.

C'est en 2011/2012 qu'il va exploser, profitant du transfert de Marester vers l'AS Monaco pour prétendre à une place de titulaire. Un défi relevé avec brio : très convaincant sur le flanc droit, Sidibé satisfait son entraîneur quand il doit dépanner dans l'axe, et valide une année à 39 titularisations. En prime, une tendance à se sublimer lors des rencontres importantes, notamment un Sedan - Troyes, disputé en février 2012 qui verra Djibril Sidibé offrir la victoire à sa formation (2-1). En parallèle de son éclosion troyenne, Sidibé découvre les sélections nationales de jeunes, Philippe Bergeroo lui offrant une première cape le 10 novembre 2011 en Equipe de France U20. L'aventure se poursuit jusqu'au Tournoi de Toulon, où les Bleuets de Sidibé, Germain et Makengo sont éliminés aux portes de la finale par la Turquie (0-1). De quoi attiser les convoitises ? Après un seul exercice dans la peau d'un titulaire, la Ligue 1 tape à la porte de l'ESTAC. L'Olympique Lyonnais et le Lille OSC sont intéressés par le profil du Franco-Malien, en particulier leurs entraîneurs respectifs, Rémi Garde et Rudi Garcia. Le premier cité a tout essayé pour rafler la mise, allant jusqu'à appeler son agent après minuit la veille de son transfert à Lille. C'est bien sur le club nordiste que s'est porté le choix de Djibril Sidibé, désireux de ne pas se brûler les ailes. C'est ainsi qu'il quitte pour la première fois son club formateur à 19 ans, signant chez les Dogues pour 2,5M€ et un contrat de 5 ans. Dans son Aube natale, il laissera un agréable souvenir : « A l'image de Blaise Matuidi, c'est un vrai porte-drapeau de notre formation, on est fiers de lui. » déclare alors Claude Robin.

Promotion interne 

Au domaine de Luchin, on attend de Sidibé qu'il soit, à terme, le successeur de Mathieu Debuchy, qui ne cache pas ses envies de départ à ses dirigeants. Confronté à des attentes qu'il sait élevées, le désormais ex-troyen garde les pieds sur terre : « Cela peut aller très vite dans mon sens. J’ai eu les dirigeants, nous avons discuté. Tout le monde connaît la situation de Mathieu. Moi, j’essaye de faire abstraction de tout ça, j’ai 19 ans, je suis encore dans une phase de découverte. Je vais avoir un coach qui donne leur chance aux jeunes et qui les amène au top niveau. Je vais essayer de faire mon petit trou, de gratter des matchs. Je suis ambitieux, je suis sûr de mes qualités mais on verra ce que l’avenir me réservera. [...] Je sais que la barre est haute mais c'est un challenge pour moi. [...] Passer de Troyes à Lille, c’est une autre dimension. Au niveau des infrastructures, avec ce nouveau stade, mais aussi les conditions d’entraînement. » assure-t-il dans une interview donnée au 10Sport.

Dès ses premiers pas sous la tunique liloise, Djibril Sidibé impressionne. Calé entre deux rencontres de tour préliminaire de Ligue des Champions, le déplacement à Nice (2-2) dans le cadre de la 3ème journée de Ligue 1 oblige Rudi Garcia à faire tourner son effectif. Aligné en défense centrale aux côtés de David Rozehnal, la jeune recrue fait étalage de sa mobilité et de sa puissance physique tout au long de la partie, se permettant même d'ouvrir son compteur buts, grâce à un exploit individuel dans la surface adverse. Son premier but en Ligue des Champions intervient quelques semaines plus tard, le 20 novembre 2012. Dores-et-déjà éliminé, le LOSC s'avance avec une équipe bis pour défier le BATE Borisov à Minsk. Positionné latéral droit, Sidibé propose une activité incessante et se retrouve souvent aux avant-postes. Dès le quart d'heure de jeu, il tente une frappe à 20 mètres qui finit sa course dans la lucarne opposée. Splendide. Au mercato hivernal, le départ annoncé de Mathieu Debuchy est acté, l'International Français s'envole vers Newcastle. Pourtant, les dirigeants loscistes ne recrutent pas à son poste, laissant un boulevard à Djibril Sidibé pour s'imposer. Hélas, la réalité ne sera pas conforme à cette hypothèse : barré par le tandem Chedjou - Basa dans l'axe, l'Aubois peine à se frayer une place à droite, où Béria et Laurent Bonnart donnent satisfaction. A gauche, Digne est vu comme un titulaire indiscutable. Le binational clot son premier exercice dans l'élite avec 20 matches toutes compétitions confondues, et 3 buts inscrits.

De 2013 à 2015, sous l'égide de René Girard, Sidibé progresse lentement mais sûrement. S'il délaisse définitivement l'axe de la défense, il dépanne aussi bien à droite qu'à gauche mais ne parvient pas à s'emparer d'une place de titulaire dans l'esprit de son coach, celui-ci préférant faire confiance à Franck Béria à droite, et à la révélation Pape Souaré sur l'autre aile. Ce dernier quittant le club pour rallier Crystal Palace en janvier, Djibril Sidibé est propulsé titulaire sur le flanc gauche, et réalise une deuxième partie de saison correcte au sein d'un collectif timoré. Ces deux années peuvent paraître frustrantes vu de l'extérieur, mais elles sont fondatrices pour le Franco-Malien, qui a continué à travailler d'arrache-pied et à apprendre de ses coéquipiers. On retiendra tout de même le but qu'il a marqué le 3 mai 2015, celui qui a permis à son équipe de prendre le score face au rival lensois et de l'envoyer en Ligue 2 (victoire finale 3-1).

C'est en 2015/2016 que Sidibé est révélé au grand public. Le nouvel entraîneur de Lille Hervé Renard fait de lui un membre à part entière de l'équipe de départ. Bien que droitier, c'est sur le flanc gauche qu'il devra briller, et s'affirmer comme le pendant idéal de Sébastien Corchia. Auteur de prestations de qualité en tant que latéral gauche, le défenseur d'origine malienne est parfois utilisé comme un milieu droit par Renard et montre certaines aptitudes à ce poste. Le 11 novembre 2015, le LOSC annonce la fin de sa collaboration avec Renard, qui est remplacé dix jours plus tard par Frédéric Antonetti. En dépit de ce changement d'entraîneur, Djibril Sidibé reste indéboulonnable à son poste. A mi-saison, il est l'élément le plus utilisé de l'effectif (1655 minutes jouées), et Antonetti le tient en haute estime : «  Il a un gros potentiel, notamment athlétique. Il doit progresser au niveau de la concentration, penser à défendre avant de bien contre-attaquer, mais il peut aller très haut. L’avantage, c’est qu’il peut évoluer à plusieurs postes : au milieu, à droite ou à gauche. C’est une énorme qualité, assez rare. Cela peut-être déterminant pour sa carrière. Bien sûr, il est meilleur à droite. En plus, il marque, il a franchi un cap, a pris conscience de ses possibilités. Je n’ai pas prévu qu’il quitte le club cette saison. Il doit rester encore au moins un an. Des offres entre 6 et 8 millions d’euros ? C’est dérisoire pour un joueur de ce niveau-là. À mon avis, c’est plus fort qu’Amavi (NDLR : transféré de Nice à Aston Villa pour 11M€). Djibril a le potentiel international. Pourquoi n’irait-il pas à l’Euro ? Tout est possible, à condition qu’il confirme à chaque match. Il ne doit pas se brûler comme d’autres avant lui ».

Contre l'AS Monaco, en avril dernier, le LOSC déroule, donnant une leçon de football à ses visiteurs. Au coeur d'un jeu favorisant les dédoublements sur les ailes, les Lillois se régalent, et le côté gauche est parfaitement animé par le tandem Sidibé - Boufal, faisant preuve d'une fluidité remarquable dans les déplacements. Deux semaines plus tard, au Stade de France, le PSG remporte la Coupe de la Ligue face au LOSC (2-1), sans toutefois dominer la partie outrageusement. Empruntés offensivement, les Parisiens sont surtout gênés par les montées soudaines de Djibril Sidibé, qui met le feu au côté gauche couvert par Layvin Kurzawa. Pour ne rien gâcher, le n°19 losciste répond à l'ouverture du score adverse par un coup-franc frappé au-dessus du mur, prenant Sirigu à contre-pied et terminant sa course dans le petit filet. Fort d'une saison à 44 matches, 6 buts et 3 passes décisives, Sidibé est appelé par Didier Deschamps le 12 mai dernier. Il jouera le rôle de réserviste - comme 7 autres joueurs - qui consiste à prendre part au stage de préparation des Bleus à Biarritz, avant de quitter le groupe tout en restant disponible, en cas de forfait de dernière minute.

Franchir un palier 

Le 8 juillet 2016, l'International Espoirs (10 sélections) paraphe un contrat de 5 ans avec l'AS Monaco, son club recevant un indemnité estimée à 16M€ et le prêt de Rony Lopes. Pour l'anecdote, Il devient le second Djibril Sidibé à porter le maillot frappé de la diagonale, après le passage du milieu défensif international malien, découvert lors de l'exercice 2001/2002.

En Principauté, il aura la chance d'évoluer à son poste de prédilection : latéral droit. Exilé à gauche par Corchia dans son ancien club, Sidibé - étant droitier - n'a jamais caché sa préférence pour le couloir droit. Recruté à l'origine pour remplacer un Fabinho en partance, il se pourrait finalement que ce dernier demeure sur le Rocher, et qu'il soit utilisé dans l'entrejeu par Leonardo Jardim, du fait du départ de Toulalan et de celui, probable, de Bakayoko. Dans le système du Portugais, la recrue a toutes les chances de briller. Evoluant dans un registre certes différent de celui de Fabinho - celui-ci disposant d'une qualité technique sans égal à son poste - Sidibé (1,82m, 71kg) a des aptitudes physiques indéniables. Tonique, tranchant, rapide, puissant, endurant. Autant d'adjectifs qui peuvent qualifier l'ancien lillois, nouveau venu à Monaco dans le but de franchir un palier : celui du niveau international.

Au sein d'une défense recomposée et à première vue améliorée par les arrivées conjuguées de B.Mendy et Glik, et l'adaptation de Jemerson, Djibril Sidibé a une vraie chance de devenir le latéral droit titulaire de l'Equipe de France. Sagna, Jallet et Debuchy ont dépassé la trentaine, la carrière de Corchia ne semble pas réellement décoller, et aucun espoir français n'a un coup à jouer dans l'immédiat. Va-t-il saisir cette chance ? Seul l'avenir nous le dira.


 
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