Un parcours de rêve

Historique / 08/07/2008 - 12h11 / Par Maxime M.
  


Mai 2003, Monaco s’impose 4-1 face à Sochaux au Stade de France. On croit alors que ce groupe est arrivé à son apogée. Mais personne n'imagine encore que le meilleur est à venir, en arrivant un an plus en finale de la plus prestigieuse des Coupes Européennes.Retour sur un parcours exceptionnel !

MONACO TOMBE DANS LE GROUPE C

Le verdict arrive. Un groupe délicat que celui du groupe C. Il faudra battre le PSV, qui avait humilié l’AJ Auxerre 3-0, le Deportivo la Corogne et son armada offensive constituée notamment de Luque, Pandiani et Diego Tristan, et enfin, l’équipe Grecque de l’AEK Athènes, équipe composée de nombreux talents comme Kapsis. Une tâche peu aisée pour la jeune équipe de Deschamps.
Pour leur premier match, les joueurs de la Principauté se déplacent en terre Batave, à Eindhoven. Aucun club Français ne s’est imposé aux Pays-Bas en C1 jusque là. L’équipe hôte part bien sûr favorite avec son grand espoir Robben, récent champions d’Europe de nos jours,  ou encore l’attaquant Kezman. Pourtant Monaco va créer la sensation. Morientes et Cissé, les deux buteurs, offrirent la première victoire d’une longue série aux Monégasques.

Monaco retrouve le Louis II, le Louis II retrouve l’Europe. L’antre où les Rouges et Blancs avaient réussi à battre la Juventus de Turin 3-2 il y a quelques années, revit aux couleurs continentales. Après un début de match difficile, l’AEK Athènes ne résiste plus aux offensives monégasques. Les joueurs de la Principauté passent ainsi 4 buts à la défense adverse et sonnent la véritable trompette de guerre.  El Moro inscrit son premier doublé en C1. Giuly et Dado Prso ouvrent leur compteur. On ne croit qu’à l’exploit anodin, et pourtant…

Mais le plus dur reste à faire : le déplacement au stade du Riazor. Les Rouges et Blancs vont y prouver leur déterminisme et leur courage. Les Monégasques tiendront bons face à la puissante équipe espagnole, mais le manque d’expérience et la fatigue vont venir à bout des protégés de Ludo Giuly. Dans les dernières minutes du match, Diego Tristan est le bourreau des Monégasques. Cette défaite est vue comme une injustice tant Monaco méritait le nul, mais la loi de la Coupe d’Europe à parlé.

Un match de légende

Les Monégasques vont laisser une première fois leur empreinte dans cette Ligue des Champions un certain 5 Novembre 2003. Les joueurs de la Principauté mettent le feu au Louis II en ridiculisant littéralement la Corogne et ce malgré l’absence de Morientes. Pour son anniversaire, Dado Prso marque 4 buts, un exploit que seuls Van Basten et Simone Inzaghi avaient réussi jusque-là. C’est Rothen qui ouvre le score à la 2ème minute, Giuly l’imitant quelques minutes plus tard. Cissé et Plasil anéantiront les derniers espoirs de la Corogne. Score final : 8-3, record de la compétition. Monaco fait du bruit dans toute l’Europe. Pour l’anecdote, Irureta ne voudra plus que ses joueurs jouent avec le maillot orange de ce match. Si Monaco n’est toujours pas qualifiée, l’équipe a pris sa revanche du match aller. En position favorable, il ne manque plus qu’un point aux joueurs de la Principauté…

Ce point, Monaco a l’occasion de l’accrocher contre le PSV. Monaco, devant un public qui n’a pas oublié le dernier spectacle face à la Corogne, a les joueurs capables de battre les une nouvelle fois Bataves. D’ailleurs les Rouges et Blancs prennent l’avantage par Morientes. Monaco est, à ce moment là, qualifié. Mais coup de stupeur dans le stade ! L’arbitre sort 3 cartons rouges dont un pour le capitaine monégasque. Et c’est loin d’être fini puisque les Bataves trouvent le chemin des filets par l’intermédiaire de Vennegoor. Monaco doit tenir 6 minutes ce score de 1-1, interminables aux yeux des joueurs réduits à 9. Il a fallut Roma, qui sauve l’équipe sur un coup de tête d’un Batave dans les arrêts de jeu. Rien à faire, Monaco accroche sa qualification. Les hommes de Didier Deschamps ont réussi leur pari : sortir des poules. Le but est maintenant d’aller le plus loin possible dans la compétition, sans pour autant se douter…

Le dernier match de poule se déroule à Athènes, un match sans enjeu puisque Monaco est qualifié tandis que l’AEK est éliminé. L’ASM accroche tout de même le nul en terre Grecque : 0-0.

 

LES HUITIEMES DE FINALE

Monaco bénéficie pour ses premières huitièmes de finale de la compétition (les formules précédentes proposaient une seconde phase) d’un tirage clément. Clément… aux yeux des journalistes ! En effet, la Russie et la vodka n’ont jamais réussi à Monac, qui n’a jamais gagné contre un club Russe. En 90-91, c’est le Torpedo Moscou qui élimine l’ASM et en 93-94, le Spartak Moscou joue le bourreau des Monégasques en leur affligeant un sévère 4-1. Le Lokomotiv Moscou, futur adversaire du club princier a créé la sensation en humiliant l’Inter Milan en terre russe 3-0 et en se qualifiant pour les huitièmes.

Les conditions climatiques sont rudes en Russie et malgré une trêve, les récents champions de Russie ont gardé le rythme et font le jeu. Les joueurs de la Principauté n’ont pas trouvé la faille, erreur fatale. C’est Izmailov, la révélation russe qui ouvre la marque. A l’heure de jeu, Maminov assomme même les Monégasques. 2-0, score très dur. Les Monégasques sont abasourdis,  mais El Moro redonne un espoir inespéré aux siens d'une tête ravageuse. 2-1, score final, Monaco évite la Berezina. Il faudra marquer un but au match retour et changer un style bien trop frêle.

Quinze jours plus tard, les Rouges et Blancs retrouvent le Louis II et le soleil surtout. Didier Deschamps privilégie l’attaque, bien sûr,  dès l’entrée de jeu. 18ème minute, coup de théâtre, Monaco bénéficie d’un penalty. C’est l’occasion rêvée pour Dado Prso qui s’avance pour le tirer. Si quelques jours auparavant, Monaco  affrontait Guingamp et voyait le Croate inscrire un but sur penalty en le tirant du même côté, Ovchinnikov sort ce tire-ci dans un silence d’église que n'aurait pas reniée Sainte-Dévote. Malgré l’expulsion de Loskov, Monaco est méconnaissable.  Pourtant, à l’heure de jeu, Bernardi passe à Prso qui tire à ras de terre et se rattrape, tout un symbole. Le stade exulte ! Monaco doit tenir 30 minutes. Les Russes ne parviendront pas à inquiéter Roma. Monaco jouera les quarts et l’épopée continue.


Monaco termine avec une attaque qui a marqué 15 buts et réalise l’exploit de terminer devant la Corogne et les Bataves d’Eindhoven, éliminés.

 

LES QUARTS DE FINALE : L’EXPLOIT !

Monaco ne bénéficie pas cette fois d’un tirage clément. Mais cette impression est peut-être plus rassurante tant au tour précédent la catastrophe fut frôlée. Les Rouges et Blancs devront cette fois battre les Galactiques du Real Madrid pour espérer aller plus loin. Certains sont sceptiques, d’autres sont ébahis, comme Givet. Les petits munegus iront défier le Grand Réal de Madrid.
Le match aller se déroule à Bernabeu. Les Monégasques, impressionnés aussi bien par Zidane, Figo ou Raul que par la ferveur des Meringues vont tout de même tenir une mi-temps devant la force de catapulte de l’attaque adverse. Qui plus est et comble de l’incroyable, c’est juste avant la mi-temps que Toto Squillaci, défenseur monégasque, ouvre le score d’un coup de pied sur corner, dans le silence complet du stade. Dès la reprise les Galactiques sont bien décidés à anéantir ce modeste adversaire et Helguera égalise à la 50ème minute. Sans relâcher à quelconque moment, Zidane, Figo puis Ronaldo assomment les Monégasques. 4-1, la logique est respectée. Pourtant, ce que tout le monde espérait d’un côté, il l’a fait. Ce que tout le monde redoutait de l’autre côté, il l’a fait. Morientes sort une tête remarquable face à son ancien club et sonne le départ de son élimination. 4-2, tout le monde voit la fessée du petit poucet face à l’ogre espagnol, mais ce dernier but pourrait changer bien des choses.

Sortir les galactiques, chaque club de Ligue 1 en rêve. Le faire, seule Monaco l’a fait récemment. Mardi 6 Avril 2004, une date à retenir dans l’histoire du club. Aucun rouge et blanc ne doutait, il fallait tout donner pour marquer deux buts. Néanmoins c’était sans compter sur Raul…  A 0-1, soit 5-2, qui croyait en les chances asémistes ? On l’appelait Giuly. Une reprise de volée à l’entrée de la surface de réparation à la 45ème minute. Le but qui sonne un nouvel espoir monégasque. Et comme en hollande, comme en Russie, comme en Espagne, quand Monaco marque un but qui fait espérer, Monaco fait peur. A la reprise, El Moro inscrit son septième but en Ligue des Champions. Une nouvelle tête encore plus rageuse fait trembler les filets de Casillas. Morientes assomme son club. Les Monégasques y croient. Le but encaisse a compliqué la tâche, mais dans ce match, c’est le Real qui voit remonter à grande enjambée le petit poucet, qui s’est cette fois-ci emparé des « bottes de sept lieu ». A la 66ème minute, Giuly entre enfin dans l’histoire. Le capitaine monégasque inscrit une splendide « Madjer ». Derrière leur micro, les hurlements de joie de jean-Michel Larquey et Thierry Rolland resteront gravés dans les têtes des supporters.  Le grand Real Madrid s’effondre face à la volonté des Rouges et Blancs. Le stade retient un avant dernier souffle quand Raul voit son lob sur Roma signalé hors-jeu. Au coup de sifflet final, les joueurs, les dirigeants et le stade exultent. Ce n’est plus un groupe de supporters qui encourage les Rouges et Blancs mais tout un peuple. Même Monsieur Aulas félicite Monaco. Les journaux font des éloges de la formation de Didier Deschamps. L’Equipe qualifie cet exploit de « Fantastique ! ».

 

A 180 MINUTES DU BONHEUR

Monaco tombe à nouveau sur un os. A ce stade de la compétition, difficile de faire autrement. Cette fois, il faudra aller battre les Blues de Londres, à peine deux semaines après avoir miraculeusement éliminé le Réal. Peu de monde voyait l’ASM en finale en début de saison, et pourtant à cet instant ils ne sont que peu à penser que le second exploit est impossible. Un parcours irréprochable jusque là, une saison parfaite en Ligue 1 et un groupe au talent remarquable, tout est réuni pour l’ASM. Au fond du gouffre, il y a un an, les Blues s’en sont remis à Abrahimovitch qui a su bâtir une équipe compétitive à coup de billets russes. Chelsea arrive pour la première fois alors en demi-finale. Mais les Blues sont confiants, ils viennent de sortir leur éternel rival : Arsenal.
Monaco accueille l’équipe anglaise dès l’aller au stade Louis II. Contrairement aux rencontres précédentes, l’ASM jouera la plus importante des deux rencontres (le retour) à l’extérieur. Au cours d’un match équilibré, c’est Prso qui va ouvrir le score et faire tomber les doutes sur les capacités de l’ASM à haut niveau. Une tête magistrale. Mais Crespo égalise et met fin au rêve temporairement quelques minutes plus tard. Les deux équipes rejoignent donc les vestiaires sur ce score. A la reprise, les Monégasques se montrent plus offensifs et Morientes manque d’aggraver le score, sauvé sur sa ligne par Dessailly. C’est un peu plus tard dans le match que le silence devient total dans le Louis II lorsque l’arbitre sort le rouge pour Zikos. Suite à une altercation avec Makelele. Les journaux reconnaîtront par la suite que le français a simulé, mais l’ASM va devoir joué réduite à 10 pour la fin du match. C’est alors que Ranieri commet une erreur. Il fait rentrer un attaquant à la place d’un défenseur : Hasselbaink entre pour Melchiot. Cette nouvelle tactique laissait Rothen libre de tout marquage sur le côté gauche. Elle s’avère finalement fatale aux Blues quand Morientes catapulte un ballon de contre au fond des filets. Monaco est incroyable. Encore un symbole, pour la beauté du parcours, Nonda, à peine remis de sa blessure qui ‘a privé de tout le début de saison, rentre et envoie son tout premier ballon au fond des filets anglais. Un beau cadeau de la part de ses coéquipiers. Monaco prend une option énorme, mais le plus dur reste à venir : le retour à Stamford Bridge.

A Londres avec deux buts d’avance, c’est un bel avantage. Mais dans le football, tout peut arriver et Chelsea compte le prouver. Les hommes de Ranieri pressent très haut dès le début du match les rouges et blanc dans une ambiance de folie. Les monégasques, timides, vont craquent. Deschamps a sans doute commis une erreur en venant jouer la défense. Il a opté pour un milieu avec Ibarra sur la droite, laissant sa place habituelle de latérale droit à Givet. Giuly est en pointe…  C’est Gronjkaer qui concrétise la menace pressante de la vague bleue et ouvre le score d’un magnifique lob venue de l’entrée de la surface, à gauche de Roma, battu. Puis Lampard aggrave le score juste avant avant la mi-temps. Chelsea est virtuellement qualifiée… Monaco est complètement assommée. Du moins c’est ce que tout le monde croyait, car quelques secondes plus tard, Ibarra réduisait le score dans les arrêts de jeu de la première mi-temps. Le but est litigieux puisque sur un centre de Rothen, la balle vient toucher le bras d’Ibarra. Les journalistes anglais l’appelle encore la main de Dieu. Ce but sauve presque Monaco car il oblige son adversaire à marquer deux fois pour l’emporter. Les hommes de Deschamps vont ensuite montrer l’étendue de leur rage de vaincre, alors que le coach asémiste sort un défenseur et revient à la normal avec Ibarra en défense. Morientes avait manqué de réalisme en première mi-temps mais se rattrape à l’heure de jeu. D’une grosse frappe devant Cech il remet les deux équipes sur les mêmes rails. C’est fini pour les Blues,  Monaco doit tenir tranquillement. Sur un nuage, les coéquipiers de Giuly vont produire un beau jeu durant cette dernière demi-heure. Malgré les efforts de Gronjkaer ou encore de Geremi, les Blues s’inclinent dans cette confrontation. Monaco jouera la première finale de Ligue des Champions de son histoire. Le monde du football est stupéfait. L’ASM FC, petit club qui était au bord de la relégation il y a un an, allait jouer une finale de Ligue des Champions. Le parcours est splendide, l’ASM y va pour gagner.

 

 


 
Infinity Chat :
Dernier message il y a 1 an